Misogynes, populistes et salafistes à l’assaut de Chiraz Laatiri

L’honorable député Ridha Jaouadi compte désormais parmi les personnalités qui ne se cachent plus pour tirer sur la culture. Relayés jusqu’à la nausée par des voix conniventes, ses propos aussi fascistes qu’incendiaires sont pourtant inacceptables. Cet illuminé vociférant s’attaque à la culture et ses représentants avec une vigueur inédite et des propos insultants.

Ridha Jaouadi, de sinistre mémoire et dont ses méfaits finiront par le rattraper, écrit à l’intention de Chiraz Laatiri, une interpellation que je vous traduis ci-dessous. Voici ses termes: « À la ministre de ce qui est qualifié de culture, reste chez toi et transfère ton budget de la futilité à la Santé. Assez de délinquance, destruction des valeurs et gaspillage de l’argent du peuple « . Ni plus ni moins. Ridha Jaouadi confirme la couleur et hurle les convictions de ses amis politiques. Ceux qui ont attaqué l’Africa, Al Abdellia et ont juré d’éradiquer toute culture non alignée sur leur salafisme détourné et rétrograde.

Jouant sur la conjoncture, le cheikh aux anathèmes humilie « ce qui est qualifié de culture », se pose en défenseur des « valeurs » et de « l’argent du peuple ». Comparant le culturel à la « futilité », il pousse l’insolence à jouer sur les circonstances confinées pour intimer à la ministre de rester chez elle. Et pour faire bonne mesure et enrober son fascisme de dignité, il demande de transférer le budget de la Culture à la Santé.

Poujadiste démagogue, tribun populiste, Ridha Jaouadi ne tremble pas et reste droit dans ses bottes sous les applaudissements de ses supporteurs. Tragiquement, parmi ces derniers, plusieurs soutiens sont incongrus et absolument nauséabonds. Se lâchant contre la ministre de la Culture, plusieurs alliés objectifs du pseudo-cheikh se trompent lamentablement de camp. Ils tirent à boulets rouges sur l’honneur d’une femme méritante quitte à renforcer le camp des intransigeants. Mêlant misogynie et ressentiment, les chantres de la bien-pensance s’en donnent à coeur joie et font subir à Chiraz Laatiri, l’avanie de tirs amis. Ce feu nourri est soi-disant motivé par les propos de la ministre déplorant, suite à la polémique autour des tournages et des propos de Riadha Jaouadi, « un énorme manque d’éducation à la culture ». Bien évidemment, les propos de Laatiri étaient destinés à Jaouadi et sa meute vindicative et non pas à ceux qui ne défendaient pas sa position en matière de reprise des tournages. Subtilement, Chiraz Laatiri avait envoyé paître le démagogue salafiste en le renvoyant à ses chères études.

Paradoxalement, poussant des cris d’orfraie, les détracteurs de la ministre prennent ces propos pour eux et la jouent offusqués. Cet amalgame est pitoyable. Ceux qui tirent maintenant à vue sur la ministre de la Culture, parce que sa tête ne leur revient pas, seraient inspirés de réfléchir avant de faire feu. Est-ce leur misogynie atavique qui les taraude? Est-ce plutôt leur conservatisme latent qui remonte à la surface? Sont- ce les supporters du ministre sortant qui agitent en coulisses ces marionnettes aux accents d’idiots utiles? Tout cela est fort troublant. Car il est inédit que pareille cabale s’abatte sur un ministre pour une mauvaise estimation pourtant entérinée par le chef du gouvernement. N’est-ce pas dans ce cas monsieur Fakhfakh qui devrait partir si nous allions au bout de cette logique? Allons donc! La Tunisie a autre chose à gérer que ces minables règlements de comptes. À force de détourner le débat démocratique vers des impasses sournoises et mal intentionnées, la corde va finir par casser.

Que ceux qui, par ricochet et par dépit, soutiennent Jaouadi le rejoignent franchement. Et que celles et ceux qui croient en l’action culturelle se reconnaissent. Notre sphère publique est pleine de personnalités qui ont beaucoup plus de choses à se reprocher que Chiraz Laatiri. Que la Sainte- Alliance des Zorros de circonstance leur réserve quelques flèches relèverait du courage le plus élémentaire. N’abusons pas de la démocratie et ne soyons pas, par myopie, les valets des ennemis de la démocratie. Car, ces derniers seront sans pitié lorsqu’il s’agira de détruire notre modernité. Ils ont déjà annoncé la couleur à maintes reprises et se voient légitimes pour un passage à l’action. Le ministère des Affaires culturelles, un acquis de la Tunisie républicaine, est l’une de leurs cibles de prédilection. Dans un gouvernement dominé par les islamistes, ce département continue à leur échapper et ils feront tout pour le mettre en échec. Quitte à marcher sur les cadavres du coronavirus. Défendons nos acquis, soutenons de manière critique ceux qui gèrent et peuvent aussi se tromper, ne nous laissons pas leurrer par les faux dévots et les moralistes de circonstance. Misogynes, salafistes et populistes n’ont-ils pas besoin d’un surcroît d’éducation à la culture? Oui assurément. Qu’on cesse dès lors de tirer sur les ambulances!

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