Rat de bibliothèque !

Une bibliothèque laissée pour compte

Où pourrais-je aller bouquiner tranquillement au centre-ville de Tunis ? A la bibliothèque publique de la rue Radhia Haddad, bien sûr !

Là où les mites se sont accaparés les livres et où une bouche d’égout expose ses exhalaisons putrides à l’entrée. Les ouvrages sont là ; sur des étagères rouillées, dégoulinant de crasse et d’un liquide marronnasse dont la simple vision rappelle nos besoins les plus primaires.

Au fond de la salle de lecture, un petite pièce sombre. On y trouve un amas de cartons contenant des centaines de cahiers, magazines et bouquins détruits par le temps, l’humidité et autres champignons.

Les murs s’effritent, un peu comme ce meuble de rangement qui s’est écroulé sur une pauvre étudiante en train de réviser ses cours. Malgré la frayeur, la jeune fille est resté muette, respectant cette loi du silence propre à tout établissement de ce type.

La colonne de soutien de la pièce principale révèle l’ampleur du désastre. Des fils électriques pendouillent, l’eau se dérobe sous la toiture, finissant sur les tables des employés administratifs. Les vitres sont brisées depuis cette vulgaire révolution. Quelques plaques métalliques en guise de cache-misère et c’est reparti comme en quarante.

Comme en 1962 plus exactement ! Date à laquelle un bar céda sa place à la bibliothèque publique de la rue de Yougoslavie, actuellement rue Radhia Haddad. Radhia Haddad qui se retournerait dans sa tombe à la vue de ce spectacle désolant.

Petit instant de tendresse, une chatte a mis bas dans un des cartons. Une scène qui vaut son pesant d’or. Mais qu’en est-il du ministère de la Culture, garant des locaux ? Aux abonnés absents. Rien que des promesses de rénovation balancées dans un océan de doute.

C’est ce qu’affirme Wiem Zarrouk, ingénieure en chimie analytique et habituée des lieux : « Ça me fend le cœur de voir cet endroit tombé en désuétude. Chaque année, les autorités de tutelle annoncent qu’ils vont restaurer sans que le moindre coup de pinceau vienne corroborer ces paroles. »

En attendant, la bibliothèque se meurt, avec ses livres et ce savoir dont personne ne veut, à part les rats… Ne dit-on pas, d’ailleurs, « un rat de bibliothèque » ? A Tunis, cette expression prend tout son sens.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 03/02/2020

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