Qui cherche à saboter l’Éducation nationale ?

Qui cherche à saboter l’Éducation nationale ?

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Le passage de Salem Labiadh au ministère de l’Education nationale restera comme un symbole du démantèlement promis à ce département qu’on ne cesse de saborder depuis longtemps.

Je ne sais qui va atterrir dans ce département mais mon inquiétude est grande car ils sont nombreux ceux qui, au nom de la démagogie la plus élémentaire et du populisme le plus primaire, sont aux abois pour détricoter le peu qu’a pu construire le ministre Hatem Ben Salem.

Cette tendance à briser l’avenir se poursuit depuis les années Mzali, un homme qui malgré ses qualités, porte de lourdes responsabilités dans le délitement de notre école publique.

Autour de moi, je vois des profs engagés, des chefs d’établissement volontaires et des élèves qui ne demandent qu’à apprendre. Pourtant, c’est le projet qui manque le plus. Une école ne peut pas survivre sans dessein et se doit de porter nos enfants vers un avenir nécessairement optimal.

Au lieu de cela, tout le monde baisse les bras même les parents d’élèves dont on dirait qu’ils n’ont pas leur mot à dire. L’idéologie doit rester en dehors de l’école et le nationalisme arabe ou l’islamisme hypocrite n’ont rien à faire dans la gestion de nos établissements scolaires.

Une école dont l’objectif premier serait de formater les enfants selon une vision étriquée du monde n’a pas de raison d’être. Cette école dont rêvent tout haut les réactionnaires de tout poil n’a aucun sens dans un pays qui cherche à construire sa modernité et n’aurait pour référent que les systèmes éducatifs dirigistes de la période soviétique.

Cette école se trompe de siècle. Car on ne peut bâtir un projet éducatif en castrant les enfants, en mettant obstacles et ornières pour qu’ils ne puissent s’abreuver à aucune autre source que l’idéologie passéiste des nassériens et autres baathistes.

Cela relève de la déraison d’Etat que de voir ce qu’il advient du français et des langues vivantes dans nos écoles. Alors que la communauté nationale paie des fortunes pour l’enseignement des langues vivantes, celles-ci, surtout le français, font l’objet d’un sabotage systématisé qui est commis au nez et à la barbe des enseignants et des inspecteurs.

Pourquoi ce sabotage incompréhensible ? Pourquoi ce double discours en ce qui concerne une langue proche qui plus est celle de notre commerce international ? Aurions-nous inventé l’école névrotique, celle qui se tire une balle dans la jambe et aliène l’avenir de ses élèves ?

Cette mascarade a trop duré. Au lieu d’optimiser les enseignements, on semble ne se soucier que du statut du français pour l’amoindrir alors qu’on est censé enseigner cette langue selon un cursus clairement identifié. Combien coûte à la communauté nationale ce non-enseignement du français ?

Beaucoup trop dans l’immédiat et énormément dans un avenir proche car la myopie et l’aveuglement politique sont en train de transformer le peuple de bilingues que nous continuons à être en nation bibègue qui ne s’exprime que dans un pénible sabir tout aussi névrotique que les intentions de ses promoteurs.

Les Tunisiens dans leur écrasante majorité sont pour l’apprentissage rationnel des langues vivantes à l’école. Je crois que nous savons tous que l’anglais est incontournable et que nous devons exceller dans cette langue comme nous avons coutume de le faire pour le français.

Il est essentiel dans le monde d’aujourd’hui de parler au moins trois ou quatre langues et nos enfants en sont capables. Dramatiquement, si on leur enseigne mal la deuxième langue qu’ils doivent apprendre, on amoindrit touts leurs facultés cognitives.

L’échec le plus retentissant de l’école tunisienne de ces dernières décennies, c’est d’abord son incapacité névrotique à enseigner la langue française. Toute la crise qui secoue l’école, ses hésitations, ses reculades, ses impasses découlent de ce non-enseignement qui a ensuite des répercussions globales sur le pays entier.

Tout responsable devrait être conscient de cette équation et remonter jusqu’à la source du malentendu scolaire qui a détruit les horizons de deux générations et continue à enfoncer le système éducatif dans la crise.

Qu’on se le dise: il est impossible de construire une école équilibrée si on fait semblant de prodiguer un enseignement. Car, mécaniquement, la contagion va se transmettre aux autres disciplines et le laisser-aller régner dans une atmosphère où pullulent les faux prophètes et les apprentis sorciers.

Pour sortir l’école de la crise actuelle, il ne suffit pas de changer de ministres. Il faut restaurer l’éthique des enseignements et ne plus abuser les apprenants. Il faut aussi que toutes les disciplines soient équivalentes et qu’il n’y ait plus d’enseignement hypocritement sacrifié pour des raisons idéologiques.

C’est une déperdition d’énergie et de moyens qui nous tient lieu d’enseignement dans plusieurs matières. Et c’est connu, les victimes désignées sont les élèves et les boucs émissaires leurs professeurs. Et pendant que la démolition continue, les écoles coraniques prolifèrent comme pour nous faire comprendre que Staline vaut mieux que Pol Pot.

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