Sommes-nous libres de dire ce que l’on pense ?

La liberté d’expression, pas si libre que ça
Aux yeux du monde civilisé, la liberté d’expression est un signe de bonne santé sociale. Toutefois, cette notion revient si souvent dans le discours obséquieux des politiques à tel point que l’on arrive à se demander : sommes-nous vraiment libres de dire ce que l’on pense ?

D’après John Stuart Mill, philosophe britannique du XIXème siècle et fervent défenseur de la libre parole (« Free speech »), la liberté d’expression est le droit reconnu à un individu de faire connaître le produit de sa propre activité intellectuelle à son entourage. Cette définition n’est autre que l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (1776) qui précise que tout être a le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions.

Vous avez le droit de garder le silence

Si seulement cette déclaration faisait office du seul texte de loi sur Terre, le monde serait un paradis ennuyeux. Il va sans dire que l’on ne peut s’attaquer aux pensées religieuses sans subir un déferlement de haine et d’accusations en tout genre. On ne peut critiquer certains régimes sans finir dans une geôle ou pire… disparaître de la circulation. On ne peut remettre en cause l’histoire écrite par les vainqueurs sans être banni des médias.

C’est là, pourtant, l’essence même de la liberté d’expression dont on fait l’éloge, mais qu’on rebute à la première occasion par des lois créées de toutes pièces pour satisfaire les lobbies : loi de 1881 sur la liberté de la presse ; loi Pleven 1972 contre les opinions provoquant la haine raciale ; loi Gayssot 1990 contre les opinions révisionnistes et enfin, loi de 2019 contre les contenus haineux sur internet. A ce titre, la France, pays des Droits de l’Homme par excellence, est, aujourd’hui, désignée, par un grand nombre de juristes de renommée internationale, comme l’une des plus grandes menaces à la liberté d’expression.

On nous dit que l’on peut parler librement, mais sans critiquer les idéaux sionistes. On peut donner libre cours à son imagination, mais sans évoquer les envoyés du Bon Dieu. Même les sketchs humoristiques passent à travers le tamis de la censure : on a le droit de rire, mais pas sur les handicapés, ni les Noirs, ni les gros, ni les homos, ni même les femmes. Se foutre de la gueule d’un homme blanc, adulte en bonne santé et hétérosexuel, est, néanmoins, toléré, jusqu’à ce qu’une nouvelle loi inquisitrice vienne nous fermer le clapet à coup de procès, d’amendes ou d’agressions… qui sait ?

Bien entendu, la liberté d’expression requiert de l’esprit, une grande culture et un amour inconditionnel du genre humain. Trois critères que peu de gens possèdent et dont l’absence est la cause des plus ignobles injustices.

Parler de tout, mais pas avec n’importe qui

Certains diront que le monde a muri à travers les réseaux sociaux. Le fait que des internautes soient constamment confrontés aux avis d’autres internautes vivant au bout du monde permet de tordre le coup aux idées reçues et de prendre du recul sur un sujet délicat. Certes, mais ce principe qui consiste à vider son sac sur un mur virtuel, et sous couvert d’anonymat, révèle à quel point les gens se sentent étouffés par les conventions sociales de la vie réelle. Internet devient alors une bouffée d’oxygène pour les assoiffés du libre langage.

En ce qui concerne cette censure, sachez que je ne vise aucun peuple ni aucune nation en particulier. Je les vise tous et en toute impartialité. Car en fait, la liberté d’expression est une formule extrêmement subjective qui dépend du lieu et de l’entourage où elle s’exerce. Par exemple, on peut revendiquer que l’on est athée en France sans risquer quoi que ce soit. En revanche, dire qu’on est athée au Pakistan est un acte qui vous fera perdre la tête.

Critiquez Israël en Iran, on vous jettera des fleurs, faites-le en Allemagne et vous finirez en taule. Faites votre coming-out au Danemark et on vous applaudira, soutenez la communauté gay en Algérie et on vous traitera de tous les noms d’oiseaux. Enfin, clamez des idées gauchistes en Tunisie et on vous considérera comme un intellectuel, faites-le aux Etats-Unis et vous finirez le restant de vos jours à Guantanamo.

Tous ces exemples, quelque peu exagérés, sont la preuve que la liberté d’expression est bien loin d’être aussi libre qu’elle ne paraît, et ce, aux quatre coins du monde. Or, si l’on veut la libérer de ces chaînes, il faut se résigner à accepter les vérités et à faire preuve de silence si ce que l’on entend ne nous plait guère. Entretemps, notre liberté d’expression croupit derrière les barreaux de notre bien-pensance.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 20/01/2020

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