La légende de Young Siki : De Bab Djedid à New-York

Photo: Olivier Jamil

 

En voyant cette photo, j’ai littéralement bondi! N’avais-je pas sous les yeux, le portrait de Young Siki en costume de grand apparat?
Ce qui m’avait intrigué dans cette photo, c’est la canne. En publiant ce cliché, Olivier Jamil ignorait qui y figurait et demandait de l’aide à la communauté des internautes.

Cette canne dont on dit que le pommeau était en or, constituait le vademecum de Young Siki dont l’histoire est une véritable légende à Bab Djedid.

Ce boxeur avait ses premières armes en Tunisie puis en France. Ensuite, il se rendra en Amérique où il combattra contre plusieurs grands de son époque.
L’aventure de Young Siki s’est déroulée entre la fin des années vingt et le début des années trente.

Son nom véritable m’est inconnu mais son surnom de boxeur, il l’avait emprunté à un tenor de son époque, le fameux Battling Siki.
Young Battling Siki était Sénégalais et, sous les couleurs de la France, il avait remporté en 1922 le titre de champion du monde dans la catégorie des mi-lourds.

C’est lui le premier Africain à avoir conquis un titre mondial en boxe et toute une génération l’avait comme modèle.

Ils sont nombreux en Tunisie, les boxeurs à avoir eu des noms de combat où figuraient les termes « Young » ou « Battling ». Comment ne pas songer à Young Perez, une idole de la boxe tunisienne? Comment ne pas songer aussi à Young Siki dont l’image est sous nos yeux?

Si j’ai bondi en la voyant, c’est que j’ai reconnu cet homme. Très brun, plutôt trapu, le visage buriné: sans aucun doute, il s’agit de Young Siki, le Tunisien.
Ce boxeur, je l’ai connu alors qu’il était un vénérable vieillard qui fréquentait plusieurs échoppes de Bab Djedid. Il venait ainsi s’asseoir auprès des uns et des autres, respecté de tous et entouré d’égards.

Aveugle, il avait perdu la vue, selon sa légende, après un combat au Madison Square à New-York.

Pour une sombre histoire de paris, son adversaire aurait imbibé ses gants avec une formule toxique et aveuglé Young Siki.

Cette histoire avait fait le tour du pays et tout le monde à Bab Djedid la connaissait. Cela ajoutait un parfum de légende au personnage.

Quant à la canne au pommeau d’or, elle fut longtemps un attribut de ce boxeur. Elle l’accompagnait partout et était devenue son signe distinctif.

On raconte d’ailleurs que cette canne fut volée à son propriétaire puis récupérée par le non moins célèbre commissaire Kaabachi, une autre légende de Bab Djedid.

On raconte aussi que le pommeau en or a été fondu et que l’argent récolté par Siki lui permit d’ouvrir le premier salon de coiffure pour dames de Bab Djedid.

Le souvenir reste très vif. Ce vieux monsieur était un personnage familier de nos enfances et cette photo sous nos yeux, le restitue dans toute sa splendeur.

Décédé depuis près d’un demi- siècle, Young Siki appartient désormais à la légende qui l’a mené de Tunis à New-York où il se brûla les yeux à l’image de ces héros antiques qui se sont frottés aux dieux de l’Olympe.

Resurgie des limbes, cette photo me dit tant de choses oubliées et porte dans son sillage, un parfum de légende.

 

H.B. 

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