De l’Afrika Corps au Belvédère : L’étrange destin de Monsieur Kühn

Je ne possède pas de photo de lui. Je sais simplement qu’il ne quittait jamais la petite guérite où il vendait des tickets de manège.

Monsieur Kühn était incontournable. C’est lui qui officiait au manège du Belvédère et gérait chevaux en bois, fusée-balançoire et carousel.

Trapu, un képi sur la tête et le regard caché par de grosses lunettes, monsieur semblait renfermé, peut-être portait-il un secret.

Ce n’est que longtemps plus tard que j’ai appris qu’il avait combattu au sein de l’Afrika Corps durant la guerre. Avait-il déserté? Nul ne le sait.

De ce profil martial, il avait gardé un talent d’artificier puisqu’on raconte que du temps de Bourguiba, on faisait appel à lui pour conduire les feux d’artifice.

Marié à une Alsacienne, il vivait à Lafayette. Avait-il rencontré son épouse ici? Nul ne le sait.

Un jour, monsieur Kühn disparut de la circulation. Nul ne sait ce qu’il advint. Et depuis, les chevaux du parc ont continué à tourner sans lui.

Des histoires l’évoquent régulièrement dans son ancien quartier et chacun affirme à son propos qu’il était Allemand, Polonais ou Français.

Mais rien de sûr ni de précis. Trente ans après son départ pour une destination inconnue, la vie de Monsieur Kühn reste nimbée de mystère.

Et pourtant, tous les gosses du manège l’ont connu, redouté et sans doute rêvaient-ils de prendre sa place dans la petite guérite repeinte en vert.

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