Des spectateurs de plus en plus nombreux pour le Festival International du Film du Caire

Tapis rouge CIFF 41
Tapis rouge du CIFF 41

 

Festival International du Film du CaireDe l’avis de tous, la 41ème édition du Festival International du Film du Caire (CIFF) qui s’est déroulée du 20 au 29 novembre 2019 a été une vraie réussite, surtout par la présence d’un plus grand nombre de spectateurs, principalement parmi les jeunes (15 000 billets vendus en 2017, 30 000 en 2018 et 40 000 en 2019).

Cet accroissement du nombre de spectateurs déjà amorcé l’année dernière sous la nouvelle présidence du scénariste et producteur Mohamed Hefzy s’est confirmé cette année grâce à une très grande campagne promotionnelle sur les journaux, les réseaux sociaux et les télévisions, et surtout à plusieurs nouvelles mesures prises pour justement attirer un public nouveau et nombreux.

Une des premières mesures prises en 2018 a été d’organiser une soirée gala ou tapis rouge tous les soirs. Sept films avaient été choisis. Pour ces films la projection se faisait en présence des membres de leurs équipes lorsqu’ils étaient au Caire, mais aussi de plusieurs invités prestigieux, essentiellement les grands acteurs et actrices égyptiens.

Pour cette édition 2019, il avait été décidé de porter le nombre des ces projections gala à treize. Après la grande réussite de cette expérience cette année aussi, le nombre de ces projections sera porté à seize en 2020, soit deux par soirée pendant toute la durée du festival.

Avant ces deux éditions de 2018 et 2019, à part quelques rares exceptions comme par exemple l’actrice Salwa Mohamed Aly ou le réalisateur Mahmoud Kamel qui allaient d’une projection à une autre, il était vraiment très rare de voir les stars et divers professionnels du cinéma égyptien en dehors des deux cérémonies d’ouverture et de clôture ou soirées spéciales. Depuis ces tapis rouge, tous les soirs ils sont là par dizaines. Ils se parent de leurs beaux costumes et viennent se faire prendre en photos et voir les films en projection gala.

En fait excellente initiative des organisateurs. Contrairement à ce que certains pourraient croire, cette décision n’a été prise ni pour les robes, ni pour les paillettes, ni pour le glamour, ni bien sûr pour copier le festival de Cannes, mais bien pour promouvoir le cinéma et créer à chaque fois un événement autour d’un film qui est mis sous les projecteurs. De cette manière, chaque soir, des dizaines de journalistes viennent couvrir ces projections galas, prendre des photos, interviewer non seulement les équipes des films, mais également les divers invités qui viennent assister à ces projections.

D’après Ahmed Shawky, directeur artistique du CIFF, « il est normal que comme tous les grands festivals, nous ayons des projections galas, et encouragions donc la présence des professionnels et que chaque soir nous présentions un film nouveau en présence de son équipe et de stars. Il n’était par contre pas normal qu’un tel décor de tapis rouge tel que conçu par le grand artiste Mohamed Attia ne soit utilisé qu’à l’ouverture et la clôture, il n’était pas normal non plus que pendant toute une semaine les lumières restent éteintes. En fait, l’erreur est que cela n’ait pas été fait jusqu’à là. En 2018, nous avions fait un essai pour voir et nous avions constaté que les spectateurs avaient été nombreux à venir, malgré un prix des tickets un peu plus cher que pour les autres projections. Cette réussite nous a décidés à reconduire l’expérience et à l’élargir. Cette année, il est devenu clair que les projections galas sont celles qui attirent le plus de spectateurs et le plus de stars. Chaque projection gala a vu la présence non pas juste d’un réalisateur, mais bien plus de personnes, pouvant même atteindre 4/5 personnes ayant travaillé sur le film. Cela donne encore plus d’éclat au festival et met encore plus les projecteurs sur les films programmés. Pour l’année prochaine, nous pensons organiser chaque soir deux projections gala, et donc de passer de treize à seize projections galas par édition ».

CIFF 41 – Décor du tapis rouge.
CIFF 41 – Décor du tapis rouge.
CIF 41 – Décor du tapis rouge.
CIFF 41 – Décor du tapis rouge.

Une deuxième mesure a également contribué à attirer les spectateurs: en plus de l’application sur téléphone mobile qui donne les horaires des projections et diverses activités, cette année le festival a décidé de publier et distribuer au public un mini catalogue comprenant tous les synopsis de tous les films programmés.

Lors des éditions précédentes, comme tous les autres festivals, le CIFF publiait un gros catalogue comprenant les synopsis et les détails des films, mais qui n’était distribué qu’aux seuls invités du festival alors que le public n’avait à sa disposition qu’un petit programme des projections, sans aucune autre information. Cette lacune a été comblée cette année par ce mini catalogue qui permet d’avoir un aperçu sur les tous les films et donc de choisir plus facilement.

Le grand catalogue distribué aux invités et le mini catalogue détaillé mis à la disposition du public.

Pour attirer un maximum de jeunes, une troisième mesure, apparemment très efficace aussi a été prise : une convention a été signée avec l’Université du Caire, permettant aux étudiants de bénéficier d’un tarif préférentiel, et même d’acheter leurs billets sur place, dans l’enceinte même de l’université. Après la réussite de cette initiative, il est prévu de l’étendre à d’autres universités en 2020.

Une quatrième mesure prise cette année a eu un énorme succès, bien plus qu’on ne pouvait s’y attendre d’ailleurs : le food court (aire de restauration).

En effet, dans l’enceinte du complexe culturel de l’Opéra où se déroulent les projections, le CIFF a fait construire en structures légères tout un ensemble de stands qui vendent de la nourriture et des boissons. Qui plus est, en plus des pizzas et divers sandwiches, on y trouvait des plats égyptiens, tels que Kochari, Taamia… et le succulent dessert Zalabya (qui est complètement différent de notre Zlabya tunisienne).

Dans ce food court, en plus des quelques petites tables « individuelles », il y avait de très grandes tables collectives autour desquelles on s’asseyait ensemble, sans même se connaitre. Les gens venaient donc voir un film, passaient acheter à manger et à boire et s’asseyaient avec d’autres spectateurs. Les discussions s’engageaient…

Ce food court a contribué largement à la réussite de cette 41ème édition du CIFF. En effet, il a crée une ambiance conviviale, a permit aux divers invités étrangers, aussi bien les équipes des films que les critiques et journalistes venus du monde entier pour couvrir le festival, de rencontrer les professionnels et spectateurs égyptiens, de nouer des connaissances et de découvrir les cultures les uns des autres. Tous ces gens ont eu ainsi l’occasion de discuter, débattre, échanger des idées et s’encourager les uns les autres à aller voir d’autres films encore et encore. En fait, ce food court a surtout pris la fonction d’une sorte de ciné-club où certains venaient juste par curiosité pour voir un seul film et rentrer chez eux, et se retrouvaient à en voir un deuxième, un troisième et à revenir le lendemain et le surlendemain….

CIFF 41 food court
CIFF 41 – Le food court

En fait, toutes ces mesures qui semblent anodines, ont eu un impact très important sur la fréquentation du festival, non seulement sur le nombre de billets vendus, mais également sur l’ambiance générale. Regarder un film, c’est très bien, mais pouvoir en discuter et partager ses idées et émotions, c’est encore mieux. Mohamed Hefzy, a précisé qu’il espérait faire reculer ainsi les idées rétrogrades et les extrémistes, il remportera peut-être bien ce défi !

Bien que les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) arrivent déjà à attirer un énorme public, et que souvent les projections affichent complet, elles pourraient quand même prendre exemple sur le CIFF pour au moins trois de ces initiatives : publier le programme et le synopsis des films sur application mobile et sur un petit catalogue, organiser un endroit convivial dans la grande Cité de la Culture, permettant de se nourrir, mais surtout d’échanger et discuter et programmer des projections gala en tapis rouge tous les soirs, surtout pour les films dont les équipes ont fait le voyage en Tunisie. Il est vrai que chaque année, lors des JCC, une polémique a lieu concernant le tapis rouge, certains n’y voyant que le coté glamour, pourtant c’est aussi un moyen de promouvoir le festival et les films. Il suffit de bien l’organiser. Au Caire par exemple, l’accès au tapis rouge n’est permit qu’aux personnes munies d’un carton d’invitation spécifique et aux seuls journalistes accrédités à cet effet.

Neïla Driss

 

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