Tunisie : Le prix de l’huile d’olive oscillerait entre 7,5 et 8,5...

Tunisie : Le prix de l’huile d’olive oscillerait entre 7,5 et 8,5 dinars

Par - Tunis-Hebdo
« Le cours mondial de l’huile d’olive est en baisse de 20% par rapport à l’année dernière, de ce fait le prix du litre à la consommation en Tunisie devra connaître le même sort », souligne Mourad Ben Achour, président du syndicat des propriétaires d’huileries.
  • « En Italie, interdiction de mettre l’huile d’olive sans emballage dans les restaurants ! »
  • « Nous sommes restés archaïques dans le secteur de la cueillette, il faut impérativement passer à la mécanisation »
  • « Les banques espagnoles prêtent à un taux négatif, chez nous il est à 12% »

La sempiternelle question qui taraude l’esprit du Tunisien à l’approche de chaque saison oléicole est celle relative au prix de l’huile d’olive. Combien le citoyen lambda paiera-t-il ce produit du terroir ? Jusqu’où peut-il puiser dans ses bourses pour faire des provisions d’un produit auquel il est si attaché traditionnellement, n’en déplaise à Samir Taïeb, mais qu’il répugne, désormais, pour sa cherté.

Les prix sont libres !

Cette année encore, le citoyen craint que le prix de l’huile d’olive ne poursuive son trend haussier de l’année dernière malgré une récolte 2019 que l’on estime exceptionnelle en tout point de vue, devant atteindre 350.000 tonnes, voire plus. Tout le monde est, actuellement, dans l’attente du verdict, l’heure de vérité si l’on ose dire les choses ainsi, l’heure où l’Etat divulguera le prix du litre d’huile d’olive !

Ah, excusez-moi. Je vous ai induits en erreur ! En réalité, les prix de l’huile d’olive en Tunisie ne sont fixés par aucune autorité (ministère du Commerce, Office de l’huile, etc.).

Les prix sont libres, entendez que les producteurs sont libres de vendre leurs huiles aux prix qu’ils considèrent appropriés, sans aucune restriction de quelque nature que ce soit.
S’agit-il d’une liberté absolue ?

Non. Le prix que l’on pratique est indexé sur le cours mondial, ce dernier dépend, pour sa part, de la production oléicole mondiale, des exportations des principaux producteurs, des importations et de la consommation.

Mourad Ben Achour, président du syndicat des propriétaires d’huileries, nous donne plus d’explications : « A l’instar de l’huile de soja et des huiles de campagne, l’huile d’olive est une denrée dont le cours mondial varie en fonction de l’offre et de la demande mondiales, des quantités stockées et même des prévisions de production de l’année prochaine et des prix des stocks-report.

Actuellement, le cours mondial de l’huile d’olive est en baisse de 20% par rapport à l’année dernière, de ce fait le prix d’un litre à la consommation en Tunisie devra connaître le même sort. Cette année, il devra être compris, vraisemblablement, entre 7,5 et 8,5dt ». Nous espérons que les propos de notre interlocuteur pourront se vérifier bien que nous soyons persuadés du contraire. Attendons voir.

Quid de la saison de la cueillette ?

D’après les échos qui nous parviennent des régions, la campagne va être confrontée à diverses difficultés, certaines sont liées à la rareté de la main-d’œuvre, d’autres à son financement. Mourad Ben Achour renvoie ces difficultés au fait que « notre cueillette est demeurée archaïque au moment où la mécanisation est devenue incontournable.

Aujourd’hui, poursuit-t-il, la cherté de la main-d’œuvre, conjuguée à la récolte exceptionnelle, va prolonger la durée de la campagne au-delà de quatre mois au lieu des deux mois et demi requis si nous disposions de machines.

Malheureusement, quand l’olive n’est pas cueillie à temps elle impacte négativement la qualité de l’huile d’olive et a des répercussions futures sur la productivité de l’arbre. Il y a à craindre que des quantités importantes d’olives soient avariées si l’Etat n’intervient pas avec diligence pour faciliter aux différents acteurs le financement de leur campagne.

Les agriculteurs tout comme les propriétaires des huileries ont besoin d’argent pour travailler. Malheureusement, les conditions auxquelles les banques leur prêtent de l’argent sont pour le moins discriminatoires. Le taux d’intérêt étant à 12% alors qu’en Espagne, les banques prêtent à des taux négatifs ».

1700 huileries et 3 milliards de dinars de recettes

Notre pays compte aujourd’hui 1700 huileries avec une bonne capacité de production, estime notre interlocuteur, mais « le secteur ne pourra pérenniser que si l’Etat se défait de l’inaction qui le caractérise.

Il y a eu, certes, des rencontres, mais elles n’ont pas abouti à des actions concrètes. Est-il besoin de rappeler que l’huile d’olive est un secteur stratégique employant près de deux millions et demi de personnes entre emplois directs et indirects, et génère des recettes d’exportation de 3 milliards de dinars.

Si l’Etat continue à prêcher le statu quo, nous serons contraints de brader les prix et à dégrader notre produit malgré le fait qu’il soit de réputation mondiale. L’Etat espagnol octroie des primes de stockage aux producteurs afin qu’ils conservent l’huile d’olive dans des conditions optimales. Où en sommes-nous de tout cela ? ».

Avant de clore cet entretien, le président du syndicat des propriétaires d’huileries a tenu à adresser un conseil au consommateur tunisien : « Renseignez-vous avant de faire vos provisions. N’achetez que chez les commerçants et espaces accrédités. Il ne faut pas acheter de l’huile d’olive contenue dans une bouteille en plastique.

Le nom du producteur doit être inscrit sur l’emballage, sinon abstenez-vous d’acheter. En Italie, on interdit aux restaurateurs de mettre une huile d’olive non emballée sur la table. L’export commence par le marché local ».

« Un bon conseil à propos vaut plus que l’or », dit un proverbe hongrois !

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 04/11/2019

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