Les agriculteurs ne digèrent pas le prix de la « alfa » !

Les agriculteurs ne digèrent pas le prix de la « alfa » !

Par - Tunis-Hebdo
  • Abdelmajid Ouledali, (UTAP) : « Nous achetons le soja deux fois plus cher que son coût réel ! »
  • « Carthage grain, Alfa nutrition et Poulina group doivent revoir leur prix à la baisse ! »
Les bêtes d’élevage n’auront bientôt plus de quoi bouffer
Malgré la chute du cours mondial du maïs et du soja, le coût de la « alfa » en Tunisie n’a pas baissé d’un iota. Acculés, les agriculteurs poussent un coup de gueule…

La « alfa » désigne l’alimentation des animaux, plus précisément, les bêtes d’élevage tels que les bovins, les moutons et la volaille. Celle-ci est principalement composée de maïs, de soja, de sels minéraux et de substances médicamenteuses.

Tous ces ingrédients sont importés par des entreprises privées. Or, il s’avère que ces sociétés vendent aux agriculteurs une marchandise à des prix beaucoup trop cher et ce, malgré l’amélioration du dinar par rapport aux devises étrangères.

Ce n’est pas une première. La plupart des sociétés tunisiennes ayant une place névralgique dans la société se permettent, apparemment, certaines libertés, voire des dépassement éhontés que l’Etat, impuissant, ne peut que cautionner.

D’après Abdelmajid Ouledali, membre du bureau exécutif de l’Union tunisienne des agriculteurs et de la pêche (UTAP), le kilo de la « alfa » est vendu aux éleveurs à 1,290 dinar, un tarif exubérant et insensé compte tenu de la conjoncture économique actuelle : « La tonne de maïs est passée de 200 à 150 dollars ($).

Celle du soja est passé de 400 à 290 $ et pourtant, on continue de nous la vendre à 1500 dinars (DT). Des sociétés comme Carthage grain, Alfa nutrition et Poulina group ne se sont pas alignées sur les cours mondiaux ce qui est intolérable. Nous avons maintes fois écrits aux deux ministères de tutelle (Commerce et Agriculture) pour leur faire part de notre inquiétude, en vain. »

M. Ouledali justifie ses propos par la bonne forme du dinar, arguant qu’elle ne profite qu’aux importateurs : « D’avril 2019 à aujourd’hui, le taux de change du dinar par rapport à l’euro a baissé de 10%. Cela ne s’est pas répercuté sur le prix de vente de la « alfa ».

Nous désirons que le prix du kilo passe de 1,290 dinar à 1,000 dinar ! Il en va de la santé des bêtes, des agriculteurs et surtout, des consommateurs. N’oublions pas que l’élevage représente 70% de secteur agroalimentaire.

Si les professionnels du secteur n’ont plus les moyens d’alimenter leur cheptel, on court droit dans le mur. Les pénuries de viande, de lait et d’œufs deviendront monnaie courante et l’on sera, encore une fois, obligé d’importer ce que nous sommes censés produire. »

Il est à noter que nos vaches Holstein ne sont nullement adaptées au climat du pays et nécessitent un apport conséquent en fourrages, ressource excessivement rare en Tunisie.

En plus du contrôle des prix de vente des aliments, l’Etat se doit de revoir, impérativement, sa politique d’élevage en important des races bovines moins coûteuses et plus adaptées aux demandes des Tunisiens.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 28/10/2019

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