Point d’Orgue | Seul le silence est grand !

Point d’Orgue | Seul le silence est grand !

Par - Tunis-Hebdo

Mon Dieu ! Que le silence est beau ! Surtout lorsqu’il est électoral et qu’il arrive après douze jours de vacarme et de bavardage électoraux, pendant lesquels on aura tout vu et tout entendu.

Tout vu et tout entendu, mais rien retenu, semble-t-il, avec le déferlement sur les télés et les radios des candidats à la présidentielle. Certains ont fait rigoler les électeurs et ont eu, en conséquence, la plus grande part de popularité, mais ils sont certainement loin d’acquérir cette même popularité, le jour du scrutin.

Des autres candidats, on ne retiendra rien de spécial, tellement leur discours a été plat, insipide, incolore et inodore, sauf lorsqu’ils se sont mis à dire des bêtises sur le ton le plus sérieux. Comiques ou platement sérieux, les candidats ont eu, tout de même, un point commun : ils ont fait du bruit, voire du vacarme, pendant treize jours. Du bruit, en passant à la radio et à la télé.

Du vacarme à l’occasion de leurs meetings électoraux et de leurs visites sur le terrain, klaxons et haut-parleurs à l’appui. Il faut avouer que sur ce dernier plan, certains organisateurs des campagnes électorales ont réussi là où plusieurs animateurs de la culture dans les régions ont souvent échoué : rassembler des milliers de personnes pour un show plus ou moins chaud, avec des décors riches en couleurs, de la musique toutes options, tabbel et zakkar en tête, et le luxe d’un détachement de cavaliers traditionnels pour certains candidats !

Les travailleurs de la culture ont vraiment beaucoup à apprendre des politiciens en matière d’animation et de rassemblement des foules ! Bon, il faut dire que la culture n’a pas l’argent des grands partis politiques. Et puis, le spectacle politique est gratuit, si, déjà, on ne paie pas les spectateurs pour venir applaudir ces mauvais acteurs que sont nos politiciens.

Avec tout ce bruit, le silence électoral était donc le bienvenu. Et comment !  «Le silence était si absolu que je me croyais sourd», puis-je dire avec Jules Renard. Les voix électorales se sont tues, et c’est tant mieux pour nos pauvres oreilles. Comme le maître Zen japonais, Taisen Deshimaru, je pourrai dire à ce sujet : «Le silence de la montagne est encore plus beau lorsque les oiseaux se sont tus».

Mais les oiseaux, dans notre cas, sont des drôles d’oiseaux, dont un «osfour nader» que nous n’arrivons pas encore à identifier. Ou des rapaces, peut-être. A moins qu’il ne s’agisse de perroquets. Et là, «le plus bavard des perroquets, comme disait l’humoriste français Roland Topor, peut (ndlr : malgré lui) respecter une minute de silence». 4 minutes qui, dans le cas de nos perroquets (pardon, de nos candidats) a duré vingt-deux heures.

Une minute ou vingt-quatre heures peu importe ! L’important c’est d’avoir, après tout ce vacarme, un moment de répit et de savourer ce silence béni, qui, malheureusement, précède une autre tempête sonore, celle qui soufflera sur nos oreilles, à l’annonce des résultats du premier tour.

Adel LAHMAR
Tunis-Hebdo du 16/09/2019

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