Billet | La campagne électorale de tous les écarts !

Billet | La campagne électorale de tous les écarts !

Par - Tunis-Hebdo

Si la démocratie s’est quelque peu installée dans les pratiques, elle demeure tenacement proscrite des mentalités grillagées par l’intolérance, le sectarisme, et autres formes de refus de l’autre.

On a, d’ailleurs, l’impression que le processus qui s’est engagé, après le 14 janvier 2011 se heurte de plus en plus, à des esprits momifiés par de longues ères de despotisme. En fait, nous assumons mal, aujourd’hui plus qu’hier, le lourd qualificatif de première démocratie arabe dont nous affuble l’Occident, à tue-tête, depuis la chute de Ben Ali.

Démocratie mon œil, dirait l’autre. Il y a, certes, des dépassements dans tous les pays du monde, même ceux qui se targuent de figurer dans le haut du panier des libertés et du respect des différences.

Mais en matière de dépassements, il y a celui qui émane d’un écart naturel, conséquent à l’enfièvrement des campagnes électorales, et celui qui ne s’explique que par le refus tenace, dont nous parlions, de respecter les règles de la concurrence telles que édictées par les usages les plus courants de la démocratie. Entendez qu’un candidat qui a été « élevé » dans le fascisme ou qui en a fait les frais ne peut perpétuer que le modèle dans lequel il a toujours vécu ou en lequel il croit toujours.

La chose s’applique à la Tunisie. Plus les enjeux prennent de l’ampleur, plus les candidats à l’une ou l’autre élection, dans leur majorité, soit directement, soit par le biais de leurs sympathisants et leurs barbouzes, versent dans la violence. Du verbal, au physique, aux actes de dévastation et de pyromanie, le paysage que nous a offert la campagne électorale n’a rien de glorifiant et témoigne du peu d’avancée que nous avons enregistrée en matière de pratique démocratique.

Dans le déluge d’abus qui s’est multiplié au cours des 72 heures précédant le silence électoral, l’équipe du candidat Youssef Chahed est peut-être celle qui a essuyé le plus d’actes d’agressions qui vont du physique (lors des meetings de Béjà et de Sousse) où sympathisants et lui-même ont été bousculés voire refoulés. Un sympathisant de Zbidi a même menacé d’incendier Chahed et son équipe.

D’ailleurs, dans la même période, des panneaux à l’effigie du même candidat ont pris feu sur de nombreux parcours du pays.

La chose ne s’arrête pas à Chahed, les campagnes des autres candidats ont été émaillées de plusieurs incidents, Abir Moussi a été caillassée, des cortèges ont dû affronter le courroux et l’hostilité des foules.

Ces abus font suite au comportement de certains candidats qui ne reculent devant aucun moyen pour administrer des coups en dessous de la ceinture aux autres concurrents, Hamma Hammami et Safi Saïd, entre autres.

Dans les 44 pays étrangers, en Europe, en Amérique, en Asie ou au monde Arabe, la situation n’est guère plus reluisante. Le vote qui a commencé avant l’échéance du 15 septembre a donné lieu à des encombrements sans précédent devant les consulats et ambassades, où la confusion était de mise devant et à l’intérieur des représentations diplomatiques de la Tunisie.

Et cerise sur le gâteau, savez-vous que la campagne des législatives a coïncidé avec le silence électoral de la campagne présidentielle, c’est-à-dire le samedi ? Une bavure de plus à mettre à l’actif de l’Isie et du processus électoral.

Imed BEN HAMIDA
Tunis-Hebdo du 16/09/2019

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