Au cœur de Tunis, la rue Jean Jaurès: Qui est cet homme...

Au cœur de Tunis, la rue Jean Jaurès: Qui est cet homme politique français ?

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– De Jean-Luc Lamouché –

Nous sommes nombreux à emprunter chaque jour la rue Jean Jaurès en plein centre Tunis.
Rares sont toutefois ceux qui connaissent le parcours de ce politicien français né un 3 septembre.

Pour découvrir ou mieux saisir l’œuvre de Jaurès, ce texte bref et exhaustif de Jean-Luc Lamouché est des plus éclairants.

Lisons donc ce texte en hommage à Jaurès et pour mieux comprendre pourquoi une rue de Tunis porte son nom.

Jean Jaurès naquit à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859, comme en ce 3 septembre 2019, et, comme nous le savons tous, mourut assassiné le 31 juillet 1914, à Paris, à la veille de la Guerre de 14-18.

Orateur et parlementaire socialiste, un des grands leader de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière – la Deuxième), il s’illustra notamment par son opposition aux nationalismes et donc au déclenchement de la Première Guerre mondiale, ce qui ne l’empêcha pas de se considérer comme « patriote ».

Pensons en effet à sa célèbre formule : « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, mais beaucoup d’internationalisme y ramène ».

Jaurès était issu d’une famille de la bourgeoisie et fut un brillant élève, puis étudiant. Il parvint à l’École Normale Supérieure (ENS) et fut reçu 1er à l’agrégation de philosophie, avant de commencer une carrière politique.

En fait, il fut d’abord un député républicain modéré (dit « opportuniste », placé au centre ou centre-gauche). Sa thèse de philosophie porta sur « De la réalité du monde sensible » ; il y développa des thèmes agnostiques, mais absolument pas d’athéisme, et il avait une conception ouverte de la laïcité.

Dès 1885, année où il devint le plus jeune député de France, il prit le parti des ouvriers à Carmaux et proposa ensuite un projet de retraites ouvrières en guise de « premier pas sur la voie de ce socialisme vers quoi tout nous achemine » (dixit), et il se distingua par son soutien envers les mineurs de Carmaux lors de leurs grèves face à leur patron-aristocrate au comportement autoritaire.

Durant l’affaire Dreyfus, et contrairement au marxiste orthodoxe Jules Guesde, Jaurès prit très rapidement la défense du capitaine français juif et pointa l’antisémitisme dont celui-ci était victime, ceci au nom des droits de l’homme.

Le 18 avril 1904, il sortit le premier numéro du quotidien L’HUMANITÉ, dont il fut le fondateur et le directeur. En 1905, on le retrouva comme étant l’un des rédacteurs de la loi de séparation des Églises et de l’État, mais dans le cadre d’une conception tolérante, ouverte (contrairement à ce qui s’était passé en 1904 sous le radical Emile Combes).

Toujours en 1905, il participa à la création de la SFIO, dont il fut l’un des acteurs principaux, étant ainsi un des artisans de l’unification du mouvement socialiste français… Il fit alors passer ses positions réformistes (Jaurès, contrairement à Guesde, était plus marxisant que marxiste) derrière sa volonté d’unité du mouvement socialiste.

Pourtant, il garda face à lui l’opposition d’une partie de la gauche révolutionnaire (ainsi pour les guesdistes), en tout cas jusqu’à son assassinat par Raoul Villain, un illuminé qui avait été intoxiqué par la propagande menée contre « Herr Jaurès » (le mot « Herr » voulant dire « Monsieur » en allemand…) par la droite nationaliste et l’extrême droite.

Après la « Grande Guerre », et dans le cadre de l’atmosphère nationaliste de la chambre « Bleue Horizon », Villain fut acquitté par rapport à l’assassinat de Jaurès et la famille du tribun socialiste fut obligée de payer les frais du procès…

Comment résumer la pensée de Jaurès? D’abord, il n’était pas pacifiste (ce qui correspond à une idéologie), mais pacifique, tant qu’il est possible de l’être.

Voilà pourquoi il fit tout pour empêcher que les prolétaires européens (et notamment allemands et français) se fassent une guerre fratricide.

S’il n’avait pas été assassiné, il n’aurait pu sans doute que se rallier à « l’union sacrée »- même s’il faut faire attention à ne pas donner la parole aux morts. Ensuite (et cela a été dit), il fut davantage marxisant que marxiste, et voilà pourquoi Madeleine Rebérioux, la spécialiste de Jaurès, a bien montré, à partir des discours et des actes du tribun, qu’il refusait de séparer la démocratie politique de la démocratie économique et sociale.

Puis, il avait une grande tolérance, aussi bien dans le cadre de la nécessité d’unir toutes les chapelles socialistes que pour sa conception de la laïcité. Quant la SFIO éclata, au congrès de Tours, en 1920, les socialistes maintenus crièrent « Vive Jaurès ! » et ceux qui venaient de créer la SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste – la Troisième) « Vive Jaurès, Vive Lénine ! »

En fonction de son itinéraire global, est-il possible de penser que Jaurès aurait pu se rallier à ce socialisme totalitaire que mit en place le léninisme, puis surtout le stalinisme du « socialisme existant » ?

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