A Carthage dans le Missouri américain, avec Andy Thomas, six tableaux et...

A Carthage dans le Missouri américain, avec Andy Thomas, six tableaux et les artefacts

Par -
Pour Lynn, Lisa Marie, Dina et Andy

Depuis quelques années, je passe une partie de mes étés aux Etats-Unis d’Amérique. Je sillonne les routes et vais à la rencontre de villes et villages dont je trouve l’histoire extraordinaire.

Ces longues translations sur les routes américaines ont commencé en 2005 et depuis quatre ans, j’ai du interrompre ce rituel pour des raisons professionnelles qui m’ont retenu à Tunis.

Libéré de certaines contraintes, je ne vais pas tarder à reprendre la route et retrouver ce goût des vastes étendues et des lieux qui semblent nimbés d’imaginaire.

Sur le site de la Bataille de Carthage

« On the road again », avec dans les oreilles les rengaines de Canned Heat ou des Allman Brothers dispensées par les mille et une stations de rock classique qu’on peut entendre sur la bande FM américaine.

Aux USA, ce sont les villes qui portent le nom de Carthage qui m’ont aimanté depuis quelques temps.

J’en ai visité une bonne dizaine au fil des étés. Il a fallu aller jusqu’en Arkansas ou en plein coeur de l’Indiana pour retrouver ces gros bourgs pétris d’histoire.

Mais c’est au Missouri que j’ai fait l’une des rencontres les plus extraordinaires. C’était en 2009, il y a dix ans et j’avais d’abord traversé une ville victorienne plutôt assoupie.

Je cherchais à retrouver le site de la Bataille de Carthage, l’un des épisodes les plus connus de l’histoire de la guerre civile américaine.

Arrivé la veille dans le comté de Jasper, je voulais me retrouver sur le champ de cette bataille qui s’est déroulée le 5 juillet 1861, à une époque où le Missouri balançait entre l’Union et la confédération.

La bataille fut féroce et laissera des stigmates dans la ville et son histoire. Dans mon esprit, au fil des lectures, il était devenu essentiel de retrouver les traces de cette bataille qui évoquait en moi les guerres puniques et la première destruction de Carthage la Tunisienne, mère de toutes les Carthage du monde.

Morne et vide, le champ de bataille se trouvait un peu en périphérie de la ville. Deux ou trois panneaux racontaient les mouvements de troupes et la configuration des combats autour de Dry Fork.

Le temps avait fait son oeuvre et l’oubli atténué l’écho des canons et la rumeur des combats.

« Down town », entre le capitole local et les artefacts carthaginois

 

Après une heure passée à revivre mentalement la bataille, je me suis rabattu sur le centre-ville pour y visiter le musée local.

Le « down-town » des villes américaines répond toujours au même ordonnancement, avec le palais de Justice trônant tel un Capitole local et entouré par un quadrilatère ombragé et des édifices qui, chacun à sa manière, racontaient l’histoire de cette ville qui m’était encore inconnue.

Méthodiquement, je visitais chaque lieu, observais chaque demeure patricienne. Parfois, je choisissais pour observatoire un bar pour pouvoir prendre des notes et lier des conversations.

En ce 5 juillet 2009, il fallait aussi chercher un peu de fraîcheur dans cette ville qui hésite entre « Midwest » et « Old West ».

 

Car le Missouri est ainsi: il ouvre sur les étendues de l’Ouest et fut longtemps perçu comme une frontière derrière laquelle attendaient les dangers du « Far West » et l’inconnu du « Wild West ».

Dans une chaleur accablante, après avoir visité les principaux monuments et raconté à diverses reprises que je venais du pays de Carthage, j’ai poussé la porte plutôt modeste des bureaux de la municipalité de la ville.

Et c’est là que m’attendait le trésor que je cherchais et la récompense pour tous ces miles parcourus.

Mon attention a d’abord été attirée par deux vitrines horizontales qui se trouvait au milieu d’une minuscule salle des pas perdus.

Dans ces vitrines, des artefacts en provenance de Carthage! Des amulettes, des lampes romaines, des pièces de monnaie. Le lien que je recherchais était là, sous mes yeux.

Un document expliquait que ces pièces antiques avaient été offertes à la ville de Carthage, Missouri par l’ambassade tunisienne à Washington. Un courrier officiel accompagnait la petite collection.

Ma joie de retrouver un écho de mon pays dans cette petite ville était incommensurable. Prenant des notes, tentant d’absorber chaque détail, je finis alors par regarder sur les murs.

Les six œuvres siamoises d’Andy Thomas

 

Six tableaux étaient accrochés et lorsque je les observais enfin, je compris que ces six oeuvres d’art établissaient un parallèle entre le destin de notre Carthage et celui de la Carthage du Missouri.

La naissance de chacune de ces villes, sa destruction et aussi sa renaissance étaient là sous es yeux. Avec un dessin d’une précision remarquable et des couleurs éclatantes.

Je finis par frapper à l’une des portes, toutes fermées, qui entouraient la salle d’attente. Une dame m’ouvrit et m’accueillit. Lynn Campbell était trésorière municipale. Elle m’expliqua – et le hasard fait bien les choses – que les œuvres exposées avaient été créées par son frère Andy Thomas dont le studio se trouvait à Maze Creek à quelques miles.

Un coup de fil et je me suis retrouvé chez Dina et Andy Thomas à découvrir la fabuleuse collection d’un artiste spécialisé dans les reproductions en peinture de champs de bataille mais également tourné vers des univers plus personnels.

Andy me raconta alors l’histoire des six tableaux et cette comparaison qui s’était imposée à lui entre une ville-matrice et sa ville natale.

En le quittant, je savais que cette journée demeurerait inoubliable, compterait parmi les moments choisis d’une vie.

Les photographies des six tableaux ne me quitteront plus. Le souvenir des hasards qui m’ont mené d’un champ de bataille au studio d’un artiste sont toujours là.

Le lendemain, j’ai mis le cap sur l’Arkansas où m’attendait une autre Carthage, nichée entre Pine Bluff et Stuttgart, dans une région où abondent les rizières.

« On the Road again », en attendant de revenir au pays.

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo