« Tandis que j’agonise » par Hatem Bourial

CP : Reuters

Quel est notre bilan huit ans après la Révolution de 2011 ? Que serait devenue la transition vers la démocratie sans le courage de Béji Caid Essebsi qui, lors des heures difficiles, avait été le premier à s’opposer au triomphalisme de la Sainte-Alliance de la Troika ?

BCE a en effet eu le mérite de s’opposer frontalement à ceux qui avaient escroqué le peuple tunisien en s’appropriant une révolte pacifique pour la transformer en projet idéologique.

Menacé dans son intégrité physique, qualifié de révisionniste et de restaurateur de l’ordre ancien, BCE a su résister, mobiliser et fédérer contre l’islamisme nahdhaoui et ses supplétifs.

Ne cédant pas aux injonctions, il a su créer les conditions pour que sa campagne pour Carthage et Le Bardo aille jusqu’au bout. Prudent, l’homme d’Etat qu’il est a préféré, dans une politique de consensus et sur fond de menaces islamistes, associer le parti Ennahdha à l’exercice du pouvoir, avec les résultats qu’on sait.

A ce titre, BCE aura été trahi aussi bien par le double langage des stratèges du parti islamiste que par l’effritement progressif de son propre camp, celui qui aurait du se renforcer par la victoire électorale mais sera meurtri par les plans de carrière et les querelles des ego.

Depuis, j’agonise de mort lente et symbolique. Depuis, zombie presque impuissant, je vois se défaire l’édifice de la modernité. Depuis, je vois un pays chancelant, dévoré par des élites sorties de nulle part, des contrebandiers irrésistibles et des idéologues barbus et voilées qui proclament ici et là des califats dérisoires.

Depuis 2014, j’ai vu tomber des soldats, des touristes et des camarades. J’ai vu sévir d’innommables milices et s’installer des émirs inféodés aux roitelets du pétrole. J’ai subi dans ma chair ces censures qui tuent et cette peur qui taraude.

J’ai vu sa jeunesse fuir mon pays et moi qui agonise. J’ai vu la mort dans les yeux des désespérés affrontant la mer cruelle et vu aussi des cohortes d’aspirants terroristes se faire berner par des promesses de paradis puis se retrouver dans les enfers libyen et syrien.

J’ai vu mon pays laminé par les irrédentismes nostalgiques de la nation arabe et des empires musulmans. J’ai vu tout ce qui a été construit par la génération de mes parents devenir équivoque pour être ensuite démembré, déshonoré, sali.

Tandis que j’agonise, je sais que seul Béji avait sauvé l’honneur d’une nation, rendu confiance à un peuple. Car, lui a su comprendre qu’en vérité, c’était notre pays qui agonisait et que les rancoeurs des islamistes ne laisseraient personne indemne.

BCE est arrivé trop tard ! Le mal était déjà fait et le ver bien niché dans le fruit. Des milliards de compensations octroyées par la Troika à ses affidés devenaient le tribut aux victorieux que la Tunisie devait payer.

Durablement à genoux, mon pays agonisait et moi avec lui et beaucoup d’autres qui ne se rendaient pas compte de cette mort lente qui s’emparait de tout et répandait le deuil dans une terre de joie.

Que pouvait-il faire en vérité devant la flagornerie des uns, les ambitions des autres et les agissements de ses plus proches? Tandis que j’agonisais, la République à reculons s’enfonçait davantage. Et tandis que j’agonise, la chape de plomb commence à prendre ses marques.

Ma Tunisie de lumière et de poussière doit se reprendre. Les linceuls attendront. Notre pays nous appartient plus que jamais et son destin est le nôtre.

Et si, aujourd’hui, depuis des années déjà, j’agonise, cela ne veut pas dire que je me rendrais face à l’obscurantisme. L’islamisme est un totalitarisme, cela j’en suis convaincu et si ses champions veulent transformer mon pays en mouroir, qu’ils tentent de le faire et ils récolteront la colère des Justes.

Depuis longtemps j’agonise et, cruel paradoxe, ce sont ceux dont je suis le plus proche qui me volent ma liberté. Toutefois, même dans ces corps de zombies qui sont les nôtres aujourd’hui, nous résisterons à l’islamisme mortifère et au totalitarisme qui est son essence.

Tandis que j’agonise, la liberté renaît et vivra toujours. Cette liberté, nous l’avons conquise et elle nous revient. Quoiqu’en disent les mainmises et les faux dévots, elle finira par triompher.

Car personne ne saurait la réduire ou l’ensevelir. Peut-être bien que j’agonise, mais elles et ils seront mille et cent à refuser les diktats idéologiques et le rapt d’un pays qui n’est pas consentant et demeurera rétif à jamais aux visées de la Choura suprême des petits contremaîtres qui se verraient bien dans la peau de nouveaux dictateurs.

Tandis que j’agonise, la Tunisie reste vivante et qui que je sois ou puisse être, je vous la confie car cette terre est la nôtre, cette révolution est la nôtre, ces rêves sont les nôtres, tous autant que nous sommes qui faisons d’abord et avant tout allégeance à la Tunisie.

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