Que gagne-t-on des sociétés offshore ?

Que gagne-t-on des sociétés offshore ?

Par - Tunis-Hebdo

  • Cyrine Aga (experte financière) : «Un salaire en France en vaut sept en Tunisie !»
La Tunisie est connue comme étant une terre d’accueil favorable aux sociétés étrangères désirant bénéficier d’une fiscalité avantageuse. Mais en quoi ces sociétés offshore sont-elles profitables au pays ?

D’après la législation tunisienne, est considérée comme une société offshore ou extraterritoriale, toute société dont la production est totalement destinée à l’exportation et dont au moins 66% du capital sont détenus par des non résidents étrangers ou tunisiens au moyen d’une importation de devises convertibles. Plus simplement, le terme «offshore» désigne une entreprise immatriculée dans un pays offrant une fiscalité particulièrement avantageuse.

Des avantages et des privilèges qui ont épinglé la Tunisie sur la liste noire des paradis fiscaux, établie par l’Union européenne (UE). Sous l’ère Ben Ali, des centaines de sociétés de ce type sont venues des quatre coins du globe, plus particulièrement d’Europe, pour bénéficier des nombreux avantages auxquels elles ont droit par l’intermédiaire de la loi 72.

Lorsque les industries européennes du textile ont cessé d’être concurrentielles vis-à-vis des industries chinoises et asiatiques, nombre d’entre elles ont choisi de s’installer en Tunisie pour tenter de se refaire une santé, la main-d’œuvre tunisienne étant beaucoup moins coûteuse que la française.

L’avènement de la téléphonie mobile et de la connexion haut débit au début des années 2000 a contribué à la création des fameux centres d’appels qui pullulent actuellement dans toute l’Afrique. Ainsi, tout ce qui se rapporte aux prestations de service, à l’import-export, à l’industrie manufacturière et aux services de consulting est indubitablement concerné par une fiscalité avantageuse.

Celle-ci comprend, entre autres, un accord de non double imposition entre les pays européens, maghrébins et la Tunisie, 0% d’impôts sur les bénéfices pendant 5 ans (4 ans pour les sociétés créées en 2019-2020), pas de TVA pour les règlements reçus de l’étranger et les achats en Tunisie, 10% d’impôts sur les dividendes non réinvestis, aucune obligation sociale pour le gérant non salarié, un capital minimum (non bloqué) de 300 euros pour l’ouverture de la société, etc.

Et la Tunisie dans tout ça ? A-t-elle au moins une part du gâteau ? Cyrine Aga, experte financière, nous éclaire sur ce point : «Si la Tunisie tire des avantages des sociétés offshore ? Pas vraiment ! Il est dit sur le papier qu’après cinq ans d’exercice, une société se doit de payer entre 10 et 35% d’impôts sur les bénéfices à l’Etat tunisien. Or la majorité d’entre elles, pour ne pas dire toutes, changent leur raison sociale pour rebénéficier de cinq ans supplémentaires.

J’ajouterai que ce sont des entreprises qui brassent des milliards de dinars sans payer un centime à aucun des deux pays auxquels elles sont rattachées. Elles profitent d’un flou juridique pour contourner le système et exercer leur activité en toute légalité. Le seul avantage que l’on peut en tirer, c’est le fait qu’elles créent de l’emploi, en particulier chez les jeunes.

Ces derniers touchent un salaire bien plus avantageux que celui que proposent les boîtes tunisiennes mais sont, quand même, sous-payés par rapport aux employés travaillant en France pour le compte de la même société. Pour un salaire d’employé en France, une société offshore fait bosser sept salariés tunisiens !»

Mohamed Habib LADJIMI
Tunisi-Hebdo du 10/06/2019

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