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La rubrique du lundi | Bourguiba et les dames : La connaissance de la famille Djemali (I)

Par - Tunis-Hebdo

Bourguiba, jeune avocat, frais émoulu, venant tout juste de débarquer de Paris, à la fin de ses études, et se donnant à peine à la politique politicienne au sein du vieux Destour – les Granta comme on les surnommait au passé – se rendait régulièrement à sa ville natale, Monastir. Il adorait, particulièrement, la plage de Skanes.

Notre maître faisait, alors, souvent un crochet par Enfidha, un grand bourg, et cela pour couler d’agréables moments auprès de la famille des Djemali, grands propriétaires dans cette région, essentiellement agricole.

«Si Lahbib» était tombé amoureux de leur jeune fille et il lui arrivait de passer des journées entières chez eux, voire des nuits aussi… Madame Djemali, en agréable hôtesse, gavait Bourguiba de pain traditionnel cuit dans la tabouna et qu’il adorait.

Et alors qu’on s’apprêtait d’un côté comme de l’autre à annoncer les fiançailles des deux tourtereaux, voici que «Si Lahbib» reçoit un coup de fil de Mathilde Lorrain, veuve d’un militaire français, un caporal mort lors de la Première Guerre mondiale, et qui avait logé Bourguiba dans le poulailler de l’immeuble qu’elle gardait du temps où il était étudiant à la Sorbonne. Devenue par la suite, musulmane et répondant au prénom de Moufida, cette dernière lui annonça tout de go qu’elle était enceinte de lui…

Et voici que tous les plans du futur «zaïm» se voient chamboulés. Pourtant, il croyait ferme, jusque là, qu’il était inapte à avoir des enfants du fait qu’il n’avait qu’un seul testicule, une déformation congénitale appelée cryptorchidie. C’est, d’ailleurs, ce qu’a reconnu «Si Lahbib» dans sa biographie narrée aux étudiants de l’IPSI. Bourguiba, en gentleman, se rendit, alors, sur le champ à Paris afin de ramener à Tunis sa friend-girl de jeunesse avec lui.

Suite à son mariage avec Bourguiba, Moufida a enduré beaucoup de souffrances quand le jeune indépendantiste était trimballé d’une prison à une autre ou d’un exil à un autre. Cette dame a dû élever toute seule son fils unique Bourguiba Junior, parfois avec des moyens fort insuffisants. Une fois marié, Bourguiba s’installa, finalement dans une maison de la capitale, à Rahbat El Ghanam.

Pour l’anecdote, il est arrivé à Moufida de se rendre auprès d’un grand épicier du côté du marché central. Elle y faisait ses emplettes gratis, car son propriétaire était un militant. De plus, il lui rendait chaque fois de la monnaie à laquelle elle n’avait nullement droit, question de ne pas attirer l’attention sur lui par les colonialistes ; car à l’époque, les familiers de Bourguiba étaient épiés de partout.

Par ailleurs, rappelons qu’une des propres cousines de «Si Lahbib» était grandement amoureuse de lui et plus d’un le savait dans leurs familles respectives. Elle était, plus ou moins, sa promise. Elle attendit plusieurs années, sans qu’il daigne se prononcer, alors qu’elle croyait qu’il était absorbé par ses études.

Lasse de cette situation, elle se déplaça jusqu’à Paris en compagnie d’un de ses parents pour le rencontrer et avoir le cœur net sur ce qu’il comptait faire.

Elle fut totalement déçue, car il l’ignora presque et ce fut la rupture définitive…

(à suivre : II- Il les aimait dodues)

M’hamed BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 10/06/2019

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