Editorial | L’enseignement en Tunisie : Un système en ruine…

Editorial | L’enseignement en Tunisie : Un système en ruine…

Par - Tunis-Hebdo

Deux images ayant circulé, dernièrement, sur les réseaux sociaux nous ont interpellés et fait mesurer la dramatique situation vécue par l’enseignement dans notre pays : l’une montrait des écoliers au primaire chantant « ni stylo, ni cahier, quel soulagement de l’enseignement ! » (en arabe elle est plus significative : («لا ستيلو لا كراسة، ملا راحة من الدراسة)

L’autre était racontée par une personne attablée à un café à Mahdia (cela aurait pu se passer partout en Tunisie)disant, grosso modo, que les élèves assis à ses côtés expliquaient les sciences par le Coran, affirmant que la terre est plate, que les Américains mentaient en disant être allés sur la Lune, etc.

Tout cela exprime la déliquescence de l’enseignement dans notre pays, alors que nous abordons à partir d’aujourd’hui les examens nationaux qui viennent, chaque année, sanctionner une année d’efforts et de sacrifices d’élèves et de parents tenus en otage par un système éducatif tombant en ruine.

On ne peut, dans ce cadre étroit, parler de l’ensemble de notre système éducatif, de tous ses problèmes ou des solutions envisageables. Mais l’on peut, au moins, essayer de définir quelques maux et quelques pistes de nature à endiguer une crise qui ne cesse de s’amplifier.

Il est évident que le système éducatif est touché à tous les étages et à toutes les étapes de l’enseignement, du primaire jusqu’au supérieur, aboutissant, en fin de parcours, à des diplômés n’ayant pas le minimum requis dans tous les sens du terme. Sans faire le procès de personne, ni des enseignants, ni celui de l’Etat, il convient, à notre avis, de redonner à l’enseignement un sens à travers la restauration d’un élément éthique et d’un élément pédagogique et scientifique.

L’élément éthique se rapporte aux enseignants, sans lesquels rien et aucune réforme ne peut être envisagée, encore moins concrétisée. Il se rapporte à leur perception de leur « métier », leur profil et leur situation. On peut qualifier cela d’idéalisme.

Toutefois ce critère psychologique reste déterminant. L’enseignant doit ressentir l’exercice de sa profession comme une véritable mission, administrant à ses élèves ou étudiants tout ce qui est possible à réaliser sans calcul ni retenue, et sans cette cupidité qui fait que certains enseignants tiennent en otage leurs élèves par des cours supplémentaires attribués contre monnaie sonnante et trébuchante.

Toutefois, cela exige de la part de l’Etat une revalorisation conséquente des rémunérations des enseignants, à tous les niveaux, dont la plupart vivent dans des conditions déplorables.

L’élément pédagogique et scientifique exige la confection de programmes d’enseignement modernes et ouverts, tournés vers le progrès et non vers le retour en arrière et l’abêtissement intellectuel. Ce conflit retarde et retardera, probablement, pendant longtemps encore, toute œuvre de réforme en profondeur du système éducatif.

Les enseignants sont amenés à exercer leur mission de transmission du savoir en se basant sur deux principes fondamentaux : la probité intellectuelle et la justesse scientifique, loin de tout charlatanisme et de tout hermétisme idéologique.

Cela passe, aussi, par une formation adéquate qui doit être, désormais, décernée aux enseignants soit pour les futurs recrutés, soit par des stages continus de recyclage pour ceux qui sont déjà en exercice avec des passages de grade accordés après la réussite dans des épreuves scientifiques et pédagogiques.

Cette mise à niveau exige, cependant, une volonté politique. Or, avec un Etat qui se désengage de plus en plus clairement du service public, l’on voit franchement mal comment on peut encore sauver l’enseignement public du naufrage, plutôt de la ruine…

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 10/06/2019

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