Chronique de Moncef Charfeddine | Ben Ghdhahem au théâtre

Chronique de Moncef Charfeddine | Ben Ghdhahem au théâtre

Par - Tunis-Hebdo

Nous avons consacré à l’insurrection de Ben Ghdhahem l’espace qu’elle méritait et nous allons évoquer dans ce dernier papier certains détails que nos lecteurs ne connaissent peut- être pas sur ce grand événement historique qui a secoué notre pays et failli changer l’histoire de la Régence tunisienne.

Citons, d’abord, le fait que le regretté Abdelhamid Attia a porté cette insurrection au théâtre, en 1967, que cette pièce avait été mise en scène par le regretté Mohamed Lakhal et représentée plusieurs fois avec succès par la troupe théâtre de l’union (فرقة مسرح الوحدة). Il m’a été donné de voir cette pièce dont le rôle principal était interprété par Noureddine El Yaâcoubi. Parmi les autres acteurs qui ont fait partie de la distribution citons le regretté Mongi Ben Yaïch et la grande actrice Mongia Tabboubi. Et je me souviens que la pièce m’avait plu.

D’autre part, le grand historien, « notre Alexandre Dumas », l’ami Hassanine Ben Ammou devait, en 2013, écrire un feuilleton sur l’insurrection de Ben Ghdhahem, que devait produire Néjib Ayed et que devait réaliser l’un de nos meilleurs réalisateurs, Chawki El Méjri. Mais je ne sais pourquoi cela est resté à l’état de projet.

Autre chose sur cette insurrection, j’ai lu, il y a quelques années, un excellent ouvrage publié par le Centre de Publication Universitaire, en février 2003. Le titre en est « Tabib El Mahalla » (طبيب المحلّة) « Le Médecin de l’Expédition ». L’auteur en est le médecin allemand Gustave Nachtigal et il a été remarquablement traduit en arabe par Mounir Fendri ; Nachtigal (1834-1885) a séjourné dans notre pays, pour la première fois, de 1863 à 1868. Après quoi, il entreprit un grand voyage dans le continent africain.

Nommé, ensuite, Consul de Prusse, à Tunis, en 1882, il occupa ce poste deux années durant.

Il a raconté dans quelles circonstances il a été amené à séjourner dans notre pays. Lisons-le : « Fin 1862, une affection pulmonaire m’amena à me rendre aux frontières de l’Afrique du Nord et à me fixer en Algérie et plus précisément dans le gouvernement de Constantine. Mais la curiosité m’incita, l’année suivante, à me rendre en Tunisie où je me remis complètement de mon mal.

Ce qui me séduisit, en premier, dans la ville de Tunis, en laquelle je vis la perle des villes du Maghreb arabe, est son cachet à peu près authentique, en comparaison avec les villes algériennes auxquelles l’occupation française avait donné un aspect européen. Ce qui m’a rattaché à ce petit pays, par la suite, et m’a tenté à y séjourner, ce sont ses qualités naturelles, sa terre fertile et généreuse, son climat sain et modéré, ainsi que son histoire riche en revirements et son passé remarquable comme en témoignent ses ruines qui continuent à défier le temps.

Et ce qui a renforcé mon attachement à ce pays est le fait que je lui dois d’avoir recouvré la santé et de m’avoir fourni l’occasion de connaître des gens avec qui se sont renforcés des liens d’amitié. Sans parler du fait que j’y occupe un excellent emploi fort respectable.

Rappelons que Nachtigal était médecin et a pu exercer à Tunis mais son rêve de devenir l’un des médecins officiels de la Cour beylicale n’a pu se réaliser, les médecins qui occupaient ces hauts postes, Abraham Lumbroso et Giacomo Castelnuovo, notamment, lui ayant barré la route.

Pourtant, il s’était fait des amis très haut placés dont le Premier Ministre Mustapha Khaznadar et le général Rostom qu’il avait accompagné lors de l’expédition qu’il avait conduite dans la région du Kef pour mater ce qui restait des troupes d’Ali Ben Ghdhahem et pour récolter les impôts.

Nachtigal fut désigné, néanmoins, ministre de la Marine, à La Goulette.
L’ouvrage est, en fait, un recueil de 79 lettres écrites entre 1863 et 1868 et envoyées de Tunis par Nachtigal à sa mère ; puis à la mort de cette dernière, à sa sœur Maria, à partir du 27 février 1866.

A travers ces lettres nous connaissons l’historisation de notre pays durant les années les plus difficiles de son histoire du temps des Beys. D’autre part, l’introduction du traducteur et ses notes ainsi que l’aperçu historique que nous donne le Professeur Jamel Ben Tahar constituent un régal pour les lecteurs et un enrichissement.

Emettons, à présent, une remarque importante sur le Palais du général sans scrupules Ahmed Zarrouk, le bourreau du Sahel. Certains historiens affirment que c’est Mohamed El Habib Bey qui l’acheta chez l’usurier Bessis où il était en gages.

Or, Mohamed Salah Mzali qui est bien informé affirme qu’il a été payé avec l’argent de l’Etat tunisien et offert à Mohamed El Habib.

Voici qu’il a écrit, en effet dans ses mémoires « Au fil de ma vie » :

Rachetée aux Bessis par l’Etat en 1922 et offerte à Habib Bey, cette maison chargée des lourds souvenirs d’une triste époque, a été transformée pour devenir le Palais beylical de Carthage, désaffecté depuis la déchéance, le 25 juillet 1957, du dix-neuvième et dernier occupant du trône husseinite.

C’est l’actuel « Beït El Hikma ». Et pour terminer, signalons que le Bey Mohamed Es-Sadok avait créé, en 1865, une « Médaille contre les Arabes » (sic) en mémoire de la répression de la rebellion des « Arabes », autrement dit la révolte fomentée par Ali Ben Ghdhahem. Elle comprenait deux classes en or, pour les officiers supérieurs, en argent pour les officiers et soldats.

Le ruban de cette médaille était le même que celui du Nichan Iftikhar.
Signalons, d’autre part ,qu’au cours des années soixante-dix (alors que le regretté Mohamed Yaâlaoui était ministre de la Culture), des colloques fort intéressants ont été organisés, à Kasserine sur Ali Ben Ghdhahem. Ils étaient très suivis.

Moncef CHARFEDDINE
Tunis-Hebdo du 27/05/2019

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