Flagrant délit de double langage : La répression des non-jeûneurs est une...

Flagrant délit de double langage : La répression des non-jeûneurs est une honte nationale

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La Tunisie a beau se gargariser des mots « tolérance » et « liberté de conscience » mais rien n’y fait car les réflexes répressifs ont la peau dure.

Alors qu’à Djerba, nous tentons de donner l’image d’un pays ouvert et respectueux non pas de l’altérité (car le judaisme est aussi tunisien) mais de la liberté de culte, la répression des non-jeûneurs bat son plein dans plusieurs villes.

Que dire d’un pays qui organise des descentes et des rafles pour réprimer les personnes qui ne jeûnent pas et les commerçants qui leur offrent des oasis pour se désaltérer?

Que dire d’une Tunisie qui se prétend plurielle et républicaine et qui n’hésite pas à passer devant les tribunaux un gérant de café incriminé pour outrage à la pudeur et aux bonnes moeurs pour avoir servi à boire de l’eau à des non-jeûneurs?

Dans le scabreux et l’outrance, nous venons de franchir un nouveau palier à Kairouan où un citoyen sera jugé pour ces faits le 29 mai par une cour de justice.

Sur fond d’arrestations de non-jeûneurs, assisterions-nous en silence à une « talibanisation » de notre système judiciaire?

Chaque année et chaque Ramadan, des agents trop zélés et leur hiérarchie immédiate semblent se comporter en se fichant des lois du pays et de sa Constitution.

Chaque année, des abus sont constatés et le harcèlement des non-jeûneurs est de mise. Arguments démagogiques et violences illégales sont à la clé de ces interventions au nom d’une sacralité du jeûne qui n’est pas l’affaire de la police républicaine.

Qui cherche à narguer le gouvernement et le ministère de l’Intérieur en organisant des descentes punitives qui se placent hors la loi? Qui cherche à stigmatiser les non-jeûneurs en les humiliant publiquement?

Qui, au fond, cherche à promouvoir une police religieuse avec pour mission de réprimer le « vice » et promouvoir des « vertus » souvent aussi factices que mensongères?

Autant nous croyons à la bonne foi du gouvernement, autant nous sommes convaincus que ce sont ses éléments les plus éclairés qui sont visés par ces campagnes hostiles à la Tunisie et sa liberté de penser.

Ces attitudes partisanes et franchement islamistes ne doivent plus avoir cours et dans les cas d’espèce, ce sont les contrevenants parmi les policiers qui devraient être rappelés à l’ordre.

Jusqu’à nouvel ordre, la liberté de chacun de jeûner ou pas est garantie. Et à ce titre, la police n’est pas requise pour féliciter les uns et punir les autres.

La Tunisie devrait avoir honte de tels dépassements qui procèdent d’approches partisanes. Ou alors, la Tunisie ne devrait pas accepter qu’on la trahisse en pourchassant les non-jeûneurs.

Nous laissons ce « sport » tyrannique et peu enviable aux obscurantistes de tout poil et répétons notre plaidoyer pour la liberté de chacun et notre attachement à la République.

Comment parler de liberté dans un pays où les intimidations, les vexations et les humiliations sont monnaie courante pour celles et ceux qui ne pratiquent pas ou se dissocient de la religion dominante?

Ce double langage est en lui même une honte et nous le récusons absolument. Et pour le dire haut et fort, il ne s’agit pas dans ces affaires, de combats d’arrière-garde mais bel et bien d’atteintes à des libertés essentielles qui ne doivent en aucun cas être tolérées.

Que ceux qui jeûnent le fassent dans le respect des autres et que ceux qui s’abstiennent de le faire soient tout aussi respectueux et tout ira pour le mieux dans la meilleure des Tunisie.

Quant à la police et aux juges, ils ont en principe d’autres chats à fouetter qu’examiner les estomacs des citoyens et inspecter leur haleine…

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