Chronique de M’hamed Ben Youssef | Un homme hors pair !

Chronique de M’hamed Ben Youssef | Un homme hors pair !

Par - Tunis-Hebdo

Quand j’ai débarqué à Tunis en 1968, mes diplômes militaires en poche, à l’issue de trois ans d’études à l’Académie militaire de Bruxelles, au Cinquantenaire, puis près de Namur (Belgique), lors de ma formation de para-commando, j’ai été, alors, nommé premier lieutenant. Puis, j’ai été désigné à l’Ecole des sous-officiers de Fondouk Jedid, l’actuelle Académie militaire de Tunis.

Celle-ci était, à l’époque, réservée à la formation des sous-officiers et dirigée par le valeureux commandant Abdelhamid Escheikh, un authentique militant, objet de recherches fréquentes par les colonialistes durant sa jeunesse. Lors de notre première rencontre dans ses bureaux, il m’offrit un café que j’ai dû boire malgré mon aversion, à l’époque, pour cette boisson.

Le chef de cette école à Fondouk Jedid m’a avoué, de lui-même, qu’il a été, une fois, acculé à inventer un chiffre, lors de la visite à l’improviste à cette caserne de feu Béhi Ladgham, qui détenait, à l’époque, le portefeuille du Premier ministère et celui de la Défense Nationale. Ce dernier lui avait demandé «quelle était la superficie totale du camp ?»

Ignorant la réponse exacte et ne voulant pas perdre la face devant le Premier ministre, «Si Abdelhamid» avança un chiffre approximatif. A noter que mon supérieur hiérarchique n’avait pas le droit au moindre faux pas quoiqu’il venait, tout juste, d’être nommé commandant du camp.

Pour la petite histoire, il s’est avéré, par la suite, que le chiffre en question était assez proche de la réalité. Et c’est, ainsi, qu’il s’en est tiré à bon compte de cette «affreuse situation»…

Originaire de Metouia, près de Gabès, où les gens sont connus pour être sérieux et efficaces, il a été quand même démobilisé de l’Armée Nationale avant d’occuper, par la suite, les fonctions d’ambassadeur de Tunisie à Khartoum, un exil auquel il ne s’attendait pas du tout aussi bien lui que tous ceux qui le connaissaient de près.

Quelques années plus tard, de retour au bercail, feu Abdelhamid fut nommé d’abord PDG de la SNCFT qui connaissait, à l’époque, de graves dérapages. Enfin, le général Escheikh, issu de la première promotion de Saint Cyr tout comme Ben Ali, a occupé les postes de ministre de la Jeunesse et des sports, des A.E. avant de prendre la tête du ministère de l’Intérieur. Il doit ses différentes promotions pour beaucoup à son ami Kamel Letaïef, alors conseiller et ami intime de Ben Ali, avant de se brouiller avec lui.

Ancien féru de sports, il a occupé différentes fonctions au sein de la Fédération tunisienne de football qu’il a présidée aussi. Par ailleurs, il a entrepris l’édification du grand et prestigieux complexe sportif de Radès quand la mort s’est emparée de lui, le 8 novembre 1999.

Pour l’histoire, c’est Bourguiba qui a été derrière sa disgrâce de l’Armée. Il y portait le grade de général et Chef d’Etat-major . La même éviction a touché Abdallah Farhat, le ministre de la Défense de l’époque, un fidèle des fidèles, considéré comme le premier responsable de l’organisation des congrès du parti destourien.

Bourguiba n’a pas cessé, d’ailleurs, de lui reprocher d’avoir fait mêler la grande muette à la politique en 1979 en leur donnant l’occasion de préparer, à Tunis, le 10ème congrès du PSD qui s’est, pourtant, déroulé presque à la perfection. Ce sont les gens de la cour qui ont tout manigancé et cela malgré l’opposition de feu Hédi Nouira, alors Premier ministre, à voir Abdallah Farhat écarté du ministère. Notons que quoiqu’en tenue civile, les militaires étaient présents dans tous les rouages de ce congrès.

A titre d’exemple, Ali Seriati, alors encore jeune officier, a participé à ces différentes péripéties. Il a même acculé des destouriens, pourtant d’un certain âge, à ne pas se déplacer, ni à se mettre debout.

De son côté, Bourguiba suivait, généralement, les différents débats des congrès à la télévision à travers un circuit fermé conçu spécialement pour lui. Par ailleurs, les orageuses réactions du raïs ont touché Mohamed Farhat aussi, le procureur de la République, que l’on croyait indéboulonnable, non seulement du fait qu’il était le frère de Abdallah, mais surtout l’ami du raïs et le témoin de son mariage avec Wassila.

M’hamed BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 13/05/2019

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo