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Festival de la médina : Toute la ferveur du gospel et des saintes de Tunisie

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L’ouverture du festival de la médina a tenu toutes ses promesses avec une salle pleine comme un œuf, un public motivé et des artistes qui se sont pleinement transcendés.

Il faut dire que l’affiche était prometteuse et que l’équipe du festival avait fait le bon choix en ouvrant avec une soirée de musique spirituelle.

C’est en effet le spectacle « Lella » créé et mis en mouvement par Amina Srarfi qui était à l’affiche vendredi 10 mai à la salle qui s’est avérée trop petite, du Théâtre de la Cité de la Culture.

Pour cette œuvre, Amina Srarfi a cherché à retrouver les racines du gospel à la tunisienne pour les relire avec de nouveaux arrangements et une distribution musicale qui fait mouche.

Ne faisant pas les choses à moitié, l’égérie des « Azifet » s’est entourée d’une trentaine d’artistes pour donner jour à ce projet.

La dizaine de percussionnistes répondait ainsi aux neuf choristes alors que danseurs et solistes complétaient le dispositif scénique.

Et quels solistes ! D’abord, une sublime Nabiha Karouli, symboliquement revêtue de blanc, qui faisait revivre l’émotion profonde du chant soufi au féminin.

Ensuite, une Leila Chebbi, en sobre narratrice qui tout en faisant l’éloge de toutes les saintes de notre tradition populaire, démontrait son sens de la répartie.

A un moment, Chebbi a fait frémir la salle et provoqué une salve d’applaudissements lorsque, prononçant le nom de « Sayda Manoubia », elle ajouta un inspiré : » Si elle était encore de ce monde, peut-être aurait-elle trouvé une issue à notre imbroglio actuel ».

Impériale, Amina Srarfi était à la baguette mais fusait de partout, dansait presque, chantait parfois, diffusait son énergie parmi les musiciens et encourageait le public à participer à cette communion impromptue.

C’est que le spectacle « Lella » avait tout d’une communion, de retrouvailles mystiques avec la tradition maraboutique. Lella Arbia, Sayda Manoubia et toutes les autres saintes élues par le peuple et leur savoir étaient au coeur de cette démarche artistique.

Ici, l’art s’empare de la tradition du chant sacré et la pare de nouveaux atours et d’une harmonie irrésistible. Il fallait entendre l’ovation réservée à Mamia Karoui, doyenne des chanteuses tunisiennes de ce gospel des saints.

Menue, timide puis emportée par la ferveur du chant, Mamia Karoui a restitué une tradition avec sa profondeur et sa joie.

C’est un peu un état de béatitude qui flottait dans la salle pleine qui retrouvait les accents de mélopées connues ou d’envolées rythmiques connues pour mener tout droit à la transe.

Les louanges au Prophète et la scansion parfois saccadée parfois lyrique ont fait le reste pour faire chavirer un public qui n’en était plus un car la magie de l’art avait opéré pour transformer la scène en espace mystique, en espace de reconnaissance de la vertu de ces saints que la tradition considère comme le troisième et invisible rempart de notre ville de Tunis.

En contrepoint à l’âge vénérable de Mamia Karoui, la voix d’une autre « maddaha », bien plus jeune, rétablissait un équilibre tout en soulignant que la transmission se poursuivait et que ce savoir celé dans les zaouias constituait toujours un horizon et un recours.

Avec sa voix puissante, Dajla Kader aura représenté la vitalité de ces chants sacrés, leur continuité et leur prise sur notre inconscient collectif.

Sans fioritures ni effets superfétatoires, les artistes ont remporté leur pari de faire revivre cette tradition du chant soufi féminin. Emballé, le public ne savait plus au fond à quelle sainte se vouer et n’a pas raté une miette de cette performance mémorable.

Un bon point pour le Festival de la médina qui ouvre en beauté avec des chants sacrés et poursuit dès ce soir avec un cycle plus intimiste consacré au « tarab » et accueilli par Dar Lasram.

(Crédit photos : Hatem Bourial)

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