L’assassinat du jeune militant

L’assassinat du jeune militant

Par - Tunis-Hebdo

Depuis ma prime jeunesse, j’étais imprégné de politique et j’ai pris part à la majorité des manifestations qui ont eu lieu à Sousse. J’ai participé, alors que je n’avais même pas quinze ans, à la grande manifestation du 18 janvier 1952 contre les colonialistes.

Celle-ci, comme j’en ai déjà parlé sur ces colonnes, a vu la mort du chef de la garnison, le colonel Durant, atteint à la tête d’un coup de gourdin. Ces gourdins, en question, sont de gros bâtons de bois d’olivier ramassés de l’enclos d’un certain Sta, à Bab Jedid. Je n’étais pas très loin de la scène et j’ai personnellement distribué, à tour de bras, ces fameux gourdins, «armes du pauvre».

J’ai assisté, aussi, à des réunions de l’UGTT dans le local de Bab Jedid présidées par le grand leader Farhat Hached auquel je fus présenté par mon professeur Si Ben Romdhane. Etant, alors, très ému et vu mon très jeune âge, Si Farhat demanda à son cousin, Si Ben Romdhane, «si quelqu’un s’était mal comporté à mon encontre», alors qu’il n’en était rien. Si Mohamed lui répliqua : «Il s’agit d’un nationaliste dans le sang».

Il est bien vrai, j’étais une des rares personnes à réussir à sortir de la médina encerclée par la police et les militaires le jour des émeutes et cela pour lui rendre compte des événements alors qu’il se trouvait encore à l’école.

Lors de l’Indépendance interne et le conflit entre Salah Ben Youssef et Bourguiba, j’ai épousé la cause de ce dernier, loin de moi l’idée que les réformes convenues avec la France étaient «un pas en arrière» comme le prétendaient le président du Secrétariat général et ses condisciples youssefistes.

Par ailleurs, j’ai, par mon propre chef, accroché de grandes affiches cartonnées où j’ai réclamé l’évacuation de la Tunisie par les militaires français.

Rappelons, aussi, que j’ai effectué le voyage Sousse-Tunis-Sousse en autorail avec les personnes âgées de mon quartier pour assister au retour triomphal de Bourguiba le 1er juin 1956. Et j’ai passé toute la nuit suivante, sans toutefois fermer l’œil, assis sur une chaise au grand café El M’rabet de la médina de Tunis.

Quelques années plus tôt, le président de la fédération du Néo-Destour du Sahel, un certain Hédi Fekih, promu, après l’Indépendance, premier délégué, demanda aux jeunes présents au siège de la fédération d’aller, à la tombée de la nuit, chahuter lors du meeting des adhérents du vieux-Destour qui se tiendra le soir même à la grande salle des fêtes au toit en ardoises rouges jouxtant le mausolée de Sidi Yahia, à l’entrée de la ville européenne. Ce qui fut fait comme demandé.

Dès le début du crépuscule, on s’est rendu, toute une bande de «gamins», devant cette salle des fêtes encore close. Et on a entrepris de déranger les rares personnes présentes ou qui commençaient à venir par toutes sortes d’agissements irrespectueux en plus des sifflements stridents.

Lors de ce manège affligeant, plus d’un membre ou d’invité du vieux-Destour a tenté de raisonner, je l’avoue, les différents auteurs de cette turbulence mal placée. Finalement, un des présents du parti des «Granta», (surnom des membres du vieux-Destour), décida d’agir, mais à sa manière qui était des plus fortes…

Il courut chasser les perturbateurs dont moi-même. Nous primes, alors, la fuite, dare-dare, en direction du lycée de la ville et de l’hôpital Gachem. Par contre, lui ne cessait pas sa poursuite, un grand couteau à la main. Comme j’avais la chance d’être un bon crossman, champion du lycée de Sousse en la matière, ce «granta» n’a pas pu ni su mettre la main sur moi.

Au final, il a mis le grappin sur un autre, partiellement handicapé moteur, auquel il a asséné deux ou trois coups de son couteau «bousaâda» jusqu’à ce que mort s’ensuive. Depuis, j’ai voué une haine féroce à «Si Fekih» pour avoir poussé à la mort un jeune homme à la fleur de l’âge…

M’hamed BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 06/05/2019

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