Drames de la route dans un pays en déroute

Drames de la route dans un pays en déroute

Par - Tunis-Hebdo

Que se passe-t-il ? Quelle étrange malédiction a frappé nos routes pour que les hécatombes se poursuivent et concourent dans le macabre ? Pourquoi autant de drames, de morts et de blessés ? Du jamais vu dans nos contrées. A croire que le sort s’acharne, de plus belle, sur un pays déjà enfoncé dans d’inextricables difficultés socio-économiques qui l’ont ramené des années en arrière.

En l’espace d’une semaine, trois catastrophes sont venues meurtrir les plus défavorisés parmi nous. Les déshérités et les oubliés de cette ère de politiciens inopérants, parce que débiles et corrompus, et par ailleurs trop crapuleux pour être sensibles au malheur des autres.

Pas plus tard que vendredi, un accident de la route a eu lieu sur la route nationale 17 à l’entrée de Talabet, à Feriana, dans le gouvernorat de Kasserine. Trois véhicules sont entrés collision, faisant sur place, trois morts (deux hommes et une femme) et 15 blessés.

Une tragédie qui est venue transpercer encore plus la blessure déjà béante de l’atroce accident survenu à la délégation de Sabalat Ouled Asker (gouvernorat de Sidi Bouzid), le samedi 27 avril, et qui a coûté la vie à douze ouvrières agricoles et fait une vingtaine de blessées.

Et comme par prémonition, cinq jours avant l’accident de Sabalat Ouled Asker, dans la région Etizaz dans la délégation de Meknassi, toujours dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, qui semble subir cruellement les revers du destin, trois personnes ont trouvé la mort sur la route nationale 14 reliant Gafsa à Sfax.

Au-delà de la profusion de la littérature funéraire qui accompagne de tels cataclysmes, le problème du transport des travailleurs agricoles et principalement les femmes, dans les zones rurales, est plus que jamais d’actualité.

Cela fait des années, voire des lustres que les propriétaires terriens et autres exploitants font recours à la main-d’œuvre féminine dans divers travaux agricoles. Du labour, aux cueillettes, en passant par les semailles, le désherbage, le traitement à l’insecticide, les femmes sont devenues, au fil des années, l’unique force ouvrière agricole qui assure le cheminement du produit de la terre, du germe à la récolte.

Les hommes, pour des raisons ou d’autres, ont quasiment abandonné le travail de la terre, préférant, souvent, siroter du thé dans le café du douar en rêvant à une « harka ».

Mais cela fait également des années que les problèmes ayant trait à ces contingents de femmes travailleuses s’accumulent devant l’indifférence totale des autorités, sous-payées, maltraitées comme des esclaves aux pires moments de la féodalité, elles sont transportées comme du bétail, au vu et au su de tout le monde.

Devant le gouverneur, le délégué, le Garde national, le policier… ils ne lèvent pas le petit doigt pour rectifier la situation. Ils s’en foutent royalement. Et ne croyez pas que le drame de Sabalet Ouled Asker va changer quoi que ce soit, ils continueront à s’en foutre, les transporteurs continueront à s’enrichir, à imbiber leurs camions d’eau pour empêcher ces femmes de s’asseoir et emporter le maximum de bras.

Les agriculteurs ramasseront davantage d’argent et traiteront ces femmes avec le même mépris et la même cruauté.

Vous verrez que d’ici les récoltes vous croiserez ces camions bourrés de femmes debout avec des conducteurs qui feront des pied-de-nez aux agents de la circulation.

Imed BEN HAMIDA
Tunis-Hebdo du 06/05/2019

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