Six ans après, Chokri Belaïd continue de vivre en nous

Six ans après, Chokri Belaïd continue de vivre en nous

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Il y a six ans, un certain 6 février 2013, la Tunisie s’était réveillée sur un drame jamais vécu depuis la colonisation : un assassinat politique. Chokri Belaïd, avocat, leader de gauche et figure médiatique imposante a été tué, de sang froid, devant son domicile à El Menzah.

Depuis, la scène politique n’a plus jamais été la même. Enquêtes, commémorations, gouvernement après gouvernement, le temps passe, les responsables se succèdent mais la justice semble « bloquée ». La balle est dans son camp, mais la pression exercée ici et là paralyse toujours l’affaire.

Cette dernière a refait surface grâce au comité de Défense des deux martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi qui, il y a quelques mois, a dévoilé l’existence d’un « appareil secret » d’Ennahdha qui serait derrière les assassinats politiques.

Le 2 octobre dernier, Ridha Raouadi, l’un des avocats du comité, avait fait savoir que plusieurs documents volés du ministère de l’Intérieur, ont été retrouvés chez l’un des militants d’Ennahdha à El Mourouj, à Tunis.

Le comité avait également annoncé que des membres du parti islamiste ont assisté à une session de formation pour manipuler les systèmes d’écoute.

Une plainte avait été déposée, le 22 octobre, auprès du tribunal militaire de première instance de Tunis, contre « l’organisation secrète d’Ennahdha, ainsi que ses figures politiques et sécuritaires ».

La plainte présentée avait été accompagnée de plus de 200 documents photos et procès, indique le comité, qui souligne également « la gravité des documents accompagnant la plainte ».

« Ces documents affecteraient directement les intérêts de l’armée nationale, des institutions sécuritaires, et du système judiciaire », ajoute-on.

Quatre jours plus tard, le président de la République Beji Caid Essebsi avait reçu au palais de Carthage une délégation du comité de Défense des deux martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, chose qui a embêté Ennahdha.

Ce dernier avait exprimé son étonnement quant à la publication, sur la page officielle de la présidence de la République, « d’accusations émanant de certaines parties politiques qui cherchent à nuire à une autre partie en diffusant de fausses accusations et en attaquant les dirigeants politiques nationaux au palais de Carthage ».

Ennahdha avait estimé qu’il s’agit d’un « précédent dangereux qui s’oppose à la neutralité de l’annexe officielle et au rôle constitutionnel de la présidence, qui représente le symbole de l’unité nationale et du prestige de l’État ».

Le mouvement avait mis en garde contre « le danger de l’implication de l’institution de la présidence de manière tordue dans l’intention de porter atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’emmêler dans des tiraillements politiques de la part de personnes exploitant le sang des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ».

L’affaire ne s’est pas arrêtée à ce point : le dossier de cet « appareil secret » a été traité par le Conseil de Sécurité Nationale réuni le 29 novembre.

Le 3 décembre, le porte-parole du pole judiciaire antiterroriste Sofiene Seliti a fait savoir que le ministère public a décidé de transférer la plainte déposée par le collectif de défense du martyr Mohamed Brahmi au sujet de « l’appareil secret » d’Ennahdha à l’unité nationale d’investigation dans les crimes du terrorisme relevant de la garde nationale de Laaouina.

Ceci a été démenti, le lendemain, par Me Ridha Raddaoui, membre du comité de Défense des deux martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Raddaoui avait estimé que Siliti induit en erreur l’opinion publique.

Le parti Ennahdha a quant à lui annoncé compter traduire devant la justice tous ceux qui lui ont adressé des accusations et l’ont diffamé.  Le 14 janvier, Abdekrim Harouni avait démenti l’existence d’un appareil secret et avait assuré que Ennahdha « n’a aucun lien avec les assassinats politiques ».

Il avait qualifié les accusateurs (comité de défense des martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi) de d’ « anarchistes » qui « ne respectent pas les institutions de l’Etat, le Conseil de sécurité nationale et de la sûreté et de l’armée nationales ».

Résultats de ces tiraillements : l’affaire de l’assassinat de Belaïd, mais aussi de Brahmi, est toujours en suspens. Leurs familles, collègues, compatriotes se demandent toujours « qui est-ce qui a donné l’ordre de tuer Chokri Belaïd? ».

Six ans après, les Tunisiens cherchent toujours une réponse à cette question,  un responsable digne qui dévoilera la vérité et qui prendra les décisions à prendre, une justice qui prendra son courage à deux mains, des juges qui ne s’écrouleront pas sous la pression…

Enfin, les Tunisiens attendent toujours une fin à cette affaire épuisante, délicate, de longue haleine, qui dure depuis des années. D’ici là, en attendant la vérité, qui pourrait rester à jamais cachée!

Chokri Belaïd, Paix à ton âme !

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