« Tahya Tounes » : Un peu de Ben Ali, un peu de Berlusconi...

« Tahya Tounes » : Un peu de Ben Ali, un peu de Berlusconi et beaucoup de précipitation

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Si les stratèges d’un parti qui vient de voir le jour et ne cache pas ses ambitions ne peuvent pas voir plus loin que le bout de leur nez, c’est qu’ils sont fort mal partis (sans jeux de mots).

C’est tout de même incroyable que personne parmi les colonels, capitaines, lieutenants et sergents de Youssef Chahed n’ait anticipé cette grosse gaffe qui constitue à utiliser « Tahya Tounes » pour nom de leur parti.

Tout contents de leur trouvaille, ils se sont précipités tête baissée dans le premier puits venu et donné à la naissance de leur parti un goût amer de mascarade.

Et pourtant, tout cela était aisément évitable, à condition d’ouvrir les oreilles, écouter et consulter les gens et accepter la réalité telle qu’elle est.

Non, on préfère plutôt cultiver l’arrogance, annexer ce qui peut l’être et au fond, mépriser tout le petit peuple, toutes les différences et tout ce qui n’est pas parachuté par miracle dans des cabinets ministériels ou des états-majors partisans.

Comment peut-on prétendre aux clés d’un pays lorsqu’on est incapable de choisir le nom adéquat à son parti ? Comment peut-on faire confiance à des gens qui, orgueilleusement aveugles, se placent au-dessus de tous les autres et confisquent une expression qui ne leur appartient pas.

A ces cols blancs venus de nulle part, faudrait-il rappeler tous les bleus de travail, les souliers crottés, les fringues fripées et le désespoir tenace de la plèbe qui les regarde se vautrer dans les festins du nombrilisme ?

C’est d’autant plus mal parti pour ce parti que 5000 présents (selon les organisateurs) mais seulement 1200 (selon des sources indépendantes) ont porté sur les fonts baptismaux qu’il y a plusieurs autres « hics ».

Pour mémoire et parce que cela n’a pas toujours été relevé, je voudrais énumérer ces points discutables.

1. Cette expression « Tahya Tounes », c’est Ben Ali qui a été le premier à l’utiliser. Souvenez-vous, c’était le 7 novembre 1987 et lorsque dans la foule, quelqu’un avait lancé « Yahia Ben Ali » (déjà !), il avait répondu « Dites plutôt « Tahya Tounes ».

On verra ce qui adviendra plus tard. Mais cela donne une référence et une généalogie sulfureuses à cette expression instrumentalisée politiquement.

2. Ce « Tahya Tounes » qui annexe la Tunisie à des fins politiciennes diffère dans son essence des Nidaa (Appel), « Afek » (Perspectives) et autre « Machrou » (Projet).

En fait il ressemble comme un jumeau au « Forza Italia » que Berlusconi avait instrumentalisé pour nommer de manière partisane sa dérive droitière. Ainsi, le Cavaliere avait utilisé une expression venant des stades et passée dans d’autres lexiques pour nommer son parti et poser une hypothèque et une exclusive sur ce qui appartient à tous.

3. Autant avoir lancé ce nouveau parti à Ksar Hellal et attendu le 2 mars ! Car, cherchant à étouffer ce qui reste de Nidaa Tounes, les stratèges ô combien myopes de la nouvelle formation auraient pu se référer plus clairement encore à Bourguiba.

Dans leur esprit, comme Bourguiba a fondé le Néo-Destour contre les archéos, ils ont trouvé des archéos à leur dimension. Et, de fait, c’est Néo-Nidaa Tounes qu’ils auraient du nommer leur parti. Mais il leur manquait le courage et la clarté des intentions.

4. Enfin, sur un ton plus ludique, l’excellent animateur radio Wassim Belarbi sera-t-il épinglé par la HAICA pour alignement partisan lorsqu’il prononcera son emblématique « Tahya Tounes » sur les ondes ou bien devra-t-il renoncer à cette formule qui a assis sa réputation ?

Nous ne le savons pas encore mais ce qui semble bien clair, c’est que cette appellation est une (mauvaise) bonne idée qui met du plomb dans l’aile de ce parti en gestation qui n’a encore rien formulé de précis pour son projet et semble investir les chemins convenus du culte du chef.

Il est encore temps pour les stratèges brouillons de « Tahya Tounes » de revoir leur copie et entendre le tollé général qui s’élève près leur erreur d’appréciation.

Ne pas écouter la vox populi, c’est d’ailleurs oublier que ce sont les classes laborieuses et moyennes ainsi que la majorité silencieuse qui ont plébiscité Nidaa Tounes. Et c’est malheureusement l’ivresse du pouvoir et ses conséquences qui formatent une génération de politiciens imbus d’eux-mêmes, déconnectés de la réalité et cultivant le mépris du peuple assimilé à une plèbe qu’on manipule.

Ils sont décidément uniques au monde nos politiques autoproclamés. C’est grave toutefois car on dirait une bande de gamins qui se sont emparés (par notre vote et nos abstentions) du commandement politique d’un pays qu’ils vont finir de mener à sa perte.

Oui, « Tahya Tounes » mais résolument contre les faussaires, les imposteurs et les usurpateurs quelle que soit leur couleur politique du moment !

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