Aïcha Ben Ahmed : « En plus du cinéma, mon rêve est d’avoir...

Aïcha Ben Ahmed : « En plus du cinéma, mon rêve est d’avoir une ferme pour recueillir les animaux abandonnés »

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Aicha Ben Ahmed - Cérémonie de clôture du CIFF         Aïcha Ben Ahmed 

Lors de la 40ème édition du Festival International du Film du Caire (CIFF) qui s’est tenue du 20 au 29 Novembre 2018, la jeune et belle actrice tunisienne Aïcha Ben Ahmed avait été choisie comme membre du jury de la compétition Horizons du Cinéma Arabe, aux cotés du palestinien Mohamed Keblawi, réalisateur, producteur et directeur du Festival du Film Arabe de Malmö et du réalisateur égyptien Abu Bakr Shawky.

 

Est-ce que c’est la première fois que vous assistez au Festival International du Film du Caire ? Qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est la première fois que j’y assiste.

J’ai beaucoup aimé ce festival, j’ai trouvé qu’il y avait une très bonne sélection de films et une très bonne organisation. J’ai apprécié aussi les hommages qui ont été rendus, de leur vivant, à des artistes qui les méritent. Je trouve dommage que la plupart du temps les hommages se font à titre posthume.

J’aurais aimé profiter encore plus, comme je le fais d’habitude avec les festivals auxquels j’assiste, mais étant membre du jury, j’avais des contraintes et des obligations qui m’ont empêchée de voir tous les films que j’aurais aimé voir et de participer aux diverses activités proposées.

Aicha Ben Ahmed - Cérémonie de cloture
Aïcha Ben Ahmed – Cérémonie de clôture du CIFF

 

Vous avez été choisie en tant que membre du jury de la compétition Horizons du Cinéma Arabe. Est-ce la première fois que vous êtes membre d’un jury ? Que pensez-vous de la sélection de films ? Racontez nous cette expérience.

C’est la première fois de ma vie que je suis membre d’un jury. C’est Mohamed Hefzy, président du festival, qui avait eu cette idée et qui m’avait personnellement appelée. J’en avais été très fière et très heureuse bien qu’en même temps j’avais eu peur. Mais bien-sur, j’avais tout de suite accepté !

Je ne sais pas pourquoi j’ai été choisie, personne ne me l’a expressément dit. Lors de la conférence de presse qui avait précédé le festival, les organisateurs avaient dit qu’ils m’avaient choisie pour mon expérience cinématographique à Tunis, mais je pense surtout que c’est parce que Mohamed Hefzy savait à quel point je suis cinéphile. D’ailleurs il est arrivé souvent que lui et moi parlions films et qu’il me dise qu’il apprécie ma grande culture cinématographique, bien que je pense que j’ai encore énormément à apprendre !

Aicha Ben Ahmed et Mohamed Hefzy
Aïcha Ben Ahmed et Mohamed Hefzy, Président du CIFF

Cela a été une très belle expérience, très enrichissante. J’ai beaucoup appris. J’ai fais la connaissance de personnes intéressantes et j’ai beaucoup apprécié d’être avec Mohamed Keblawi et Abu Bakr Shawky, les deux autres membres du jury. Ils aiment réellement le cinéma et sont très cultivés. Cela a été un réel plaisir de les écouter, d’échanger avec eux et connaitre leurs points de vue. Les délibérations ont d’ailleurs été faciles, nous arrivions rapidement à avoir la même vision et le même avis.

 

C’est le long métrage tunisien Fatwa qui a remporté le prix Prix Saad Eldin Wahba pour le meilleur film arabe dans cette compétition. Racontez quel a été votre sentiment vis-à-vis de ce film ?

C’est un film d’actualité qui a ému presque tout le monde. Mahmoud Ben Mahmoud est un très bon réalisateur qui maîtrise très bien ses outils cinématographiques.

Abu Bakr Shawky, dont le film Yomeddine était en compétition aux JCC 2018 et qui avait remporté le Tanit d’Argent alors que Fatwa avait eu le Tanit d’Or, a beaucoup aimé le film et a été très neutre et objectif.

Fatwa a amplement mérité son prix. J’espère qu’il ira de succès en succès et qu’il permettra de mettre en garde, jeune et moins jeunes, contre les dangers de l’extrémisme.

Aïcha Ben Ahmed, Mohamed Keblawi et Abu Bakr Shawky
Aïcha Ben Ahmed, Mohamed Keblawi et Abu Bakr Shawky au CIFF

 

Pendant le mois de ramadan dernier, vous aviez joué dans deux feuilletons égyptiens différents : L’aigle de Haute Egypte (Nissr Essaid), réalisé par Yasser Mohamed Samy et Les flèches incontrôlables (Al Sihem Il mariqa) réalisé par Mahmoud Kamel. C’est ce qui a accru votre popularité en Egypte. Vous avez agréablement surpris les téléspectateurs, surtout en jouant la jeune femme de Haute Egypte, avec son accent…

J’ai en effet interprété deux personnages complètement différents dans deux feuilletons qui ne se ressemblent pas du tout.

L’Aigle de Haute Egypte est un feuilleton purement commercial pour un large public, alors que Les flèches incontrôlables est typiquement artistique et est destiné à faire réfléchir.

En Egypte, L’Aigle de Haute Egypte a eu un énorme succès. Quant à moi, les téléspectateurs ont été étonnés de voir qu’une tunisienne, avec un teint très clair et des cheveux blonds, a pu aussi bien jouer le rôle d’une fille de Haute Egypte. Pour eux, le contraste était saisissant et intéressant.

Comme j’ai été la première personne après Mohamed Ramadan, l’acteur principal, à signer mon contrat, j’ai eu largement le temps de préparer mon rôle. J’ai pris un coach et pendant trois mois, il m’a entraînée à devenir une fille de Haute Egypte et surtout à parler avec son accent particulier.

Mais ce qui m’a le plus aidée est que nous avons tourné une partie du feuilleton à Qéna, donc j’ai passé beaucoup de temps avec des habitants de Haute Egypte et j’ai ainsi pu mieux apprendre leur accent et leurs manières.

 

Pourquoi donc avez-vous été choisie pour ce rôle ?

Je ne sais pas. Comme je l’ai dit précédemment, je ne suis pas égyptienne et mon physique ne correspond pas du tout. Les filles de Haute Egypte sont majoritairement de belles brunes, à la peau très foncée, donc à l’opposé de ce que je suis.

Pendant le tournage, on m’a dit que j’avais une certaine innocence dans mon visage et dans ma façon de m’exprimer qui est intéressante, une certaine spontanéité qui sert le rôle.

Le feuilleton a aussi eu du succès en Tunisie lors de sa diffusion à la télévision. Ce qui est étonnant est qu’à travers lui, j’ai senti comme si les tunisiens m’avaient découverte une deuxième fois.

Aïcha Ben Ahmed L'Aigle de Haute Egypte Aïcha Ben Ahmed lors du tournage du feuilleton L’Aigle de Haute Egypte

Par contre, Les flèches incontrôlables n’a malheureusement été diffusé ni en Egypte ni en Tunisie. Il a juste été programmé à Abu Dhabi et en Irak, ce qui est quand même très intéressant pour moi puisque cela m’a permit de me faire connaitre dans ces pays.

Mon rôle dans Les flèches incontrôlables est complètement différent, j’y incarne une femme niqabée de Daech, qui va petit à petit évoluer au contact d’un homme différent de ceux qu’elle a l’habitude de fréquenter.

C’est un personnage nouveau pour moi, et très riche bien que difficile et très fatigant, mais lorsque j’avais vu le résultat, j’avais été très contente. J’aime beaucoup ce feuilleton. Mahmoud Kamel le réalisateur, a su tirer de nous le maximum. C’est un très bon directeur d’acteurs et un excellent technicien.
En plus, lorsqu’il a confiance en un acteur et qu’il est sûr qu’il va parfaitement bien incarner le personnage, il lui laisse une petite marge de liberté, ce qui a rendu le rôle encore plus intéressant.

Le sujet est d’actualité. J’aurais aimé que le feuilleton explique un peu plus le cheminement de ces terroristes et pourquoi ils sont devenus ainsi, non pas pour les justifier mais juste pour comprendre les raisons de leur embrigadement. En plus, je pense qu’un tel feuilleton peut avoir un rôle important en incitant les téléspectateurs à réfléchir et à prendre conscience des dangers de l’extrémisme. Surtout qu’il y a des acteurs connus et aimés, qui pourraient influencer les spectateurs, en particulier les jeunes, et permettre peut-être ainsi une vraie mise en garde contre les lavages de cerveaux.

Cela pourrait faire l’objet d’une deuxième partie….

Ah oui, je l’espère bien !

Même si pendant le mois de ramadan les téléspectateurs préfèrent les comédies légères, ou les feuilletons d’actions ou qui traitent de sujet de société, je pense que ce genre de sujet sérieux a également sa place.

"<yoastmark Aïcha Ben Ahmed lors du tournage du feuilleton Les flèches incontrôlables.

Cela va faire quatre ans que vous êtes en Egypte. Que pensez-vous de cette expérience ? Comptez-vous y rester encore ? Retourneriez-vous en Tunisie ?

Je ne pense pas du tout à rentrer actuellement quoique je souhaite être présente en Tunisie, surtout dans des films cinématographiques, et même d’ailleurs dans des feuilletons !

Toutefois, je compte demeurer encore en Egypte. J’ai encore énormément à apprendre, beaucoup de projets, des rôles à interpréter…. En plus, je m’y suis habituée, j’y ai ma vie, mes repères et mon travail. Pour le moment donc je reste en Egypte.

 

Quels sont vos projets futurs ?

Dans quelques jours je commence le tournage d’une comédie avec Tamer Hosni, chanteur et acteur très connu en Egypte. Pour moi c’est nouveau, c’est la première fois que je joue dans ce genre de film.

A mon arrivée en Egypte, je disais que je ne voulais jouer que dans des films d’auteur. J’étais sélective. Mais ensuite j’ai compris qu’il n’y a pas que le cinéma d’auteur ou indépendant, J’ai compris que le cinéma commercial peut être intéressant et qu’il doit aussi exister. Je suis convaincue qu’un acteur doit jouer des rôles diversifiés et dans des cinémas différents, l’essentiel est de choisir de beaux projets et des rôles nouveaux qui lui permettent d’évoluer. C’est pour cela que j’ai décidé de me diversifier et surtout de ne pas être classée dans un seul genre.

 

Je suppose que vous êtes au courant qu’en Tunisie, le projet de loi concernant l’égalité successorale entre les hommes et les femmes a été accepté en conseil des ministres et qu’il va passer au vote à l’Assemblée des Représentants du Peuple. Que pensez-vous de ce projet ?

Je suis pour. Il est vraiment temps que cette égalité soit effective. Même si la femme tunisienne est considérée comme la femme arabe ayant le plus de droits, ce n’est pas assez. Les femmes étudient, travaillent, subviennent aux charges de leurs familles comme les hommes, il est donc normal qu’elles aient les mêmes droits. D’ailleurs, lorsqu’on observe les autres pays, on remarque que ceux dont les femmes jouissent de tous leurs droits sont les plus avancés.

De toute façon, en Tunisie, le choix de l’égalité entre les hommes et les femmes a été fait pendant la rédaction de la constitution, donc obligatoirement maintenant, les lois doivent se conformer à cette norme juridique suprême.

 

Vous êtes passionnée de lecture. Pourquoi ? Quel est votre livre préféré ? Et le dernier que vous ayez lu ?

La lecture est très importante pour tout le monde, mais je pense encore plus pour les acteurs. Elle nourrit leur imaginaire et leur permet de découvrir beaucoup de personnages.

Soufi mon amour d’Elif Shafak est mon livre préféré. C’est un roman magnifique.

Depuis trois ou quatre ans, c’est à dire depuis que je suis en Egypte et que je vis seule, je m’intéresse beaucoup à la spiritualité. J’avais beaucoup entendu parler de ce livre et je voulais absolument le lire. Dès que j’en ai commencé la lecture, j’ai été scotchée à mon canapé pendant deux ou trois jours, sans pouvoir bouger. Je ne faisais que lire, je ne m’interrompais que pour dormir un peu et reprendre la lecture. Le livre fait environ 500 pages, et je voulais le finir rapidement tellement je l’avais aimé.

Le livre que je suis en train de lire est Sexe et mensonges de la franco-marocaine Leila Slimani.

C’est un essai très intéressant qui livre les témoignages, sans tabous, de jeunes marocains, sur leur vie sexuelle, sur leurs façons de vivre dans une société arabo-musulmane pleine de contradictions, de schizophrénie… Ce qui est étonnant est que certaines femmes n’ont même pas caché leurs noms !

 

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Vous êtes une grande amoureuse des animaux, vous avez des chats, et votre rêve est de créer une association de protection des animaux. Racontez-nous…

En Egypte j’ai trois chats, à Tunis j’en ai plusieurs, et j’ai aussi une chienne. J’encourage tout les gens à acheter moins d’animaux et à recueillir plutôt ceux qui sont dans les rues ou alors faire les deux. Personnellement j’ai des chats que j’ai achetés, mais j’en ai aussi que j’ai ramassés dans la rue. Les animaux errants ont vraiment besoin de nous, nombreux sont ceux qui souffrent beaucoup. Sans oublier l’abattage des chiens. Cela fait mal au cœur. C’est d’ailleurs pour cela que je préfère en sauver autant que je peux et que je dis aux gens que les chiens bâtards sont très très affectueux, très intelligents, et d’une sensibilité encore plus forte que celle des chiens de race.

J’ai proposé à plusieurs reprises l’organisation d’une grande campagne de stérilisation des chiens errants, par exemple sur 5 ans. Des associations pourraient s’en charger et l’Etat pourrait aider. Il y a également des vétérinaires et des associations étrangères qui veulent y participer. Si on stérilise les chiens, dans 5/6 ans, leur nombre diminuera ce qui n’est pas le cas avec l’abattage. D’ailleurs cette pratique existe depuis des dizaines d’années et elle n’a pourtant pas porté de fruit.

A l’étranger, on a remarqué qu’avec la stérilisation, on arrivait à diminuer le nombre de ces chiens qui de toute façon ne vivent pas longtemps puisqu’ils ne sont pas bien nourris, qu’ils ne sont pas vaccinés et qu’ils n’ont personne pour prendre soin d’eux lorsqu’ils tombent malades.

Je pense qu’il est aussi très important de faire des campagnes de sensibilisation à la cause des animaux et qu’il faut apprendre à nos enfants à les aimer.

Personnellement, en Egypte, sans mes chats je ne sais pas ce que je serais devenue. Avec eux, c’est comme si j’avais une petite famille. Je les aime beaucoup. Je leur parle, ils me tiennent compagnie…

Je demande parfois à ma mère comment est-ce que mon amour pour les animaux a commencé, et elle me répond que cela a toujours été ainsi, et que depuis que j’étais toute petite je les adorais.

Lorsque j’étais à Tunis, j’étais présidente de l’Association de Protection des Animaux en Tunisie, mais j’ai du démissionner pour venir en Egypte.

Mon rêve est d’avoir une grande ferme et d’y accueillir les animaux abandonnés, malades, errants dans les rues… J’aurais des vétérinaires et du personnel pour s’en occuper.  Un projet pareil demande énormément d’argent, je n’en ai pas les moyens aujourd’hui, mais un jour….

Bonne chance Aïcha pour tous vos projets.

Neïla Driss

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