En 2019, Ennahdha subira-t-il l’effet boomerang de ses calculs politiciens ?

En 2019, Ennahdha subira-t-il l’effet boomerang de ses calculs politiciens ?

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Notre pays tourne en rond depuis trop longtemps; Huit ans à vrai dire, sans compter les errements antérieurs.

Ce qu’on nous présente comme des crises politiques difficiles à gérer, comme des soubresauts de la transition, n’est au fond qu’une esquive.

Tous ces atermoiements ne sont en effet que des moyens d’éluder et contourner les vrais problèmes.

La question centrale qui se pose à nous est relative à l’archaïsme de notre économie, à son inadéquation avec le nouveau siècle et le village global.

Au lieu de prendre cette problématique à bras le corps, nos politiques préfèrent regarder ailleurs et nous fourvoyer dans des impasses.

Quand je dis « nos » politiques, je pense à l’attelage hétéroclite qui s’est formé au lendemain du 14 janvier 2011. Dans cette foire d’empoigne où la naïveté de l’extrême-gauche était instrumentalisée par des islamistes à l’affût, on a commencé par dissoudre le Destour puis effacer la Constitution de 1959.

Cela revenait en fait à faire table rase du passé et ouvrir une page nouvelle au nom de tous les objectifs généreux exprimés par les jeunes, les classes laborieuses et les régions délaissées.
Seulement, tout ira de travers. Rien de ce qui était proclamé ne sera entrepris. Par vagues successives, des « leaders » douteux débarquaient à l’aéroport Tunis-Carthage, se faisaient porter en triomphe par leurs supporteurs les plus zélés puis s’en allaient fonder un parti politique.

Ces tours d’honneur sur le parvis de l’aéroport avaient quelque chose de dérisoire et de pathétique. Des opposants à Ben Ali s’étant emparés des joujous du président en fuite célébraient leur propre personne et ouvraient grandes les portes de l’auto-proclamation.
Pourtant, ces leaders n’avaient pas grand chose à voir avec les jacqueries qui avaient emporté Ben Ali et son régime devenu prédateur.

De lobby en think tank, de mécène en sponsor, cette opposition mangeait à tous les râteliers et n’envisageait pas ce grand soir qui lui a été offert sur un plateau par plusieurs coups de pouce.
Tout de suite, ces opposants (et leurs sponsors qu’il ne faut en aucun cas oublier) se mirent à la besogne qui consistait à récupérer ce qui pouvait l’être et enfermer le peuple tunisien dans leurs discours généralement mensongers.

Il y avait à cette époque quelque chose de malsain, de profondément malsain lorsque des politiciens soi-disant révolutionnaires faisaient allégeance à des « puissances » étrangères, les unes rétrogrades mais riches, les autres agressives et tout aussi riches.

Tout de suite après la révolution, ceux qui l’avaient confisquée ont vite fait de se coucher devant les puissances de l’argent. C’est à ce moment précis que la révolution tunisienne a commencé à chavirer: celui de l’avènement d’une nouvelle élite partisane tout aussi avide d’argent et de pouvoir que celle qui l’avait précédée, méprisant le peuple et intimidant tout ce qui pouvait lui résister.

Ennahdha s’est vite vu en maître du jeu. Ce parti qui instrumentalise la religion pour des profits politiciens a immédiatement occupé le terrain et choisi ses comparses.

Il faut dire que ça se bousculait au portillon! Les uns pour services rendus antérieurement aspiraient déjà à un maroquin, d’autres prônaient la terreur pour s’emparer de la totalité des pouvoirs et profiter du vide pour proclamer une république islamique, d’autres encore – par opportunisme – misaient aveuglément sur le parti de Ghannouchi qu’ils voyaient en nouvel ogre du paysage politique.

Ce qui avait alors corseté le processus révolutionnaire réside dans une attitude précise qui a toujours constitué le dénominateur commun des opposants non reconnus par le régime défunt.
En effet, selon une règle non écrite, toute cette opposition tunisienne a toujours joué le jeu d’Ennahdha.

En d’autres termes, ces opposants que furent les Chebbi et Marzouki (je préfère parler d’eux au passé malgré leur capacité de nuisance et leur narcissisme intacts) ont toujours eu pour pétiton de principe qu’Ennahdha est incontournable et que, politiquement, il y avait intérêt à jouer sa partition.

Ceci d’autant plus que le parti islamiste était alors le seul à avoir les moyens (financiers) de ses ambitions et pouvait arroser généreusement les « résistances ».

De fait, après le 14 janvier, ce sont des partis inféodés à Ennahdha, des mouvements socio-démocrates il est vrai mais alignés sur le parti islamiste, qui aspireront au pouvoir.

Simultanément, toutes les couleurs de l’islamisme radical ou faussement modéré sont montées au créneau pour étouffer la représentation nationale et intimider le peuple des quartiers populaires.

Le scénario était écrit d’avance et tout s’est passé dans les règles de l’art. Les résultats de l’élection du 23 octobre 2011 concrétiseront cette mainmise d’Ennahdha et de ses affidés.
Interdit, le Destour ne pipait mot et, prise au piège, la gauche archaïque ramassait quelques miettes dans les urnes.

Un boulevard s’ouvrait devant Ennahdha dans la stupeur générale et avec la complicité des partis modernistes qui, laminés, n’avaient plus que quelques feuilles de vigne pour cacher leur nudité.

De cette époque heurtée, nous retiendrons aussi que l’armée a agi en institution républicaine et que l’UGTT a laissé sa chance à chacune des formations politiques.

Les carottes semblaient cuites et il devenait clair qu’Ennahdha avait les mains libres pour voter une Constitution qui irait dans le sens que ce parti désirait.

Les islamistes ne parviendront pas toutefois à aller au bout de leurs intentions pour plusieurs raisons.

D’abord, ne l’oublions pas, il y a eu plusieurs députés courageux et sincères qui se sont opposés au projet islamiste en alertant l’opinion. Ensuite il y eut l’arrogance teintée de violence des faucons islamistes ainsi que leurs liaisons dangereuses avec des éléments terroristes. Enfin, il y a eu le discours propre d’Ennahdha qui, à chaque saute d’humeur, révélait les ressorts profonds de ce parti.

Prévues pour durer une année, les délibérations de l’Assemblée constituante allaient se poursuivre durant trois années dramatiques durant lesquelles nous avons flirté avec l’abîme.
Les tensions étaient alors à leur comble et la Tunisie entrevoyait les portes de l’enfer. Et pendant ce temps, l’économie glissait, dérapait, s’effondrait…

Huit ans après la révolution, où en sommes-nous? Que nous réserve l’avenir? Et, surtout, comment allons-nous redresser le cap pour retrouver la sécurité, la dignité et la prospérité?

Paradoxalement, ces questions ne semblent pas interpeller une classe politique uniquement soucieuse de ne pas passer à la trappe. Désormais assiégés par l’opinion et amplement disqualifiés après huit années d’exercice du pouvoir – avec des façades changeantes pour mieux tromper le peuple – les islamistes tunisiens pourraient subir une cinglante défaite électorale en 2019.

Les synergies actuelles entre les différentes forces nationales ne trompent pas et il devient clair qu’un front électoral élargi devrait jouer pour les prochains scrutins le rôle qui fut celui de Nidaa Tounes pour renvoyer les islamistes dans l’opposition, sortir des consensus mensongers et offrir enfin une alternance démocratique au peuple tunisien qui en avait été frustré au nom d’une alliance contre nature entre deux partis connivents.

Au seuil de l’an IX de la révolution tunisienne, certaines pages seront nécessairement tournées…

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