Tunisie : 36,4% des patients souffrant du stress sont des agents des...

Tunisie : 36,4% des patients souffrant du stress sont des agents des forces de l’ordre !

Par - Tunis-Hebdo
  • L’espérance de vie des Tunisiens a diminué de 3 mois depuis 2011 !
Depuis plus d’une dizaine d’années, le stress a gagné le Tunisien. La faute à une société en panne d’identité et qui éprouve les plus grandes difficultés à faire face aux contraintes du quotidien.

Précarité, insécurité, flambée des prix et croissance démographique incontrôlée font du stress le premier fléau du pays. Pourquoi s’est-il accentué et comment se manifeste-il ?

Les effets de la Révolution !

On est sans cesse amené à pointer du doigt les dommages collatéraux ou plutôt, les effets indésirables de la Révolution de 2011. Le mariage du désordre social au laxisme de nos institutions juridiques a eu un effet dévastateur sur le moral et l’état de santé psychique de nos concitoyens.

Dans les transports en commun, les centres commerciaux, les administrations ou dans la rue, les gens font la gueule, se fusillent du regard et n’hésitent pas à marmonner quelques jurons scabreux, histoire de décompresser.

Car le Tunisien est, constamment, sous pression. La moindre course lui paraît comme un des douze travaux d’Hercule et pour cause, le laisser-aller au travail et l’incivisme impuni qui gangrènent notre société sont devenus des facteurs environnementaux néfastes pour la santé de tous.

Les études scientifiques sont formelles. Depuis 2011, le stress est en passe de détrôner la pollution, la malbouffe, l’alcool et le tabac en termes de facteurs favorisant l’apparition de maladies cardiovasculaires ou de certains cancers. En effet, plus les gens sont stressés, plus ils fument pour essayer de diminuer ce stress (Nygard et al., 2016), ce qui, à long terme, peut s’avérer très dangereux.

L’étude de Mokdad et al., (2016) publiée dans « The Lancet Global Health », indique que 90,3 Tunisiens sur 100.000 meurent chaque année des suites d’une crise cardiaque, soit une augmentation de 17,2% entre 1990 et 2013. L’étude précise aussi que le risque de mortalité dû à l’hypertension artérielle a augmenté de 83,3% durant cette même période.

Les causes de mortalités

Auparavant absent de la liste des principales causes de mortalité chez les Tunisiens et les populations du Maghreb, le tabac tiens, désormais, la 4ème place de ce classement derrière la malnutrition (3ème place) l’obésité (2ème place) et l’hypertension artérielle (1ère place).

Sans compter que l’indice de masse corporelle des Tunisiens a augmenté de 28% en moyenne entre 1990 et 2013. En effet, plus on est stressé, plus on prend du poids. Enfin, Mokdad et al., affirment que l’espérance de vie des Tunisiens a diminué de 3 mois depuis les événements de 2011 !

Les travaux de Rios et al., (2013) publiés dans « PR Health sciences journal » ont démontré que plus l’individu est stressé, plus il aura tendance à consommer du café. Or, il a été montré que la consommation de café augmente le risque d’infarctus du myocarde, diminue la fertilité chez la femme, et favorise le cancer des ovaires, de la vessie et des poumons (Denden et al., 2016).

Mais l’intensité du stress n’est pas la même chez tous les Tunisiens. Certains sont plus exposés que d’autre de part leur profession. L’étude de Chennoufi et al., (2012) publiée dans « l’Encéphale » affirme que 66,4% de nos enseignants souffrent du stress sur le lieu de travail.

Les causes qui reviennent le plus souvent sont les mauvaises conditions de travail dans 80,3% des cas, la surcharge de travail dans 75,2% des cas, les problèmes administratifs dans 70,4% des cas et les relations avec les élèves dans 64,4% des cas.

Des travaux plus récents effectués par Ouanes et al., en 2014 indiquent que nos agents des forces de l’ordre sont les plus exposés au stress, soit 36,4% des patients souffrant de troubles psychiatriques dus au stress !

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 10/12/2018

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo