Tunisie : Les PME dans le club des grands noyés…

Dans les pays dits émergents, les petites et moyennes entreprises constituent indubitablement la locomotive qui tracte l’ensemble des activités économiques. Plus ça prospère du côté des PME, plus l’impact devient perceptible dans le gros des secteurs productifs et plus cela draine des investissements locaux et principalement étrangers.

Sans nous esquisser le rituel tableau aux horizons obscurcis et sans ruminer des relents d’optimisme béat et quasiment illusoire, les petits investisseurs n’ont plus aucun avenir. Et sauf miracle économique dont la classe dirigeante actuelle est incapable, de par ses compétences et sa volonté, de réaliser, ce pays va pratiquement perdre la presque totalité du tissu entrepreneurial qui lui solidifie les reins, si l’image est permise.

Dans le même ordre d’idées et pour poursuivre la même métaphore, la Tunisie, déjà sous haute perfusion du FMI et ayant perdu pas mal de fonctions vitales, économiques s’entend, est en train de montrer des signes évidents d’insuffisance rénale, traduisez : pas mal de ses PME mettent, actuellement, la clé sous le paillasson.

Les chiffres récemment communiqués par la Banque de financement des petites et moyennes entreprises (BFME) sont assez édifiants quant à la situation des investisseurs ayant contracté des prêts auprès de cette institution financière.

Le directeur de cette institution, créée en 2005, sous Ben Ali, a affirmé que 80% des projets financés par la BFME affrontent, actuellement, des difficultés financières insurmontables et leur avenir est des plus incertains. Déjà 40% des projets auxquels la banque a alloué des fonds à leur création ont déclaré faillite.

La BFME qui a vu le jour avec un capital de 100 millions de dinars, entièrement fourni par l’Etat tunisien, a permis le financement de 1610 projets pour un montant global de 450 millions de dinars. Que reste-t-il de tout cela ? Très peu, et bientôt pas beaucoup.

Vraisemblablement, le problème n’est pas uniquement inhérent à la débâcle économique que nous vivons actuellement. Le directeur de cette institution l’explique également par le dopage entrepris par le régime Ben Ali qui a voulu faire de la BFME la vitrine de ses réalisations économiques aux profits des petits et moyens capitaux. Une manière de cautionner son action auprès des partenaires étrangers et de leur montrer que l’investissement va bon train. De la poudre aux yeux, en fait.

A ce dopage, est venu s’ajouter la révolution qui n’a pas du tout arrangé les choses et plongé la majeure partie des entreprises dans un marasme annonciateur d’une prochaine cessation d’activité.

Naturellement, avec la faillite de tous ces projets qui n’arrivent plus à se lever, c’est tout le système de financement étatique qui va s’écrouler. Des banques comme la BFME ne survivront plus sans appui financier public, les promoteurs, eux, ne pourront plus jamais se risquer dans un investissement quel qu’il soit sans «parapluie» bancaire.

Où va-t-on ? On ne sait pas. Mais sûr qu’on n’est pas sur le bon chemin.

I.B.H
Tunis-Hebdo du 10/12/2018

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