L’UGTT, la cible !

La crise dans l’enseignement secondaire perdure. Elle prend même une tournure inquiétante dans la mesure où le gouvernement semble avoir opté pour le pourrissement de la situation dans l’espoir d’isoler la fédération syndicale et de la livrer aux gémonies de l’opinion publique.

La crise de cette année puise, en réalité, sa source dans la précédente année scolaire où le pire a été évité après une renonciation des syndicalistes à leurs revendications, sous la pression du Bureau exécutif de l’UGTT, et une promesse de les remettre sur la table au début de cette année.

Mais le ministre de l’Education semble vouloir jouer la montre. En effet, il est difficile de faire assumer la dégradation de la situation uniquement à la fédération syndicale et à son Secrétaire général. Le ministère était au courant, depuis novembre dernier, que les enseignants allaient commencer leurs mouvements de protestation, mais il est demeuré sans réaction, sans engager de sérieuses négociations de nature à éviter cette impasse.

A partir de là, il nous semble qu’il convient d’inscrire ce conflit entre administration et enseignants dans un contexte plus global se rapportant aux relations entre le gouvernement et l’UGTT, et à l’avenir de leurs rapports et de leurs places respectives sur la scène politique.

En premier lieu, il faut se rappeler la position de l’UGTT vis-à-vis de Y.C dont elle a souhaité le renvoi. S’appuyant sur son échec dans la gestion des affaires publiques, l’UGTT avait fait du départ du gouvernement ainsi que de son chef l’un de ses chevaux de bataille durant des mois.

Les prises de position du chef de l’exécutif dans la crise de l’enseignement secondaire démontrent que le conflit entre les deux parties n’est pas près de s’éteindre. La dénonciation sans nuances des pratiques des enseignants, qualifiées de contraires à la constitution, ainsi que les poursuites judiciaires annoncées contre ceux qui auraient investi les administrations régionales démontrent cette volonté du gouvernement «d’en découdre» avec les syndicalistes, et pas seulement Lassaad Yacoubi et ses adjoints.

Autrement dit, le Chef du gouvernement, qui prépare l’annonce de la formation de son projet politique, voudrait probablement faire place nette, du moins essayer d’affaiblir une des parties (l’UGTT) qui pourrait constituer un obstacle à ses ambitions. Pour cela, il est indéniable qu’il va pouvoir compter sur la complicité et l’aval des Islamistes dont l’hostilité à l’égard de l’UGTT, et cela depuis plusieurs années, est avérée pour ne pas dire irréfutable.

En second lieu, il convient de préciser que l’UGTT est la seule institution sociale capable de s’ériger en obstacle devant la tentation du gouvernement de consacrer les politiques ultra-libérales qu’il défend, la seule apte à mobiliser des milliers de Tunisiens.

Que ce soit Y.C ou les Islamistes, ils prônent tous les deux une politique économique fondée sur une privatisation tous azimuts et une libéralisation qui risque d’emporter le secteur public et de le céder aux lobbies financiers nationaux ou internationaux qui sont aux aguets pour s’en emparer.

Le gouvernement joue donc la diabolisation de la Centrale syndicale que l’on présente à une opinion publique, excédée par des grèves «impromptues ou nocives», comme le véritable obstacle «aux grandes réformes» nécessaires pour la «relance de l’économie» !

L’exécutif instrumentalise donc la grève actuelle des enseignants par le biais aussi d’une insidieuse campagne médiatique en présentant les syndicalistes comme des «preneurs d’otages» (des élèves) et des irresponsables (ils n’ont aucun souci de l’intérêt général) pour monter les parents contre l’UGTT. Une position qui prépare la grève générale annoncée dans l’ensemble du secteur public fixé au 17 janvier prochain.

Or, cette démarche risque de se retourner contre ceux qui la prônent et de les mener sur des chemins tortueux, pleins de dangers…

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 10/12/2018

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