Steg, Télécom, Sonede : les factures de la fracture !

Steg, Télécom, Sonede : les factures de la fracture !

Par - Tunis-Hebdo

Si la grogne monte chez les industriels en rapport avec l’augmentation des tarifs de la STEG, les particuliers expriment le même sentiment à l’égard des factures des Télécom, de la Sonede et le coût de la vie.

L’augmentation de 40% du prix du gaz et de 55% de celui de l’électricité, appliquée aux industriels, a constitué le fait économique marquant du mois de novembre. Une hausse vivement contestée par les deux organisations patronales, en l’occurrence l’UTICA et la CONECT.

Joindre l’acte à la parole !

L’inquiétude des industriels quant à la pérennité de leurs entreprises suite à cette majoration qu’ils n’ont pas vu venir, les a poussés à réagir vivement. Ces derniers jours, ils ont haussé le ton et plusieurs bureaux régionaux ont appelé leurs adhérents à ne pas régler les factures d’octobre.

L’affaire a pris une dimension nationale après que les réseaux sociaux ont transformé la contestation en campagne, lancée sous un slogan de défiance, sommes-nous tentés de dire « Manich mkhallas » (je ne vais pas payer !).

Il faut dire que la STEG n’est pas à sa première opération coup de poing. La société nationale a déjà coupé les vannes à 800.000 de ses clients pour non-paiement de leurs dus et a adressé un avertissement à 4 millions d’autres pour les prévenir qu’ils connaîtront le même sort en cas de non-règlement de leurs factures.

Seulement, cette fois-ci, la STEG a, semble-t-il, sous-estimé l’impact de la majoration de 45% des factures de septembre des industriels. En déclarant que cette mesure était prévue dans la Loi de Finances de 2018 et que son entrée en vigueur était, donc, inéluctable, elle n’a fait qu’entretenir la tension. Entre les justifications des uns et le ras-le-bol des autres, le gouvernement s’est trouvé, aujourd’hui, dans l’impasse.

Si on imagine mal la STEG sanctionner les entreprises insoumises en leur coupant carrément le courant, il faut savoir, cependant, qu’une telle opération, si elle vient à être exécutée, serait suicidaire pour le pays dans un contexte où le tissu industriel a besoin de travailler à plein régime. Attendons voir.

Il faut se méfier de l’eau qui dort !

Le bras de fer entre les industriels et l’Etat et les difficultés économiques que rencontrent les chefs d’entreprises peuvent paraître de moindre intensité par rapport au calvaire que vit le citoyen lambda au quotidien. L’indice annuel des prix à la consommation familiale (IPC) n’a cessé, en effet, de croître depuis 2010 atteignant une moyenne de 38,3% en 2017.

Dans le détail, les articles d’habillement et chaussures ont vu leurs prix évoluer de 59,1% depuis 2010, restaurant et hôtels (+57,7%), produits alimentaires et boissons non alcoolisées (+46,2%), biens et services divers (+42,5%), logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles (+35,6%).

A bien des égards, les négociations sociales effectuées à un rythme régulier depuis la révolution ont contribué, certes, à gonfler les salaires, mais ces majorations n’ont pas pu pallier la hausse des prix surtout que l’inflation importée, créée par la chute du dinar, ne peut être soutenue en l’absence de forte croissance et de valeur ajoutée réelle.

Sachant par ailleurs qu’une croissance de l’IPC, sans croissance des revenus, conduit à une diminution du pouvoir d’achat, on se demande comment le Tunisien va gérer 2019 si le gouvernement Chahed campe sur sa position de ne pas majorer les salaires de la fonction publique ? Le rythme effréné des factures échouant dans les boîtes à lettres des citoyens, greffés de tarifs toujours à la hausse, ont accablé même les catégories censées échapper à la précarité.

Il va sans dire que si le citoyen lambda a fait valoir, jusque-là, une certaine retenue par rapport à la cherté de la vie, c’est qu’au fond de lui-même il a un espoir, aussi minime soit-il, que les choses vont s’améliorer et que les prix vont s’établir à un niveau d’équilibre qui satisfait à la fois le consommateur et le commerçant.

L’autre raison qui le pousse également à se retenir de toute manifestation dans les rues, c’est que le Tunisien en a assez du chaos et de l’anarchie, méditant sûrement sur les conséquences néfastes qu’a entraînées la révolution sur son quotidien.

Il se contente d’entretenir, autant que faire se peut, son quotidien, étant intimement persuadé que demain sera pire qu’aujourd’hui.
Reste que les autorités ne doivent pas percevoir cette « léthargie » populaire comme une forme de soumission à un état de fait. Il faut se méfier de l’eau qui dort, dit le proverbe.

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 03/12/2018

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