Octobre musical : L’âme du Maroc au cœur de Carthage

Crédit photo : Hatem Bourial

Les musiciens du Trio « L’âme du Maroc » avaient la grâce pour eux et une grande technicité à faire valoir. Et, comme le soulignait, à l’ouverture du récital, Latifa Akherbache, ambassadeure du Maroc en Tunisie, ces musiciens, avec les Tunisiens, étaient les seuls du monde arabe, à participer à l’édition 2018 de l’Octobre musical.

Cette remarque de l’ambassadeure renvoyait d’ailleurs aux relations que les Arabes peuvent avoir avec l’héritage musical classique essentiellement européen. Comment se l’approprient-ils ? Comment le restituent-ils ? Comment l’enrichissent-ils ?

Nous voyons de nos jours de plus en plus d’Arabes entrer avec succès et virtuosité dans cet univers alors que d’autres restent confiné s dans le rejet et une attitude d’occlusion par rapport à toutes les musiques au nom de lectures rétrogrades et fanatisées de la tradition.

Ceci dit, le trio venu du Maroc, sous les auspices de l’ambassade et avec l’appui de Royal Air Maroc, a convaincu le public venu nombreux mardi 30 octobre à l’Acropolium de Carthage.

Cette présence massive était d’ailleurs due en partie au succès de la participation marocaine à l’édition précédente et au sillage de musique laissé depuis l’année écoulée.

Le récital fut d’ailleurs un long fleuve tranquille, avec des musiciens littéralement soudés, complices et à l’écoute les uns des autres. Au piano, Lina Berrada alternait les variations et soutenait l’édifice invisible construit par le violon de Mohamed El Hachoumi et le violoncelle de Anwar Saidi.

Maîtrisant pleinement leurs partitions, installés dans la posture classique d’un trio de musique de chambre, les trois artistes ont donné toute son ampleur à Rachmaninov dans une pièce d’ouverture jouée sur le mode élégiaque, avec beaucoup d’emphase et de subtilité conjuguées.

Haydn était également au programme ainsi que Schubert dans un andante magistral. Le morceau de bravoure était consacré à Schumann dont la musique dans toutes ses circonvolutions a régné durant une vingtaine de minutes magiques.

Crédit photo : Hatem Bourial

Il restera de ce récital le rêve d’un soir : celui qui naissait dans l’esprit de quelques mélomanes. Pourquoi ne pas inviter l’an prochain des musiciens tunisiens et marocains pour s’associer et jouer ensemble ?

Des duos et trios éphémères pourraient ainsi naître et nous donner une nouvelle soirée toute en relief. Car, si hier, l’âme du Maroc, toute en excellence musicale, planait au-dessus de Carthage, l’année prochaine, deux âmes jumelles pourraient battre dans la même poitrine et accoucher de musiques siamoises à l’aune de la tradition classique.

Bien sûr et au-delà des rêves, il restera aussi de cette invitation musicale l’écho d’un trio de grand talent et la passion de la tradition classique qui, elle, fédère le public de l’Octobre musical.

Quant à hier soir, en un mot comme en mille, l’âme du Maroc aura trouvé sa voie vers les coeurs carthaginois grâce aux si douces énergies d’un trio dans la grande tradition de la musique de chambre.

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