Ces Tunisiens qui ne veulent plus mettre leur argent en banque !

Ces Tunisiens qui ne veulent plus mettre leur argent en banque !

Par - Tunis-Hebdo

C’est un constat bel est bien fondé. De plus en plus de Tunisiens préfèrent placer leur argent ailleurs qu’en banque. Manque de confiance sur fond de crise économique ou volonté d’investir dans des valeurs sûres ? Découvrons les raisons de ce phénomène.

Depuis la Révolution, l’instabilité politique et la mauvaise gestion des réserves économiques du pays ont précipité la dégringolade du dinar (DT) par rapport aux principales devises étrangères (1 € = 3,260 DT ; 1 $ = 2,845 DT au 26 octobre 2018). Pour faire tourner la machine et payer les salaires, l’Etat ne compte plus, désormais, que sur les prêts octroyés par le Fonds monétaire international (FMI), les recettes touristiques et les exportations de quelques-uns de nos produits phares (huile d’olive, phosphate, fruits et légumes).

La conjoncture économique actuelle, le chômage (15,4% au 2ème trimestre de 2018) et l’inflation (7,4% en septembre 2018) sont, ainsi, à l’origine du renchérissement du coût de refinancement des banques par la Banque centrale de Tunis (BCT) et donc, de la hausse du Taux du marché monétaire (TMM).

Ce dernier est passé de 5,53% en janvier 2018 à 7,29% en septembre de la même année, soit une augmentation de 31,82% en neuf mois, du jamais vu ! Le pays passe en effet par une grave crise de liquidité due au fait que de plus en plus de Tunisiens ont recours à la thésaurisation (garder leur argent hors du circuit économique) plutôt qu’au dépôt ou à l’épargne.

Les affaires d’escroqueries bancaires qui ont ébranlé la commune de Oued Ellil en mars dernier ont laissé des traces dans l’inconscient collectif des citoyens : «Certains agents profitent de l’ignorance de gens qui ne savent pas lire ou ne comprennent pas comment les banques fonctionnent pour leur soutirer de l’argent.

Un vieil homme a voulu, une fois, retirer 200 DT de la banque. L’employé lui a dit qu’il ne pouvait lui donner que 100 DT pour le moment mais lui a, quand même, fait signer le bon de retrait pour la somme de 200 DT. Lorsque le pauvre client revint quelques jours plus tard pour retirer les 100 DT qu’il lui restait, un autre agent lui a fait savoir qu’il avait déjà retiré ses 200 DT, bon à l’appui. C’est tout simplement scandaleux», s’indigne Marwa.

La difficulté de certains Tunisiens à boucler leur fin de mois les amène, très souvent, au découvert bancaire. Cela les contraint à payer des agios (intérêts prélevés par la banque à l’occasion d’un découvert) fort onéreux en plus de réalimenter leur compte : «J’ai retiré tout l’argent que j’avais et j’ai fermé mon compte en banque.

Mon salaire suffit juste à payer mon loyer et à nourrir ma famille. Si en plus des frais de mon compte courant (environ 15 dinars par mois) je dois payer des intérêts bancaires chaque fois que je suis légèrement à découvert, ça ne m’intéresse plus. Je me suis mis d’accord avec mon patron pour qu’il me paie désormais en espèces. Si j’ai besoin de liquidités, je préfère emprunter à des amis et les rembourser quand je peux, c’est plus pratique», explique Nabil de Bizerte.

Avec l’implosion de l’islam rigoriste dans le pays, des milliers de Tunisiens se sont éloignés des banques pour ne plus avoir à faire aux «intérêts» , considérés comme un péché dans le Coran : «Il est plus saint de garder son argent chez soi plutôt que de le confier à des banques qui perçoivent ou nous donnent des intérêts.

L’Islam l’interdit. Il existe d’autres moyens pour faire fructifier son argent. Ceux qui en ont peuvent investir dans l’immobilier ou acheter de l’or par exemple. Pour ma part, j’ai fermé mon compte en 2013 et je me suis acheté un coffre-fort à 300 DT dans lequel je place mes sous et mes bijoux», confie Sihem d’Ezzahra.

Toutefois, les réticences morales ou économiques qu’ont les gens à mettre leur argent en banque ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Des milliers de Tunisiens vivent, en effet, de la contrebande et ne peuvent se permettre de déclarer leurs revenus sous peine d’aller en prison. C’est pratiquement de là d’où vient tout le problème de ce pays, à savoir les centaines de millions de dinars et de devises qui circulent en dehors du circuit légal.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 29/10/2018

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