Polémique autour des 500 millions d’euros !

Polémique autour des 500 millions d’euros !

Par - Tunis-Hebdo

La dernière sortie de la Tunisie sur le marché des capitaux est un échec cuisant si on s’en tient au taux d’intérêt élevé appliqué sur l’eurobond de 500 millions d’euros.

Projetant de lever initialement 1 milliard de dollars sur le marché des capitaux, la Tunisie n’a finalement mobilisé que 570 millions de dollars (500 millions d’euros), près de la moitié de la somme annoncée. Mais au-delà du montant, ce sont les conditions compromettantes accompagnant cette opération qui ont fait des remous et suscité des réactions.

Conjoncture difficile…

S’il est vrai que cette sortie arrive dans un contexte difficile pour notre pays avec le creusement du déficit commercial, et l’abaissement de la note souveraine par Moody’s, qui a fait passer les perspectives de « stable » à « négative ». S’il est vrai, aussi, que les réserves de devises ont fondu passant de 90 jours d’importation en septembre 2017 à 75 jours actuellement, rendant la marge de manœuvre difficile.

S’il est vrai, également, que la défection des gros investisseurs conventionnels a compliqué la conclusion de cet euro-obligation, il faut admettre, toutefois, que le gouvernement est allé un peu trop vite en besogne en acceptant de concéder des largesses aux investisseurs qui ont souscrit à cet euro-obligation.

Emettre un eurobond de 500 millions d’euros, d’une maturité de cinq ans, avec un taux d’intérêt de 6,75% est un pas que le gouvernement n’aurait pas dû franchir. En avril dernier, l’Egypte a levé 2 milliards d’euros avec des taux de 4,75% sur huit ans et 5,625% sur douze ans.

Pour l’Egypte, il va sans dire que ces conditions favorables ont été rendues possibles par les perspectives prometteuses de son économie. Le PIB du pays du Nil a enregistré une croissance de 5,4% durant l’exercice 2017-2018 (1er juillet-30 juin), soit le taux de croissance le plus élevé en dix ans.

Même si notre croissance est loin de valoir celle de l’Egypte, celle-ci devrait atteindre 2,4% en 2018, il est établi que les conditions qui ont accompagné cet eurobond sont pour le moins excessives. Le service de la dette qui en découlera va rendre, en effet, encore plus difficile la soutenabilité de notre dette extérieure qui a atteint des sommets.

C’est d’ailleurs la raison principale qui a poussé notre gouvernement à renoncer à la somme initialement annoncée (1 million d’euros), se contentant de la moitié ?

120 investisseurs y ont souscrit

Il faut noter que cette opération n’a attiré que les petits investisseurs aux moyens limités. Ils sont 120 à avoir souscrit à cette euro-obligation, ils ont souhaité investir dans la catégorie spéculative moyennant une prime de risque élevée, donc un meilleur rendement.

Pour rappel, en janvier 2017, la Tunisie avait réalisé deux opérations du même genre, deux emprunts émis de 1 milliard de dollars et de 850 millions d’euros à un taux d’intérêt de 5,75% seulement.

Sachant qu’en janvier 2017, la conjoncture était moins bonne qu’elle ne l’est actuellement, ce qui alimente davantage la polémique quant aux conditions qui ont accompagné cette opération.
Tout compte fait, le coût de cette sortie paraît la plus élevée de l’histoire des emprunts émis par notre pays, compte non tenu des autres frais payés aux quatre banques qui ont arrangé cette opération, à savoir Deutsche bank, JP Morgan Chase § Co, Citi Group et Natixis.

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 29/10/2018

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