Octobre musical : Le bon génie de Roberte Mamou

Crédit photo : Hatem Bourial

Lorsque Roberte Mamou est au piano, la musique devient toujours sensuelle et mystérieuse. Ses audaces et sa curiosité innée métissent cet électron libre qu’elle est avec une créativité débridée, un jeu limpide, original et subtil.

On dirait presque qu’elle réinvente les portées et les clé de sol, qu’elle gravit des échelles musicales et poursuit son envol vers l’éther des muses complices.

Trêve de lyrisme mais disons-le tout de go: Roberte Mamou, c’est tout cela et bien plus encore car, sans aucun doute, elle est le bon génie de l’Octobre musical, celle qui en a pris les rênes créatives dès les tout premiers pas.

Pour elle, la musique, c’est un dialogue perpétuel avec la dimension supérieure. Que de musiciens n’a-t-elle pris sous son aile généreuse pour guider leurs pas sur un terrain sensible.

Généreuse, jouant de façon intuitive, elle n’a jamais cessé de partager son savoir avec des générations de jeunes musiciens dont elle est aussi le bon génie, la médiatrice vers l’excellence, celle qui écoute leur désir et s’applique à mettre en musique leur travail.

Comment transformer un clavier en passeport pour la jubilation ? Simplement en laissant jouer les affinités, la confiance et l’émulation. Dénichant toujours l’essentiel, elle guette dans l’œuvre des siècles de musique la petite touche de fantaisie, l’éclair de génie, l’élan vers la liberté.

Iconoclaste, elle ne redoute pas les défis et instille cette culture chez ses nombreux disciples.
Ainsi apprendront-ils, entre ludique et académique, qu’il faut savoir moderniser les conservatismes mais toujours garder sa rigueur dans la restitution.

Leçon numéro 1: C’est lorsqu’on maîtrise quelque chose qu’on peut se permettre des écarts fertiles. Leçon numéro 2 : Il faut savoir être à la fois typique et atypique, c’est à dire être capable de contrebalancer l’image traditionnelle de la musique classique par les petits riens qui sont dans l’air du temps.

Ainsi, à chaque saison de l’Octobre musical, le bon génie de Roberte Mamou n’est jamais seul mais entouré d’artistes éclectiques qui font vite de s’imposer, en interprétant sans jamais les trahir les partitions des grands maîtres.

Cela, nous l’avions vu avec Daria et Orit Ouziel, Clotilde van Diren ou encore Elodie Vignon qui ont toutes participé à cet Octobre musical sous le label de « Musica Reservata », l’association que dirige Roberte Mamou.

Nous le disions plus haut: quand la Mamou est au piano, le clavier est comme en ébullition, les gammes jaillissent de partout et la poésie est pleinement assumée.

Ce fut le cas dimanche 28 octobre pour le concert en duo avec le violoniste allemand Laurent-Albrecht Breuninger. Tout en portant les élans aériens du musicien, Roberte Mamou s’effaçait presque mais surgissait toujours au détour d’un allegro ou d’un andante.

Discrètement, avec une grande efficacité, elle donnait une assise au jeu du violon et créait une pleine connivence entre les deux instruments.

De Schubert à Franck en passant par Schumann et Ysaye, les deux artistes s’en donnèrent à coeur joie et le public s’est retrouvé projeté dans un songe d’une nuit d’automne.

Crédit photo : Hatem Bourial

Les ovations se succédaient et allaient crescendo, saluant la fluidité du jeu et les saveurs expressives de la musique.

L’Acropolium était littéralement en état de grâce, béatifié sine die, en pleine volupté pour ces retrouvailles avec le bon génie de l’Octobre musical.

Comme toujours, virtuoses et sensibles, les artistes donnèrent le meilleur d’eux-mêmes et la musique scintilla de mille éclats.

C’est cela la magie Roberte Mamou, égérie de l’Octobre musical et bon génie à la créativité débridée et la générosité incommensurable.

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