Octobre musical : Concertos, sérénades et valses poétiques

En tenue sombre, le maintien admirable, Hela Douik et Walid Dhahri sont apparus devant le public leurs guitares en main.

Pour les besoins de ce récital, la salle avait été aménagée de manière innovante, en formant un croissant devant le podium.

Ce vendredi soir, il y avait juste ce qu’il fallait d’amplification du son pour emplir de musique la nef de l’ancienne cathédrale de Carthage tout en rendant tout le phrasé des pièces au programme et les vibrations les plus intimes des cordes.

Hela Douik et Walid Dhahri ont de la suite dans les idées. Depuis des années, ils persévèrent dans un choix ardu et, grâce à cette ténacité, se sont imposés comme la référence tunisienne en matière de guitare classique.

Ce serait d’ailleurs injuste de les confiner seulement en Tunisie tant ils ont conquis une envergure internationale. Il suffit de les écouter et constater la limpidité de leur jeu pour s’en convaincre.

De même, suivre leurs différentes initiatives et collaborations permet de mesurer la qualité de leurs parcours musical. En ce sens, un disque serait le bienvenu pour baliser ce chemin de musique et offrir un support durable. Sans doute, les plus grands éditeurs de musique classique sauront accompagner l’irrésistible essor de ce duo.

Le récital du vendredi 26 octobre à l’Acropolium de Carthage hésitait entre baroque, classique et contemporain. Les deux musiciens, parfaitement soudés, alternaient points et contrepoints, thèmes et variations, avec un Dhahri qui allait chercher très bas sur le manche de sa guitare les notes.

Dans Les Cyclopes et Le Rappel des oiseaux de Jean-Philippe Rameau puis avec la Sérénade de Ferdinando Carulli, l’entente des deux guitaristes donnait une ampleur inédite et un entrain remarquable aux compositions.

En fait, dès l’ouverture avec un Fandango de Luigi Boccherini, le ton était donné, transfigurant un air folklorique en échappée baroque. Le duo poursuivit cette incursion dans l’univers baroque en jouant un concerto pour hautbois et cordes d’Alexandro Marcello qui, en son temps, fut repris par le grand Bach.

Puis vint le tour de Scarlatti avec deux sonates choisies parmi les milliers qu’a composées le grand Italien.

Peu à peu, les musiciens nous emmèneront vers le vingtième siècle avec les Valses poétiques de Granados, une pièce de Manuel de Falla, une Suite italienne de Mario Gangi et enfin un Jongo de Paulo Bellinati, le plus contemporain des compositeurs abordés au cours de la soirée.

Ces incursions dans l’univers de la guitare avaient ainsi pour elles non seulement la beauté mais aussi une certaine pédagogie initiatrice. Ce qui souligne le grand soin et l’équilibre qui ont présidé au choix des compositeurs par le duo Dhahri-Douik.

Une soirée comme on les aime, assez brève pour vous laisser un peu sur votre faim, légère comme des arpèges qui se conjuguent et virtuose car nos deux musiciens sont faits de la meilleure glaise qui soit.

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