Imper, trench coat et anorak

Imper, trench coat et anorak

Par - Tunis-Hebdo

Ces nuits pluvieuses sont propices à toutes les nostalgies ! Sous la pluie battante, la rêverie reprend ses droits alors que renaissent mentalement toutes les scènes de l’enfance.

Lorsqu’il pleuvait, les anoraks étaient de sortie et il fut un temps où ils avaient supplanté tous les autres imperméables. L’époque était au trench coat et chacun se devait d’avoir le sien. La panoplie complète pour se protéger de la pluie comprenait aussi des bottillons de caoutchouc très à la mode dans les années soixante.

Les titis tunisois, c’était tout un attirail ! Pour aller à l’école, le plus adorable, c’était le cartable. En effet, on en voyait de toutes les formes, couleurs et générations. Pour ma part, j’avais hérité de beaux cartables en cuir de mon grand-père mais ils me semblaient si fanés..

Je leur préférais ce qui était tendance à l’époque. Le sac à dos n’avait pas encore beaucoup d’émules mais les cartables à lumière étaient assez nombreux. On les portait sur le dos et ils étaient dans l’air du temps. Certains camarades avaient des gibecières dont ils se servaient pour l’école. Elles étaient très prisées et le petit gars branché les conjuguait avec ces inénarrables chemises bleues ou beiges, pleines d’insignes, de badges et de numéros. Ces chemises étaient celles des scouts américains et la fripe en regorgeait.

En ce temps, la découverte de la friperie était un véritable rite de passage, un temps fort de l’adolescence. Les ados de mon temps partaient en expédition soit à la Hafsia soit à Mélassine. La fripe, c’était le rêve absolu de toute une génération qui ne jurait que par le blue jean et les robes à fleurs. Il faut dire que ça ne manquait pas d’allure ! De plus, une virée à la fripe, ça se faisait sans les parents et c’était bel et bien vécu comme un signe d’émancipation.

Parfois, on tombait sur la perle rare. Je me souviens ainsi d’avoir acheté une capote de soldat allemand, parfaite par temps de pluie. Toutefois, c’était un vêtement tellement long que je flottais dedans mais que voulez-vous, ça faisait style. Je me souviens aussi d’un pantalon multicolore, un véritable patchwork qui vous faisait ressembler à un Arlequin.

Idéal pour les boums du samedi, ce pantalon pouvait faire passer celui qui le portait pour un hurluberlu tout droit sorti d’un film comique. Mais bon, on aimait ça.

Et puis, ça changeait un peu du cercle infernal des galeries, bazars et boutiques de Tunis où il fallait subir en silence la loi des parents qui avaient un tout autre regard sur la mode. En ce temps, le commerce de prêt à porter se limitait à quelques enseignes du centre-ville de Tunis. Tout était en effet concentré entre les grandes avenues, la rue Abdenasser et la rue Charles de Gaulle. De la Maison modèle aux galeries Simon en passant par Iksa, les fringues vous attendaient et vous n’avez pas tellement le choix.

L’hiver venu, avec la valse des impers, il y avait aussi l’achat du sacro-saint pull-over. Avec ou sans col, tricoté à la maison ou acheté dans le commerce, votre pull sera votre deuxième peau contre les rigueurs de l’hiver et c’est tout emmitouflé que vous le porterez avec le tout aussi incontournable pantalon de velours côtelé. Notez que jusqu’à un certain âge, le tablier était de rigueur : chacun portait le sien comme un uniforme. Et, en ce temps, les filles s’empressaient de l’ôter dès la sortie de l’école.

Plus tard, le temps du « kawé » allait révolutionner les imperméables. Plus légers et flexibles, ils nous changeaient des impers classiques dont certains pouvaient faire songer au commissaire Maigret, tellement ils étaient passés de mode. Chacun doit ainsi se souvenir de l’élève qui arrivait en classe portant un manteau qui on aurait dit venu d’une autre.

planète. Car il y avait toujours un élève qui semblait porter l’imper en laine, à carreaux noirs et verts, que son père portait avant lui. Toujours cruels, les camarades de classe faisaient de cet élève la risée de l’école et lui faisaient passer l’hiver sous les quolibets…

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Quand le ciel bas et lourd se fait menaçant, lorsqu’il pleut toute la nuit, on ne sait plus de quoi sera fait le lendemain.

En effet, dès la première ondée, les rues et les avenues sont inondées et la circulation devient impossible. Partout des flaques, des mares, des lacs, de l’eau, de la boue et la crasse qui remonte. Elles ont bon dos les municipalités à qui l’on reproche tout et son contraire. Que peuvent en effet les municipaux lorsque les citoyens polluent à tort et à travers, participant ainsi à l’engorgement des regards et la saturation des égouts ?

Ce qui se passe à Tunis est à cet égard lamentable car les eaux ne peuvent pas être évacuées facilement et débordent de leurs canalisations très vite. Comment remédier à cette situation ? D’abord par des gestes simples comme celui de ne plus polluer nos rues avec toutes sortes de détritus. Ensuite par un travail de sensibilisation porte- à-porte s’il le faut pour répandre des messages positifs et promouvoir les gestes qu’il faut.
Ce n’est qu’après que l’on pourra se saisir de cette incroyable situation qui, à chaque pluie, dégénère en inondation. C’est vrai qu’il faut récurer et entretenir ce qui doit l’être. C’est tout aussi vrai que les routes et chaussées doivent être débarrassées de leurs nids de poule. Il y a beaucoup à faire et la confusion existe entre les divers intervenants qui passent leur temps à se rejeter la responsabilité.

Dramatiquement, les inondations de ces derniers temps prennent de plus en plus l’allure d’événements catastrophiques, avec des dégâts matériels et de tragiques pertes humaines. Allons-nous rester les bras croisés devant pareilles situations ? Allons-nous continuer à intervenir a posteriori, lorsqu’il est déjà trop tard ? Il est temps de mieux nous adapter à cette météo peu clémente et aussi mieux informer le public.

Malheureusement, pour l’heure, c’est toujours la panique qui prévaut même si des progrès ont été faits. Il est désormais temps de « proagir » !

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Je ne vous apprendrai rien en signalant que depuis la semaine dernière, c’est de nouveau la ruée sur le lablabi et les soupes.

Nous sommes ainsi faits : dès qu’il pleut, un lablabi, c’est rassurant. La soupe de pois chiches est consommée un peu partout avec un grand renfort de petites gâteries. Sans blague, j’ai découvert sur Intenet une recette de lablabi au saumon et désormais, certains cuistots parlent de lablabi aux chevrettes.

Cette nouvelle vague est capable de tous les mariages et pourrait d’ailleurs ouvrir de nouvelles perspectives devant ce plat populaire. Avec le retour du froid, c’est pour le moment le lablabi classique qui prédomine. Avec ou sans œuf, arrosé ou pas d’huile d’olive, il se consomme sur le pouce un peu partout dans nos villes.

D’ailleurs, les ménagères n’hésitent pas envoyer une casserole chez le marchand du coin pour obtenir quelques bols de la précieuse soupe qu’on consomme avec de l’ail écrasé, une pincée de cumin, un coup d’harissa et quelques gouttes de vinaigre. Ce lablabi classique est aussi consommé avec du thon en miettes et des variantes salées.

Devenu un plat en soi, le lablabi trône en haut du hit-parade des soupes. Dans les petites échoppes de Tunis, il est concurrencé par une soupe chaude encore plus classique ou encore par le borghol et le mdamess aux fèves. A chacun sa manière de se réchauffer ! Si le mdamess foul reste très basique, ce n’est pas le cas du borghol qu’on apprête désormais de diverses manières. Les petits restaurants de la ville proposent ainsi un borghol aux boulettes de viande, aux seiches ou au blanc de poulet. Et ça passe plutôt bien !

Notre patrimoine est riche en soupes. Qui n’apprécierait pas, par ce temps, un bol de hlalem ? Ou encore un bon vieux hsou aux capres, une mhamessa au kadid ou au poulpe qui seraient tout aussi bienvenus. Nous n’allons pas tarder à reparler de soupes dans toute leur diversité qui est bien grande selon les régions. Ceci sans oublier nos potages légendaires à l’image du délicieux broudou.

Une soupe, un pull-over et un imper ! Et pourquoi pas un hammam à l’ancienne pour voir venir l’hiver !

Hatem Bourial
Tunis-Hebdo du 22/10/2018

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