Doit-on se méfier des traitements contre le cancer ?

Doit-on se méfier des traitements contre le cancer ?

Par - Tunis-Hebdo
Méfiez-vous des remèdes de grand-mère. Suivez les conseils de votre médecin !
Avec l’avènement des réseaux sociaux, le partage d’informations de toutes sortes et sans réels fondements scientifiques est devenu monnaie courante. Pour preuve, les internautes publient de plus en plus d’articles qui dénoncent, avec vigueur, la dangerosité des médicaments anticancéreux et incitent à les remplacer par telle ou telle plante. Bien que la base de la pharmacologie moderne soit essentiellement constituée de principes actifs naturels, il est impératif de comprendre que l’automédication et l’absence d’avis médical peuvent entraîner de graves conséquences.

Chaque année, les plantes médicinales font l’objet de centaines de milliers d’études scientifiques qui contribuent à la conception de médicaments toujours plus efficaces et avec le moins d’effets indésirables possibles. Les bases de données sur le net regorgent d’articles traitant des bienfaits de l’ail sur l’hypertension (Zhu et al., 2018), des effets neuroprotecteurs de la menthe (Kennedy et al., 2018) ou encore des propriétés antidiabétiques de l’Aloe vera (Noor et al., 2017).

Attention à l’automédication

Il est vrai que les plantes médicinales sont capables de soulager certains symptômes voire de guérir certains maux. Toutefois, il ne faut surtout pas tenter de traiter une grave pathologie avec une mixture de grand mère à base, par exemple, de curcuma sous prétexte que cette épice tue les cellules cancéreuses (Calaf et al., 2018). Certes, de telles études scientifiques s’appuient sur des expériences solides et approuvées par la communauté scientifique.

Néanmoins, comprenez que ces travaux sont effectués sur des modèles d’animaux spécifiques (rat, souris, singe…) ou sur des cultures cellulaires baignant dans un milieu physiologique différent de celui de notre organisme. On ne peut donc pas faire une corrélation directe entre les résultats obtenus en laboratoire et ceux qu’on obtiendra sur le corps humain. Ce n’est absolument pas le même environnement, bien qu’on tente du mieux qu’on peut de le reproduire durant les manipulations expérimentales.

En clair, lorsque des cellules cancéreuses sont mises en contact direct avec un extrait purifié de curcuma, elles vont subir ce qu’on appelle une apoptose ou mort cellulaire. En revanche, cela ne veut pas dire que le curcuma guérit du cancer !

En effet, si l’on consomme par voie orale du curcuma pour tenter de se soigner, plus de 95% des principes actifs de cette épice seront dégradés par le système gastro-hépatique et les enzymes présentes dans la circulation sanguine. Ainsi, les molécules thérapeutiques dudit extrait disparaîtront progressivement de l’organisme sans qu’elles n’aient eu le temps d’agir sur les cellules malades.

L’avis du médecin avant tout

À l’heure actuelle, les médicaments anticancéreux attisent la colère et la méfiance de beaucoup de gens car ce sont des produits, essentiellement, chimiques, d’où leur nom, médicaments chimiothérapeutiques. Dans l’inconscient collectif, tout ce qui est chimique est lié à l’Homme et non à la Nature, par conséquent, « ce n’est pas bon pour la santé ». Or, l’efficacité de ces traitements a maintes fois fait ses preuves sur différents types de cancer et à n’importe quel stade d’évolution de la maladie.

On parle très souvent du fameux lobby pharmaceutique comme une entité malsaine et corrompue qui tente de cacher la vérité aux gens en vendant très cher ses médicaments et en boycottant l’usage des plantes médicinales. Il est certain que l’industrie pharmaceutique génère des milliards de dollars par an mais combien de vies ont été sauvées grâce à elle ? Car avant de commercialiser un comprimé spécifique à une pathologie, il a fallu faire près de 25 ans d’études et dépenser des millions de dollars pour isoler la molécule thérapeutique et valider son efficacité afin de soigner les gens sans aggraver leur cas.

Bien entendu, boire un verre de jus de citron mélangé à du miel ne peut pas faire de mal. Cela permet de diminuer le risque d’apparition du cancer mais pas le guérir. Ne soyons pas dupes ! Ainsi, il est primordial d’écouter les conseils de son médecin traitant pour accroître ses chances de rémission et d’éviter toute tentative manipulatrice d’un tiers qui vous supplie de remplacer une thérapie valide et homologuée par une potion douteuse et, sans nul doute, inefficace.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 17/09/2018

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