Choses et autres sur Moncef Bey : II – Un grand réformateur

Choses et autres sur Moncef Bey : II – Un grand réformateur

Par - Tunis-Hebdo

أنصفوك المدح أم لم ينصفوا
أنت فوق المدح أنت «المنصف»
يا مليكًا يا ابنً خير ملك
أنت فينا للأماني هَدَفُ

Le 9 septembre 1942, une foule en délire fit à Moncef bey, qui durant ces années difficiles de guerre et de privations symbolisait l’espoir d’un jour meilleur, un accueil des plus enthousiastes lors de sa visite au Kram.

L’on sait qu’après sa destitution, Moncef Bey a été placé en résidence surveillée à Laghouat, aux confins du Sahara algérien où il souffrira beaucoup de la chaleur d’un été torride qui ne convenait, nullement, à sa santé. Son séjour dans quelques chambres de l’Hôtel transatlantique avec, seulement, son aide du camp, le fidèle et dévoué Chedly caïd Essebsi et un domestique, était d’un inconfort total.

La pension de 100.000 francs anciens par mois, allouée initialement par le général Juin, lui parvenait irrégulièrement. Moncef Bey était sujet à des étourdissements, voire à des syncopes.
Ce mauvais traitement avait pour but de le forcer à abdiquer.

Et c’est ce qu’il fut obligé de faire. On le déplaça, alors, à Ténès, ville au bord de la mer mais par trop humide.
Les autorités coloniales pensèrent, alors, à lui assigner résidence à Madagascar, à l’Ile de la Réunion ou au Gabon. Mais, en fin de compte, il fut transféré à Pau, chef-lieu des Pyrénées-Atlantiques.

Saïd Mestiri a écrit à propos du choix de la ville où les autorités françaises avaient décidé de placer Moncef Bey en résidence surveillée, ce qui suit : « Les autorités françaises avaient « sagement conclu que le séjour de Moncef Bey en région parisienne constituerait un pôle attractif et ne serait pas sans poser quelques problèmes de sécurité dont on préférait se passer à cette époque.

Quant aux petits châteaux de la Loire (car il n’avait jamais été question de châteaux célèbres, comme Chambord, Blois ou Azay-le-Rideau) n’offrant pas, en cette fin de guerre, le minimum de commodités, on se rabattit sur la résidence de Pau ». Et il ajoute : « Il est difficile de dire sur quels critères se sont basées les autorités françaises qui ont fixé leur choix sur Pau en tant que nouvelle résidence de Moncef Bey.

Seul Omar Khlifi a pu savoir pourquoi on a choisi Pau ! C’est que cette ville avait déjà servi de lieu de résidence d’un grand patriote nord-africain qui avait combattu les Français quand ils ont décidé d’occuper sa patrie.

Ce grand patriote qui fut interné à Pau, cent ans auparavant, d’avril à novembre 1848, n’est autre que le chef nationaliste algérien, l’Emir Abdelkader El Djezairi (1808 – 1883).

Donc, le 17 octobre 1945, dès que la France fut libérée des Allemands, Moncef Bey fut transféré de Ténès, près d’Oran, à Pau, dans le Midi de la France.

Dès lors, la ville de Pau devint un lieu de pèlerinage obligé pour tous les patriotes tunisiens. Les étudiants affluaient de toutes les régions de France, pour témoigner leur attachement à ce Bey qui gardait intacts son prestige et sa popularité.

Ceux qui ne pouvaient pas se déplacer envoyaient des lettres auxquelles répondait Moncef Bey, systématiquement, par l’envoi de sa photo dédicacée.

Ces lettres envoyées à Moncef Bey étaient, tellement, nombreuses qu’il a dû charger un secrétaire spécial, Baba Ali, pour leur répondre. Je suis l’un de ceux qui avaient écrit au Bey bien-aimé. Mais j’ai dû attendre car le stock de photos du souverain était épuisé.

Mais Raouf Bey, fils de Moncef Bey a répondu aux quatre lettres que j’ai envoyées en tout. J’ai fini par recevoir une photo, mais elle n’était pas dédicacée. D’autre part, la lettre m’est parvenue deux jours après la mort du regretté Moncef Bey, le 3 septembre 1948.

Moncef CHARFEDDINE
Tunis-Hebdo du 17/09/2018

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Sources : les ouvrages d’Omar Khlifi et Saïd Mestiri.

1) A propos du baise main, un proverbe tunisien affirme que :
من يمدّ يدّو للبوس٬ يقدم على القتل وقصّ الروس

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