C’est vrai, il nous faudrait un Molière !

C’est vrai, il nous faudrait un Molière !

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Crédit photo : Hatem Bourial

Longue promenade à Paris. Puis au détour d’une rue, je me retrouve devant un superbe monument dédié au grand Molière.

L’édifice est une fontaine qui se trouve à quelques pas de la maison où vécut Molière, à la rue Richelieu. Cela me renvoie à Tunis, précisément à la rue Molière qui se trouve toujours à Montfleury.

Nous sommes dans l’enchevêtrement des rues du premier arrondissement de la capitale française et ici, Molière est à toutes les sauces. Ici un hôtel Molière, là une droguerie Molière, d’autres marchands du temple sont dans les parages, parmi lesquels une improbable Boutique de l’imposture qui vend des revêtements muraux en trompe l’œil et des accessoires décalés.

En fait, nous sommes en plein cœur du quartier où se trouvent le Louvre, le Palais Royal, la Comédie française et l’Opéra. Tout ici respire la culture et l’histoire.

Je me rapproche de la fontaine Molière créée par l’architecte Visconti en 1844. Je ne peux qu’imaginer le Molière triomphant des Précieuses Ridicules, celui qui multipliait les audaces et naviguait d’un scandale à l’autre après les représentations de ses œuvres.

Je me souviens aussi du Molière que nous suivions avec passion sur les bancs de l’école. Celui dont nous apprenions les répliques par cœur sur les petits fascicules des collections Larousse ou Bordas.

C’était le Molière incontournable, celui du Bourgeois Gentilhomme, des Fourberies de Scapin ou encore de l’Avare et du Misanthrope.

Les images défilent sous mes yeux, font remonter la mémoire de l’Illustre Théâtre et de ses interminables tournées en province. Au fond, ma vie, toute ma vie est inséparable du théâtre de Molière, de ces premières joies de la scène et aussi des éclats de rire ironiques qui se jouaient des conventions de l’époque.

Crédit photo : Hatem Bourial

Ce pèlerinage à la fontaine est bel et bien une manière de remonter le temps. Le temps de Molière, ce qui me projette au dix-septième siècle. Mon temps propre, celui passé à la lecture de Molière et aux rêves de théâtre.

Je revois alors le Molière épuisé qui, le 17 février 1673, finit par tirer sa révérence après la quatrième du Malade imaginaire. Je revois le Molière iconoclaste du Tartuffe, de Don Juan ou de l’Ecole des Femmes. Rétrospectivement, je retrouve aussi le Molière saisi à vingt ans par les démons du théâtre qui ne le quitteront que sur son lit de mort.

La fontaine Molière me parle, me retient, me regarde. Je ne peux me retenir de penser qu’il nous faudrait un Molière mais que nous n’avons que quelques guignols qui se sont depuis longtemps noyé entre poncifs et clichés.

Quelques pas encore… Je remonte maintenant la rue Molière dont l’issue ne va plus tarder à mettre un terme à cette rêverie d’un jour parisien.

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