La rentrée politique s’annonce chaud bouillante !

La rentrée politique s’annonce chaud bouillante !

Par - Tunis-Hebdo
Youssef Chahed est devenu l’épicentre de la bataille politique en Tunisie
Un nouveau bloc parlementaire, favorable à Youssef Chahed, vient de voir le jour, alors que le Conseil de la Choura du mouvement Ennahdha a conditionné son soutien au chef du gouvernement par son abstention à se présenter aux élections de 2019. Entre-temps, la centrale syndicale continue sa chasse aux sorcières contre le gouvernement et Nidaa Tounes s’est divisé entre pro et anti Youssef Chahed.

La rentrée politique s’annonce chaud bouillante, surtout que les échéances électorales de 2019 approchent à grands-pas. Youssef Chahed semble travailler en amont pour consolider davantage sa place à la tête du gouvernement, tout en renforçant ses rangs pour une éventuelle candidature en 2019.

Rebondissements parlementaires

Des députés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) ont annoncé la création d’un nouveau bloc parlementaire la “Coalition nationale”. Le bloc regroupe 34 députés, à savoir des indépendants, des démissionnaires de groupes parlementaires des mouvements Machrouû Tounes et Nidaa Tounes ainsi que des députés du bloc de l’Union patriotique libre.

Mustapha Ben Ahmed, député et porte-parole du bloc de la Coalition nationale, a déclaré que l’objectif de cette initiative est de « tenter de surmonter les obstacles entravant le processus de la réforme aux plans législatif et exécutif, les projets de loi ainsi que la poursuite de la lutte contre la corruption ». La Coalition nationale vise, selon lui, à « parachever l’instauration des institutions constitutionnelles, accélérer l’élection des membres de la Cour constitutionnelle et le règlement de la situation de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) ».

Pour sa part, le député Tarak Ftiti de l’UPL, a tenu à souligner que la Coalition nationale n’a aucun lien avec le chef du gouvernement, Youssef Chahed, précisant que la création de celle-ci avait uniquement pour but d’améliorer le rendement de l’action parlementaire et conférer au parlement davantage d’efficacité. Par contre, certains affirment qu’il s’agit bel et bien d’un bloc parlementaire « favorable à Chahed » et qui pourra se transformer en « son propre bloc à l’ARP » s’il décide de créer son propre parti politique.

Ennahdha hausse le ton

« Nous sommes avec la continuité de ce gouvernement et à sa tête Youssef Chahed, mais à condition qu’il se consacre aux réformes économiques et sociales, la lutte contre la corruption ainsi que la préparation de la prochaine Loi de finances et des conditions de réussite de la prochaine élection présidentielle ». C’est ce qu’a déclaré le président du Conseil de la Choura du mouvement Ennahdha, Abdelkarim Harouni.

Et de poursuivre : « Si Youssef Chahed accepte cette condition, nous le soutiendrons. Sinon, s’il a un programme pour se présenter aux élections législatives ou à la présidentielle, c’est son droit, mais il devra démissionner pour ne pas impliquer le travail gouvernemental dans la compétition électorale».

« Nous sommes pour la stabilité du gouvernement et avec un remaniement pour que le pays ne reste pas dans l’attente et que ce dossier soit classé. Nous sommes également pour que Youssef Chahed reste à la tête du gouvernement, mais que les choses soient claires : ce gouvernement doit s’occuper exclusivement des affaires du pays, du dossier économique et de la lutte contre la corruption.

Si ce gouvernement est prêt à s’occuper exclusivement de cette mission, nous sommes pour qu’il reste. S’il ambitionne de se présenter aux élections, nous pensons qu’il vaut mieux séparer ces deux missions pour qu’il n’y ait pas de confusion entre sa responsabilité gouvernementale et son droit à se présenter aux prochaines élections », a-t-il expliqué.

Le message d’Ennahdha est clair, net et précis : si Youssef Chahed veut profiter encore du soutien du parti face à ses détracteurs, il doit annoncer publiquement qu’il ne se présentera pas aux élections de 2019. Même avec le nouveau bloc parlementaire qui lui est favorables, Chahed aura toujours besoin du soutien d’Ennahdha s’il sera obligé de passer devant le Parlement pour le renouvellement de confiance.

Nidaa Tounes réplique

Le président du bloc parlementaire de Nidaa Tounes, Sofiène Toubel, a critiqué la décision du conseil de la Choura d’Ennahdha conditionnant le soutien du parti au chef du gouvernement Youssef Chahed et l’appelant à ne pas se présenter aux prochaines élections.

Il a indiqué que « la vente conditionnée est interdite en Tunisie et punie par la loi ». Et d’expliquer : «ce qui s’est passé lors du conseil de la Choura d’Ennahdha est un soutien conditionné au gouvernement Chahed. Bien sûr, chaque parti a le droit de penser à son intérêt, mais une telle décision devait venir de Nidaa Tounes et non d’Ennhadha».

Il a estimé que le parti islamiste est en train d’ouvrir la voie pour son candidat : «Normalement Ennahdha ne peut pas prendre cette décision, Chahed est le poulain de Nidaa et cette décision est celle de Nidaa. Chahed a le droit de se présenter et ceci est une décision à étudier et à discuter au sein de Nidaa Tounes et non pas au sein du conseil de la Choura d’Ennahdha ».

L’UGTT veut la tête de Chahed

« Nous n’avons pas peur de Youssef Chahed dont la guerre imaginaire contre la corruption, a été portée par les médias et a été vendue à coup de “propagande”, a déclaré Noureddine Taboubi. « Notre position vis-à-vis du chef du gouvernement et du gouvernement n’a pas été prise par plaisir ou à des fins personnelles”, a-t-il expliqué. Pour lui, le gouvernement n’est pas focalisé sur le projet gouvernemental et social, et cela est prouvé par les différents classements internationaux de la Tunisie.

Norueddine Taboubi préconise ainsi de changer ce gouvernement par un gouvernement de compétences, qui peut-être politique. Mais si les partis politiques ont perdu leurs compétences, alors il y a de nombreuses compétences nationales qui sont prêtes et qui peuvent former un gouvernement restreint pour nous porter jusqu’aux prochaines élections présidentielles.

Interrogé sur l’implication présumée de certains cadres de l’UGTT dans des affaires de corruption, Noureddine Taboubi a indiqué que le chef du gouvernement « serait derrière ces allégations ». Lors de sa visite à Tozeur, Taboubi a annoncé que la centrale syndicale soutient le secteur public et n’est pas d’accord avec la stratégie du gouvernement. Il a également accusé le gouvernement de vouloir affaiblir le secteur public, et que l’alternative de la grève générale n’est pas à écarter.

Meher KACEM
Tunis-Hebdo du 03/09/2018

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