L’homophobie reflète le mépris des femmes !

L’homophobie reflète le mépris des femmes !

Par - Tunis-Hebdo
C’est l’un des sujets les plus tabous et les plus controversés qui existent. Pourtant, l’homosexualité ne date pas d’hier. Dans la Grèce antique et le Japon du Moyen Age, elle symbolisait la virilité absolue. Mais depuis l’apogée du monothéisme et l’expansion de ses trois religions, l’amour du même sexe a été sévèrement condamné et réprimé. Après des siècles de silence et une certaine prise de conscience, l’homosexualité revient au cœur du débat sociopolitique des pays du globe, avec des approches différentes selon les cultures et les traditions. Mais au fait, d’où vient cette orientation sexuelle et pourquoi attise-t-elle tant de haine ?

Avant d’aller trop vite en besogne, il est nécessaire de rappeler que l’homosexualité est une attirance sentimentale ou sexuelle pour une personne du même sexe. Lorsqu’il atteint le stade de la puberté, l’enfant est envahi par un bouillon d’hormones qui vont définir son identité sexuelle. Ce processus physiologique se caractérise par le développement des organes sexuels, une augmentation progressive de la libido et une attirance, dans la plupart des cas, pour le sexe opposé.

A partir du moment où notre orientation sexuelle dépend de facteurs hormonaux relatifs à notre code génétique, on sait d’ores et déjà si l’on est hétéro ou homosexuel. Nul besoin de se remettre en question si ce n’est dans le cas des homosexuels refoulés qui n’arrivent pas à faire face aux pressions sociales et familiales. Ces personnes vont, alors, tenter de s’auto convaincre qu’elles sont hétérosexuelles alors qu’elles ne le sont pas. Remarquez qu’il n’existe pas de contraire au Coming out, à savoir, révéler publiquement son hétérosexualité.

Aux origines de l’homosexualité

On entend souvent dire rageusement, que l’homosexualité est contraire à la nature, que c’est un péché et que c’est une maladie grave. Ces accusations et constats sans fondements scientifiques, ni religieux sont imbibés d’une certaine mauvaise foi et d’une peur injustifiée. Car si ces gens-là sont effectivement malades, pourquoi les rejeter, ou pire encore, les condamner à croupir en prison ?

On ne peut reprocher à quelqu’un de souffrir. Soit on l’accompagne, soit on l’aide à guérir ! Cependant, comme il est dit précédemment, l’homosexualité n’est en aucun cas une maladie, car les homosexuels, au même titre que les hétérosexuels, ne souffrent pas de leur orientation. Mieux encore, d’après l’ouvrage « Passion animale » de F. Lewino, publié chez Grasset en 2006, on retrouve ce phénomène chez les animaux vivant en groupe ou en meute, tels que les bonobos, les lions et les dauphins.

Ce comportement sexuel apparaît lorsque le groupe ou la meute ne trouve plus assez de nourriture. Les animaux vont donc développer une attirance pour un partenaire du même sexe afin de limiter la procréation. L’homosexualité est donc un système de régulation démographique naturel ! Plus il y a de gens à nourrir, plus il y aura d’homosexuels pour réguler les naissances. D’après un rapport de l’ONU publié en 2011, 10% de la population mondiale seraient homosexuels. Et la religion dans tout ça ?

Que dit l’Islam ?

L’homosexualité a toujours attiré la foudre des religieux. Dans les pays imprégnés par la religion musulmane, elle est considérée comme un péché grave punissable par la peine de mort. Mais si l’on se réfère au Coran, il n’existe, au final, que quatre péchés : l’inceste (سفاح القربى), la consommation d’alcool (الخمر) et de viande porcine (لحم الخنزير), le prêt usurier (الربا) et le fait d’associer Dieu à quelqu’un ou quelque chose (الشركة).

Dans la sourate 26 (versets 165 et 166), il est fait référence au peuple de Loth et à leurs pratiques sexuelles : « Accomplissez-vous l’acte charnel avec les mâles de ce monde » (أَتَأْتُونَ الذُّكْرَانَ مِنَ الْعَالَمِينَ), « et délaissez-vous les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? Mais vous n’êtes que des gens transgresseurs » (وَتَذَرُونَ مَا خَلَقَ لَكُمْ رَبُّكُم مِّنْ أَزْوَاجِكُم بَلْ أَنتُمْ قَوْمٌ عَادُونَ). Ces écrits ne condamnent pas l’homosexualité mais bien la sodomie. Car il n’est pas question, dans aucun Livre sacré que ce soit, de l’homosexualité féminine, ni de l’amour d’un homme pour un autre homme.

L’article 230 du code pénal Tunisien s’appuie sur les versets coraniques et condamne littéralement la sodomie à 3 ans de prison et à 300.000 dinars d’amendes, sauf que les forces de l’ordre arrêtent illégalement et seulement les hommes homosexuels sur la base de suppositions et sans preuves formelles de l’acte sexuel.

Or, d’après l’étude de Hamdi et al., (2017) publiée dans « The British journal of sociology », beaucoup d’homosexuels tunisiens ne pratiquent pas, pour des raisons religieuses et personnelles, la pénétration anale. Le véritable « dégoût » qu’il y a envers la communauté gay dans les pays musulmans vient du fait que la pénétration anale transforme l’homme, le mâle viril, en une sorte de femelle soumise.

Peur et sexisme

Contrairement aux idées reçues, beaucoup d’hommes hétérosexuels apprécient la pénétration anale car la prostate est une très forte zone érogène. D’après le docteur Gérard Leleu, sexologue et auteur de « L’Homme (nouveau) expliqué aux femmes » (Leduc, 2012), les cellules qui composent la paroi vaginale des femmes et qui sont sources de plaisir durant l’acte, sont les mêmes qui composent la prostate chez l’homme.

En d’autres termes, la sodomie est censée procurer plus de plaisir à l’homme qu’à la femme. C’est justement cette peur d’éprouver du plaisir par l’anus qui effraient beaucoup d’hommes dont la plupart sont homophobes. En fin de compte, l’homosexualité féminine ne dérange que peu de gens car il ne peut y avoir, en théorie, aucune pénétration. La véritable source du problème vient du fait que les homosexuels sont assimilés à des efféminés et par conséquent, ont des traits « honteusement » féminins.

Cela nous montre à quel point les hommes d’aujourd’hui ont du mépris vis-à-vis des femmes. Cerise sur le gâteau, d’après l’étude de Harris (2002) publiée dans « Psychological science », les hommes sont plus enclins à pardonner à leurs épouses si elles les trompent avec une autre femme.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 03/09/2018

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