Selon l’ODC, 55% des ménages n’achèteront pas de mouton !

L’Aïd El Kébir approche à grands pas pour les Musulmans du monde entier. En Tunisie, cet événement suscite l’enthousiasme au même titre que l’angoisse des dépenses financières qui lui sont associées. 

Bien que le prix des denrées alimentaires ait explosé au cours de ces six dernières années, nos marchés ne désemplissent pas. Nos concitoyens ne regardent, généralement, pas vers la dépense quand il s’agit de se nourrir malgré la nouvelle tendance à acheter les aliments par pièce plutôt qu’au kilogramme (kg). Crise économique et baisse du pouvoir d’achat obligent !

À l’occasion de l’Aïd El Kébir qui aura, vraisemblablement, lieu le mardi 21 août, les Tunisiens sont partagés entre l’idée d’acheter un mouton onéreux ou une quantité symbolique de viandes de chez le boucher. D’après l’annonce faite par le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, 1,3 million de moutons seront mis en vente cette année sans qu’aucun d’entre eux n’ait été importé. Un nombre suffisant pour contenter l’ensemble de la population. Ces dispositions ont été prises selon les conditions émises par le ministère de l’Agriculture, le Groupement interprofessionnel des viandes rouges et du lait (GIVLAIT) et les professionnels de l’élevage.

Concernant le prix des bêtes, Karim Daoud, président du Syndicat national des agriculteurs de Tunisie (SYNAGRI), a fait savoir que les ventes se feront sur la base de 11,000 dinars le kilo pour les animaux de moins de 40 kg et de 10,500 dinars le kilo pour les animaux de plus de 40 kg. Nonobstant l’inflation, ces tarifs sont les mêmes que ceux de l’année dernière. Dans ce contexte, M. Daoud a tenu à saluer les éleveurs et les agriculteurs qui ont contribué au maintien des prix malgré un revenu qui n’est pas à la hauteur de leur labeur.

Au niveau des marchés aux bestiaux du côté de l’Ariana, des centaines de curieux et de potentiels acheteurs sont venus se renseigner sur les prix qui vont de 300 à 840 dinars la tête. Un des bergers possédait même une balance de fortune pour peser les animaux selon la demande du client. Quelques mètres plus loin, un boucher vendait de la viande d’agneau à 25,000 dinars le kilo et les abats (cœur, foie, reins) à 26,500 dinars le kilo. Un prix tout à fait raisonnable, selon lui, puisqu’il s’agit là d’une viande entièrement nettoyée et prête à la consommation : « Les gens nous traitent de voleurs lorsqu’ils voient qu’un mouton coûte 11,000 dinars le kilo alors que nous vendons le kilo à 25,000 dinars. Mais ils oublient qu’en achetant le mouton à ce prix là, ils achètent également sa peau, son squelette, ses nerfs et tout ce qui ne se mange pas, » a-t-il ajouté.

D’après les premières estimations de l’Organisation tunisienne de défense du consommateur (ODC), 55% des familles tunisiennes n’achèteront pas de mouton cette année.

Malgré la pluie qui a fait son irruption en milieu d’après-midi et l’humidité ambiante, les ventes se sont déroulées dans une atmosphère décontractée, conviviale et sous le regard avisé des autorités responsables, à l’affût de la moindre escroquerie.

Mohamed Habib LADJIMI

Tunis-Hebdo du 13/08/2018

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