Divorce à la Tunisienne

Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna, professeur de français

Le divorce est en passe de devenir le passe-temps favori des Tunisiens. Si le nombre des mariages recule, celui des divorces explose.

Dans notre pays, 17% des mariages finissent par un divorce (soit un mariage sur six) selon une récente étude réalisée par l’Institut national de la statistique (INS). La même source dévoile que le gouvernorat de Tunis occupe la première place avec 49.426 cas (1,51 à 2,2%).

Au deuxième rang s’affichent les gouvernorats de Kasserine, Le Kef, Gafsa, Tozeur, Kébili, Ben Arous et l’Ariana avec 1,21 à 1,5% de divorcés. En troisième position, figurent les gouvernorats de Tataouine, Médenine, Nabeul, Sfax et Monastir avec un taux de 1,1 à 1,2% de couples séparés.

Ces «performances de haut vol» placent la Tunisie au 4e rang mondial en matière de taux de divorce ! On pourra donc se demander quels sont les principaux motifs de rupture sous nos cieux.

L’infidélité vient en premier. Bien que les Tunisiens soient atteints du «syndrome du cœur d’artichaut», ils ont du mal à passer l’éponge sur la tromperie. N’en déplaise à M. A. Chebbi, l’adultère est vécu, par nos compatriotes, comme un traumatisme, comme «un coup de poignard dans le dos».

Viennent ensuite les comportements abusifs. Il va sans dire que, chez les femmes tunisiennes, le niveau d’exigence à l’égard du conjoint a tendance à augmenter. Emancipées socialement et indépendantes financièrement, elles n’hésitent pas à balancer un partenaire trop égoïste, trop jaloux, trop envahissant, trop violent, etc.

Ah ! J’allais oublier les beaux-parents ! C’est un sujet de dispute classique dans le couple tunisien. Trop indiscrets, trop critiques, trop cassants, les beaux-pères et les belles-mères asphyxient le couple et provoquent des ruptures souvent compliquées. Nombreux sont les beaux-parents qui, juste après la «Révolution» (la Révélation ?), ont exigé que leurs brus portent le voile intégral et que leurs gendres se mettent à apprendre les 60 parties du Coran !

Enfin, il existe un autre motif de rupture dont on parle si peu, à savoir la stérilité. D’après l’INS, 15% des couples en Tunisie souffrent d’infertilité. C’est une autre paire de manches !

Force est de réaliser que nos concitoyens ont contracté l’habitude de divorcer (comme celle de changer de téléphone portable) et qu’ils ne sont pas près de s’arrêter. Entre 1997 et 2017, le nombre de divorces prononcés a augmenté de 70%. Un chiffre qui se passe de tout commentaire.

Les séquelles psychologiques de ces échecs amoureux (notamment chez les enfants) sont loin de dissuader les Tunisiens qui semblent trouver un malin plaisir à se rendre à la municipalité en été et à passer devant le juge en hiver.

Tunisiens de tous les gouvernorats, unissez-vous ! Jusqu’à ce que le juge vous sépare !

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