Ciel voilé, cafés voilés, consciences voilées

C’est un jour comme un autre en ce mois de Ramadan qui touche à sa fin. Encore une semaine et nous passerons à autre chose: d’autres débats futiles, d’autres indignations sélectives et d’autres polémiques stériles.

Autour de nous, les voiles sont partout. Les plus visibles sont ceux des femmes en tchador noir à l’iranienne qui jurent avec la liberté et la vie. Partout des voiles de deuil, ce qui sied bien à la longue agonie d’un pays moribond.

D’autres voiles, en carton, en papier journal et en papiers de toutes sortes recouvrent les accès aux cafés, relégués en espaces pour pestiférés, tolérés dans la cité des faux dévots à condition qu’ils se cachent derrière ces voiles aussi dérisoires que faussement respectueux de la domination des bigots sur les autres.

Même le ciel de juin est voilé, ce qui recouvre d’une chape de plomb ardent tout un pays et, au fond, va dans le sens de cette histoire à reculons que les voleurs de la révolution et leurs complices cherchent à nous imposer.

Et comme nous avons honte de nous, nous ne nous contentons pas de nous voiler la face mais poussons la forfaiture jusqu’à nous voiler la conscience. Pour ceux qui jeûnent et s’empiffrent le soir, les apparences sont sauves et la détresse d’autrui irrémédiablement ignorée. Pour ceux qui parlent de liberté de conscience, ils ne le font jamais jusqu’au bout et en sont ainsi réduits à se voiler la langue.

Dans ce pays des voiles réels et virtuels, on continue à mourir sous un soleil qui dévoile misère et malaise; on continue à fuir l’enfer que nous promettent les frères musulmans et cette Europe munichoise qui n’en est pas à une trahison près; on continue à dépérir avec désormais le droit de le hurler jusqu’à la mort.

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