A 14 ans, ce Tunisien mène un projet éducatif avec des puissances mondiales !

Amir Fehri

A 14 ans, Amir Fehir, un Tunisien installé en France, ayant aussi la nationalité française,  est sans doute l’un des jeunes profils les plus prometteurs. Pour cause, à cet âge, il a en poche vingt-cinq prix littéraires et scientifiques, plusieurs ouvrages et écrits publiés et un projet éducatif qu’il est en train de mener avec des puissances mondiales comme les Etats-Unis et l’Allemagne et des organisations internationales comme l’UNICEF.

Scolarisé en classe de seconde avec deux ans d’avance, il a publié son premier livre à l’âge de 12 ans.  En effet, son livre « Les contes de Meer » publié en avril 2016 est déjà multi-récompensé et les lecteurs attendent avec impatience la suite.

Aujourd’hui, le prodige de la littérature se concentre sur son projet éducatif qu’il mène avec des puissances mondiales au profit des enfants démunis. Cette interview revient sur le parcours hors normes de ce jeune tunisien. Amir Ferhi…. Retenez-bien ce nom !

Vous avez remporté plusieurs Prix à un âge très jeune en Tunisie comme en France, est-ce seulement un talent, ou c’est plutôt le fruit d’un travail laborieux ?

Je pense qu’il s’agit du fruit d’un travail d’observation que j’ai fait durant plusieurs années insciemment. À la fin du XIXe siècle, Zola prenait son bloc-notes et notait tout ce qui se passait dans la vie tel un enquêteur. Les différents évènements que j’ai vécus en Tunisie et à l’étranger m’ont donné une expérience qui a parfois créé chez-moi un sentiment de joie et de bonheur, d’autres fois moins ; et j’ai souhaité donner vie à ces sentiments en les faisant naitre dans l’âme de Martin Oisillon, mon héros. A ce moment là, j’ai tout de suite ressenti une aise dans l’écriture et j’ai réussi à couler mes mots dans la fontaine de la littérature.

Aujourd’hui, je réunis vingt-cinq prix littéraires et scientifiques. Je viens d’ailleurs de recevoir avant-hier le Prix International Encres Vives de la Nouvelle. J’aime toujours participer aux concours qui me permettent de me comparer aux autres tout en développant un esprit de compétitivité.

Vous avez publié un premier ouvrage « Les Contes de la Meer » à l’âge de 13 ans, pour lequel vous étiez félicité par l’ex-président français, François Hollande. Comment vous décrivez cette expérience, parlez nous davantage de cet ouvrage ?

En fait, j’ai publié mon premier livre en Tunisie ; ma terre natale. C’était un ouvrage qui englobait l’ensemble de mes anciens récits primés. J’avais décidé de passer à l’édition afin que Martin Oisillon puisse être un citoyen de plein droit et vivre toutes ses aventures. Je voulais donner de l’air à mon héros afin qu’il puisse respirer : je voulais qu’il ait un long chemin devant lui afin de diffuser ses messages de paix et d’amour pour l’univers qui l’entoure. C’est un être pensant qui interagit en permanence avec le monde qui l’entoure ; j’imaginais que ses pensées pouvaient servir d’outil de réflexion pour les jeunes de ce monde. Mais de là à en venir à recevoir les félicitations de l’ex président français, c’était incroyable ! En lisant le courrier de M. François Hollande, j’ai crié très fort (de joie) dans la maison en me plongeant dans les bras de mes parents, les yeux embués de larme. C’était juste magique de voir que l’héros que j’avais crée avait réussi grâce à son innocence, à susciter l’intérêt de l’Élysée. Depuis, je suis resté en contact permanent avec M. François Hollande et j’en suis plus que fier. Sous le nouveau quinquennat, je me suis rendu à l’Élysée à deux reprises notamment pour une soirée-dîner avec M. Emmanuel Macron. À chacune de ces rencontres, je pense à m’exprimer au nom des jeunes que j’ai rencontrés en faisant parvenir les messages qu’ils ont dans le cœur.

Dans vos différents ouvrages l’imagination est bien présente. Est-ce une manière de fuir une réalité ou une sorte de représentation de faits réels ?

Tout le monde est fasciné par le monde de l’imaginaire car tous les coups y sont permis. Mais au delà de cela, ce fabuleux univers possède une porte magique que ne peuvent franchir que celles et ceux qui en connaissent le code secret : savoir que le mot « fin » n’existe jamais. On peut donner vie à quelqu’un qui l’a perdue ou encore réveiller une personne d’un coma ayant duré un siècle… Dans l’imaginaire, fuyons la réalité pour satisfaire nos désirs personnels !

Toutefois certes, il est beau de s’imaginer le monde en paix mais je pense aussi qu’il faut être réaliste. J’ai ainsi décidé de mêler l’imaginaire aux véritables défis de la vie quotidienne. À travers mes récits, Martin Oisillon est confronté à des problèmes financiers (ex : au Pays des Rochers Blancs), au chômage, à la xénophobie, à la violence, à la haine etc. Mais il réussit toujours à trouver la solution grâce à la seule et unique règle que je vous ai énoncée tout à l’heure : celle qui dit que le mot « fin » ne doit pas exister. Mon objectif est donc d’utiliser l’imaginaire afin de faire réfléchir et questionner le lecteur ; je reproduis la réalité après en avoir ôté les tristes issues.

Abordant votre ambitieux projet portant sur l’éducation. Résumez-nous ce projet tout en soulignant ses principaux points forts.

Je travaille actuellement avec l’UNICEF et l’ONG Save the Children pour traduire mes deux ouvrages publiés en langues étrangères. Les droits d’auteurs seraient ensuite partiellement versés pour la construction d’établissements scolaires aux enfants n’ayant pas la chance d’aller à l’école dans le monde (ex : dans les pays en guerre). C’est un sujet important qui devrait attirer l’attention de tous.

Einstein avait dit que l’éducation « ne se définissait pas uniquement par l’apprentissage scolaire mais aussi par l’ensemble de l’héritage culturel relayé par les parents à l’enfant ». Nous voyons donc que le milieu dans lequel grandit l’enfant a une influence directe sur son éducation ; la manière dont ses parents lui transmettent les savoirs a des conséquences importantes sur son avenir. Cela crée de grandes inégalités et c’est d’ailleurs pourquoi le Président Macron souhaite abaisser l’âge de la scolarité obligatoire de 6 à 3 ans en France. Mais malheureusement il existe des pays où les enfants ne peuvent même pas être sur les bancs de l’école. Ces enfants ne peuvent pas s’épanouir, acquérir des connaissances, développer leur identité, leur langue et leur culture. Ces enfants sont très nombreux ; 121 millions selon le dernier rapport de l’UNICEF.

On voit souvent des jeunes traverser une quarantaine de kilomètres pour rejoindre leur établissement scolaire, sans moyen de transport au préalable. Cela est inacceptable. Nous souhaitons financer la construction d’écoles, collèges et lycées dans ces régions là. Aussi, nous voulons transmettre aux équipes enseignantes qui en ont besoin, tous les moyens technologiques leur permettant de réellement transmettre le savoir aux générations futures. Ceci est un premier pilier pour lequel nous nous engageons.

Vous mettez en place ce projet en collaboration avec des forces mondiales comme les USA, l’Allemagne ou la France, que signifie cela pour vous ?

Je travaille actuellement avec la France, les USA, l’Allemagne, l’Irak et le Canada pour ce projet. Parmi ces pays figurent de nombreuses grandes puissances. Cela est un point essentiel à mes yeux car il permet de faire rayonner les idées que nous défendons à travers le monde en influençant plusieurs tierces nations. Je souhaite que ce projet ait un impact considérable sur ces nations et que celles-ci les prennent en compte dans leur propre diplomatie et décisions en matière d’éducation. Le softpower des grandes puissances est suffisant pour porter loin des convictions sincères. Mon premier objectif reste toujours que les enfants en danger soient réfugiés ; le non-accès à l’éducation est un danger.

Le non-accès à l’éducation dans certaines régions du monde semble être un sujet intéressant pour vous. D’où vient cet intérêt ?`

C’est l’éducation que j’ai eue qui m’a permis d’arriver aujourd’hui au stade où je suis. Sans cette éducation, ma voix n’aurait eu aucun impact sur qui que ce soit. Mon expérience m’a permis de mesurer le poids et l’importance de l’éducation ; je refuse que des personnes en soient privées. Un jour, au collège, alors que je notais une dictée, je lus une phrase grattée sur ma table si j’avais su que la vie était si belle, je ne me serais jamais conduit comme un idiot à l’école ; ne gâchez pas votre chance à votre tour. Ces mots m’ont beaucoup marqué ; ils ont été un début à mon engagement.

J’ai aussi visité plusieurs pays en guerre ; j’ai été à Bagdad sous les bombes. J’ai vu de mes propres yeux combien la situation était grave. J’ai vu des enfants travailler à l’âge de six ans comme des forgerons ou des plombiers ; j’ai vu qu’on les maltraitait. Un de ces enfants m’a regardé droit dans les yeux avec une larme qui s’écoulait. Ça m’a marqué à jamais.

Comment vous jugez la situation de l’éducation en Tunisie ? Comment peut-on l’améliorer ?

Je suis moi-même issu de l’école tunisienne. J’ai quitté mon cher pays ; la Tunisie il y a deux ans, à l’âge de douze ans. J’aime beaucoup le système de l’éducation tunisien ; il m’a permis d’aller très loin. Les programmes sont difficiles depuis la plus jeune classe. À mes yeux, cela conduit l’élève à avoir une identité forte puisqu’il est poussé à attaquer des notions compliquées et à ainsi faire preuve de sérieux et de courage. Le système tunisien ouvre les portes à un avenir très prometteur.

Toutefois, et je l’ai souligné lors de ma récente visite au Ministère de l’Éducation de Tunisie, je souhaiterais que la violence physique exercée par certains instituteurs dans les écoles cesse d’exister. Entre 2010 et 2013, je me sentais obliger d’assister à des cours particuliers faute de quoi mes maîtres et maîtresses me menaçaient de coups et d’insultes avec un bâton qu’ils nommaient « massouda ». Je voyais des enfants chaque jour roués de coups, pleurant à sanglots. Cela m’a beaucoup touché. Les enfants souffrant de ce problème prieraient les adultes d’être à leur écoute. Heureusement, la situation s’améliore aujourd’hui.

Avez-vous déjà collaboré avec des parties officielles tunisiennes ? Avez-vous présenté ce projet en Tunisie ? Si oui, comment vous jugez la réaction de ces parties ?

Bien sûr que j’ai collaboré avec les autorités tunisiennes ; je suis toujours fier et heureux d’informer mon pays de mes activités. J’aime remplir mes poumons de l’odorat du pays du jasmin et du printemps arabe. Ma nation est ce que j’ai de plus cher au monde. Je serai très prochainement en Tunisie afin de rencontrer S.E M. le Président de la République.

J’ai noté une très bonne réaction des parties officielles tunisiennes. J’ai déjà été au Palais de Carthage ; j’ai beaucoup aimé l’accueil que j’ai reçu et surtout l’accueil qui a été réservé à mes idées. Je n’en doutais pas un seul instant. J’espère que notre travail sera fructueux.

A cet âge vous parvenez à réaliser un parcours extraordinaire. Quels sont vos prochains objectifs et ambitions ?

Je vous remercie beaucoup. Lorsque j’ai été représentant de la francophonie aux Etats-Unis en mars 2018, j’ai eu la chance de m’exprimer au prestigieux Lycée Français de Los Angeles. Une élève m’a dit une phrase qui est restée gravée dans ma mémoire : une seule voix peut faire plus de bruit que toute une foule, une seule voix peut changer le monde. Je souhaite que tous les enfants de l’univers puissent bénéficier de cette voix et exprimer ce qui comble leur cœur. J’ai été chargé de plusieurs missions autour de la francophonie dans différents pays (Indonésie, Singapour, Vietnam, Hong Kong, Turquie…), mais jamais je n’ai été touché au plus profond de moi-même tel que ça a été le cas ce jour là.

En littérature, mon troisième ouvrage Les Contes de Meer Tome 3 est actuellement sous-presse. Un roman en trois tomes L’Aventure est en cours d’écriture. Il reprend les aventures de Charles Ruisselles, l’enfant de Martin Oisillon. Je prépare également une pièce de théâtre. J’aime beaucoup l’art de la rhétorique. Lorsque j’ai été au Lycée Gustave Flaubert de La Marsa, on m’a invité à jouer Sganarelle dans le Médecin Malgré Lui de Molière. Je ne m’étais jamais produit auparavant sur scène et à ma grande surprise, mon interprétation avait eu un large succès ! J’en suis toujours très ému et je souhaite continuer.

Le Palais de Carthage m’a proposé à ce que mes ouvrages soient traduits en arabe ; j’en serais plus qu’heureux. Je souhaite que mes compatriotes puissent feuilleter mes ouvrages dans ma langue maternelle ; c’est un rêve.

Quel message pouvez-vous transmettre aux jeunes tunisiens ?

Quelque part dans le chemin que j’ai pris, j’ai saisi une leçon à laquelle je ne m’attendais pas. Je veux soulever aujourd’hui une question beaucoup plus importante que moi ou n’importe quel point de notre législation ; une question qui devrait être de la plus haute importance pour chacun des jeunes tunisiens. En 2013, alors que j’étais dans l’école Mégrine-Côteaux, j’ai été accusé à tort d’avoir insulté ma professeur de français. En conséquence, le directeur est entré dans ma classe tel un fou furieux. Il m’a interpellé en m’humiliant devant tous mes amis avec un discours ponctué d’insultes méprisantes et dégradantes que je ne peux même pas répéter. J’avais neuf ans et j’ai eu la réaction « la plus normale ». J’ai éclaté en pleurs et j’ai eu les poumons bloqués, ne pouvant plus respirer. Je n’avais pas dit que l’accusation était erronée, je n’avais pas rétorqué. J’étais resté assis et j’avais assisté au massacre sans bouger… j’avais laissé faire. À aucun moment, je ne m’étais impliqué ; j’avais oublié de faire entendre ma voix, j’avais oublié de croire en moi-même. Maintenant j’ai compris la leçon, j’ai compris que si l’on ne faisait pas entendre notre voix ou si on laissait quelqu’un d’autre la dénaturer, alors nous détruirions nous-même notre avenir.

Donc parlez haut et fort enfants de la patrie, parlez haut et fort mes chers amis, parlez haut et fort ! Faîtes entendre votre voix ! Et n’oubliez pas que nous sommes tous nés en prononçant les mêmes mots : papa et maman. Nous sommes tous nés égaux ! Dès lors que nous avons exprimé notre voix, allons le plus loin possible ! Gravissons les échelons du monde socio-culturel et allons où notre cœur nous pousse à partir, faisons tout pour y arriver ! Notre Tunisie a besoin de nous !

Quel métier envisagez vous de faire dans le futur ?

J’ai un amour fou pour les sciences et les mathématiques. J’ai d’ailleurs eu à trois reprises les Premiers Prix du Concours de la Course aux Nombres (organisé par l’AEFE). Je souhaite devenir chirurgien cardiaque. Je pense qu’en guérissant des personnes nous faisons parvenir les mêmes messages d’amour et d’amitié qu’en littérature. J’aime aider les autres ; Martin Oisillon l’a déjà fait, c’est mon tour à moi ! Je ne devrais pas rester en croisant les bras, non !

Je garderai toujours la littérature comme une passion. Je continuerai aussi à faire de la natation en compétition, chose que je fais depuis l’âge de trois ans. Je prépare d’ailleurs les Championnats de France Junior qui auront lieu prochainement.

Vous vous considérez comme Tunisien, Français ou binational ?

Je me considère comme un citoyen du monde. Nous étions toutes et tous frères et sœurs à la création de la terre.  [pull_quote_center]je ne cesse de penser à la Tunisie à chaque instant de ma vie. Mon cœur s’ouvre à chaque fois que je foule le sol de ma chère nation[/pull_quote_center].

Vivre en Tunisie, est-ce une idée séduisante pour vous ?

C’est même une idée très séduisante pour moi. J’ai été éclairé par le beau soleil de la méditerranée durant une douzaine d’années. J’ai compris l’amour et la gentillesse qui inondait le peuple Tunisien. Mon pays, pour lequel j’ai un attachement profond, et qui est le berceau des civilisations les plus prestigieuses, n’a jamais cessé d’étonner le monde. Nul n’oublie la civilisation carthaginoise qui a vu son apogée au IIIe siècle avant notre ère. À toutes les époques, la Tunisie a montré une puissance et une force inouïe. Avant la naissance de J-C, notre patrie rivalisait toutes les autres nations qui existaient et c’est pourquoi Rome lui a déclaré la guerre (cf : guerres puniques). La Tunisie a attiré le regard de tous en commençant par les principales religions monothéistes et en allant aux arabes, aux turcs, aux africains, aux européens… sans jamais manquer de son charme !

 

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