Saison bleue : Plurielle, immémoriale et vivante, en Tunisie, la Méditerranée est...

Saison bleue : Plurielle, immémoriale et vivante, en Tunisie, la Méditerranée est partout

Par -
Jean-François Brahin

Blanche et médiane, la mer Méditerranée baigne les côtes tunisiennes. Elle est partout, bleue, fluide et immémoriale, comme un hymne infini dont les échos se propagent du grand large jusqu’au rivage.

Peut-être le plus bel hommage à la Méditerranée a-t-il été rendu par Fernand Braudel, immense historien qui nous raconte la singularité de cette mer et son caractère d’éternel carrefour.

Ce texte ouvre un livre paru à la fin des années 1970, sous le titre « La Méditerranée : l’espace et l’histoire ». Ce texte m’a toujours accompagné et je suis certain qu’il éveillera en vous nostalgies, curiosité et volupté.

Partageons quelques extraits choisis de cet éloge qui est à la mer ce que les églogues sont au bucolique. Lisons ensemble, à haute voix, s’il le fallait, ces quelques lignes imprégnées de sens et de beauté.

Une mer hors du temps

Les bateaux naviguent; les vagues répètent leur chanson; les vignerons descendent des collines des Cinque Terre, sur la Riviera génoise ; les olives sont gaulées en Provence et en Grèce ; les pêcheurs tirent leurs filets sur la lagune immobile de Venise ou dans les canaux de Djerba ; des charpentiers construisent des barques pareilles aujourd’hui à celles d’hier… Et, cette fois encore, à les regarder, nous sommes hors du temps.

Voyager en Méditerranée, au plus profond des siècles

Qu’est-ce que la Méditerranée ? Mille choses à la fois. Non pas un paysage mais des paysages. Non pas une mer mais une succession de mers. Non pas une civilisation mais des civilisations entassées les unes sur les autres.

Voyager en Méditerranée, c’est trouver le monde romain au Liban, la préhistoire en Sardaigne, les villes grecques en Sicile, la présence arabe en Espagne, l’islam turc en Yougoslavie.
C’est plonger au plus profond des siècles.

Hérodote éberlué par arbres, cactus et fruits d’or

Si Hérodote, le père de l’histoire qui a vécu au cinquième siècle avant notre ère, revenait mêlé aux touristes d’aujourd’hui, il irait de surprise en surprise.

Je l’imagine, écrit Lucien Febvre, « refaisant aujourd’hui son périple de la Méditerranée orientale. Que d’étonnements ! Ces ces fruits d’or dans ces arbustes vert sombre, orangers, citronniers, mandariniers, mais il n’a pas le souvenir d’en avoir vu de son vivant. Parbleu ! Ce sont des Extrême-Orientaux, véhiculés par les Arabes.

Ces plantes bizarres aux silhouettes insolites, piquants, hampe fleurie cactus, agave, aloès, figuiers de Barbarie – mais il n’en vit jamais de son vivant. Parbleu ! Ce sont des Américains. Ces grands arbres au feuillage pâle qui, cependant, portent un nom grec, eucalyptus: oncques n’en a contemplé de pareils. Parbleu ! Ce sont des Australiens.

Et les cyprès, jamais non plus, ce sont des Persans.

Albert Marquet
L’unité plurielle du paysage méditerranéen

Quant au moindre repas, que de surprises encore – qu’il s’agisse de la tomate, cette péruvienne ; de l’aubergine, cette indienne; du piment, ce guyanais, du mais, ce mexicain ; du riz, ce bienfait des Arabes, pour ne pas parler du haricot, de la pomme de terre, du pêcher, montagnard chinois devenu iranien, ni du tabac. »

Pourtant, tout cela est le paysage même de la Méditerranée et nul n’imaginerait Hammamet sans ses orangeraies, nos tables sans harissa et Thala sans son « hendi ».

Cette mer qui nous unit au monde

Ne l’oublions pas, à l’exception de l’olivier, la vigne et le blé, beaucoup de nos plantes viennent de loin, ont conflué vers la Méditerranée, la mer du milieu des terres, ce carrefour sans cesse recomposé. C’est ce que l’on peut retirer de ce texte de Braudel dans lequel il cite Febvre et nous dit cette unité plurielle de la mer qui nous unit au monde.

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