Que se passera-t-il après l’échec de l’agression tripartite ?

Que se passera-t-il après l’échec de l’agression tripartite ?

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Tribune | Par le Général Amine Htaite – Traduction
Le Général Amine Htaite

Pour remettre les choses à leur place, nous pouvons affirmer que la décision de l’agression tripartite contre la Syrie a été prise dès les premiers jours des succès enregistrés par l’Armée syrienne, lorsqu’elle a réussi à percer les lignes de la Ghouta et à la diviser en deux parties puis en trois.

Cette pénétration a clairement indiqué que les lignes de défense terroristes se sont effondrées malgré les fortifications aussi bien terrestres que souterraines. Les sites bien protégés n’ont pas empêché leur chute et ce, grâce à des opérations militaires menées brillamment par l’AAS et ses alliés qui avaient adopté une stratégie de bataille habile et des plans d’exécution hautement performants.

Pour conserver la Ghouta comme carte stratégique importante, le camp des agresseurs, mené par les Etats-Unis, avait misé sur 2 éléments :

1- La particularité du terrain dans le théâtre des opérations qui a été organisé, fortifié, équipé et protégé de façon exceptionnelle, si bien qu’il est difficile à toute armée, quelle que soit sa capacité, de le pénétrer sans encourir des pertes insupportables. Sur les 120 kms2 du terrain bâti comme une forêt de béton armé, les bâtiments se sont transformés en sites de combat fortifiés et en centres de défense souterrains protégés par un réseau de tunnels couvrant 80 kms2.

Les 25.000 terroristes de la Ghouta ont bénéficié des meilleurs systèmes de commandement et de contrôle et des meilleures armes et munitions. 300 experts régionaux et Atlantistes ont assuré la direction des opérations militaires et Israël leur avait garanti son appui aérien en cas de besoin.

2- Le « prestige » américain, ainsi que les capacités politiques et diplomatiques de nature à empêcher l’Armée syrienne de pénétrer dans la région et de la nettoyer totalement du terrorisme. Les agresseurs s’attendaient à des opérations limitées à la périphérie de la Ghouta, dont la percée ne dépasserait pas le kilomètre.

Ce pari était maintenu, même après la perte du premier pari, jusqu’à ce que l’Armée syrienne arrive à Douma, où sévissent les 12.000 terroristes du groupe « jaych al islam » qui sont les mieux organisés et les mieux armés et qui opèrent dans une ville où des mois de combat de rue sont nécessaires pour la libérer.

Cependant, ces paris politiques et militaires des agresseurs ont échoué. La Syrie et ses alliés ont démontré leurs hautes capacités opérationnelles et politiques, en sus de leur maîtrise de la guerre psychologique. Ils ont décidé de continuer les opérations militaires sans retraite et sans autre alternative que la libération de la Ghouta.

L’occident, ayant pris conscience de l’irrévocabilité de la décision syrienne et craignant son exécution, et réalisant les implications stratégiques qui ne manqueraient pas de peser sur le cours de la crise en Syrie sur les plans opérationnel et militaire, a donc décidé d’intervenir ; non pas pour arrêter l’exécution de la décision syrienne, mais pour empêcher la Syrie et ses alliés d’investir dans cette victoire stratégique et pour reconfigurer la scène afin qu’elle soit propice à un rééquilibrage des forces et ouvre la voie à un processus politique où agresseur et agressé sont à égalité, omettant ainsi tous les acquis accumulés par la Syrie durant ces dernières années.

C’est sur cette base que l’occident a décidé une agression militaire atlantiste pour réaliser des objectifs stratégiques à travers des réalisations militaires confirmées. Explicitement énoncés ou fuités ou difformés, ces objectifs s’articulent autour :

– de l’obligation du retrait de l’Iran et des forces alliées de la Résistance de Syrie

– de l’arrêt des processus d’Astana et de Sotchi et du retour au processus de paix de Genève 1 tel qu’édicté par sa déclaration du 30 juin 2012 ; retour confirmé par le sommet de la Ligue Arabe réunie à Dhahran, ligue qui, loin de lire la réalité comme elle est, prend ses désirs (et les ordres américains) pour la réalité qu’elle entend imposer en considérant que cette agression a atteint ses objectifs.

Ils ont planifié leur agression pour empiéter sur toutes les victoires syriennes des trois dernières années, ce qui est complètement idiot, et croyant qu’avec des actions militaires, ils obligeraient la Syrie à la soumission.

L’opération militaire planifiée consistait en la destruction d’objectifs militaires, politiques et administratifs durant une période allant de 6 à 10 jours ; opération qui ne s’apparente pas à une guerre totale ni à une opération furtive mais qui est de moyenne envergure.

Au fur et à mesure que l’exécution de la décision d’agression se précisait, des difficultés ont commencé à surgir et des obstacles ont été dressés en raison des positions solides et fermes prises par la Syrie et ses alliés de la Résistance et par la Russie. Ces positions ont acculé les agresseurs au repli embarrassant.

1- Un repli au niveau du calendrier : alors que le plan prévoyait le lancement d’une agression, qui s’apparenterait à une guerre afin d’agiter l’épouvantail de la guerre dans toutes ses options, en début de semaine et avant la tenue de la réunion du Conseil de Sécurité appelée par Russie, un report a été signifié pour l’après session.

Celui qui avait suivi le cours de cette réunion du mardi, avec l’échec des voies diplomatiques après trois vétos sur trois projets de résolution concernant la Syrie, avait l’impression que les opérations militaires commenceraient dans les heures qui suivaient la clôture des débats. Mais elles n’ont pas eu lieu, ce que Trump avait essayé de justifier en affirmant qu’il n’avait pas encore fixé de date pour le début des opérations.

2- Un repli, le plus dangereux et le plus important, sur la nature même de l’opération : c’était la volte-face charnière et la première gifle retentissante infligée aux rêves de Bolton dès le premier mois de sa prise de fonction en qualité de conseiller à la sécurité nationale américaine.

D’opération à portée stratégique devant affecter les capacités militaires de l’Etat syrien et changer les rapports de force, elle est devenue une opération limitée d’un niveau proche du show. Sinon, comment expliquer que les objectifs ciblés ne sont qu’au nombre de quatre dont deux avaient été déjà bombardés et détruits ?

Ainsi, nous pouvons affirmer que l’opération menaçante n’a pas été exécutée et l’agression à laquelle on a eu recours est une nécessité pour sauver la face, limiter la perte morale et réduire l’érosion du prestige atlantiste. Nous pouvons affirmer que la menace américaine n’a pas été exécutée et que l’action entreprise est tout autre chose.

Quant au résultat, il a été honorable pour la Syrie et ses alliés et catastrophique pour l’alliance tripartite. Alors que les frappes n’ont absolument rien réalisé, même au niveau des pertes matérielles, les ripostes et les réactions ont dépeint une image brillante de la Syrie dans ses quatre dimensions :

– Dimension militaire : où les capacités, le courage, le professionnalisme et la compétence caractérisent l’Armée syrienne qui a riposté à l’agression et intercepté les missiles qui tombaient comme des mouches

– Dimension du leadership : où nous nous contentons d’évoquer l’image (sismique pour les agresseurs) du Président Bachar Assad entrant dans ses bureaux, portant ses dossiers dans sa serviette, pour travailler normalement et tôt dans le matin comme à l’accoutumée

– Dimension politique : où la Syrie apparaît bien établie dans ses principes, sans en dévier d’un iota, comme l’a démontré le communiqué de la diplomatie syrienne

– Dimension populaire : où l’image des places et des villes syriennes remplies dès le matin de foules célébrant la victoire et ironisant sur l’échec des missiles est en elle-même un choc de nature à assommer l’agresseur.

Ces tableaux qui dépeignent la scène syrienne constituent un désastre pour le trio agresseur, désastre sur lequel il faudra construire dans ce qui reste comme confrontation, car ces agresseurs étaient assurés de leurs multiples échecs dans leurs différents aspects :

A – Opérationnellement : ils ont perdu la Ghouta qui constitue la carte stratégique la plus dangereuse et la plus importante qui leur permettait d’exercer des pressions sécuritaires et politiques sur Damas ; elle devait également leur servir comme appui stratégique pour faire durer le conflit

B – Militairement : ils ont perdu de leur prestige et la carte maitresse de la menace d’une guerre totale. Les agresseurs ont compris que cette menace n’a plus d’utilité car, non seulement ils n’y sont pas préparés mais en plus ils ne peuvent en éviter les risques encourus

C – Politiquement : ils ont beaucoup perdu en cela, et il suffit de revoir les réunions du conseil de sécurité pour se rendre compte des principes auxquels s’accrochent Syriens et Russes, alors que les autres rusent, manœuvrent, mentent, trahissent pour cacher l’énormité de la perte

D – Stratégiquement : ils ont perdu l’opportunité et la possibilité de rétablir l’équilibre sur la scène syrienne, et c’est une chose dont ils ont besoin pour entamer des négociations en vue d’une solution politique finale à la crise qui leur garantirait la préservation de leurs intérêts et de leurs acquis en Syrie, comme ils le souhaitent.

Et nous revenons à la question : quoi après cette confrontation ? La réponse est très simple : celui qui a échoué et a été vaincu ne peut dicter ses conditions. En conséquence, les exigences des agresseurs et leurs affidés d’un retour à Genève sont maintenant impossibles. Le processus de Genève a été atteint par les éclats d’un tomahawk américain explosé par un S-200 syrien de fabrication russe.

Le processus de Genève est clos et ne restent que les processus d’Astana et de Sotchi sur le plan politique, et les combats sur le terrain pour libérer les territoires et éradiquer le terrorisme sur le plan militaire.

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