Tunisie : Prémices d’escalade orchestrée par les Docteurs et Doctorants

Tunisie : Prémices d’escalade orchestrée par les Docteurs et Doctorants

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Partout dans le monde, le statut de Docteur ou Doctorant est synonyme de respect et de situation stable, vu qu’après tant de labeur et d’études on s’attend à avoir, enfin, une position confortable à la hauteur des années d’exténuation. Sauf qu’en Tunisie, ce cas de figure semble un mirage, un point inaccessible.

Une nouvelle fois, l’Alliance des Docteurs et Doctorants (AD₂) annonce une protestation contre la situation qualifiée de « catastrophique » dans laquelle nos étudiants se trouvent.

Face « au blocage des recrutements par le ministère de l’Enseignement Supérieur », et cette « situation désastreuse », ils ont donc choisi l’offensive.

« Nous voulons, entre autres, défendre l’université publique », nous explique Walid Bedhiafi, vice-coordinateur national de l’alliance. « Cette dernière va, depuis quelque temps dans le sens de la privatisation et notre position est claire : le savoir doit être gratuit ».

Le jeune doctorant en bio-informatique nous a expliqué que les protestations des docteurs et doctorants ne datent pas d’hier, mais du 13 mars 2017, lorsque la première manifestation a été organisée. Depuis, le ministère est « hermétique » et semble repousser toute proposition ou idée de leur part.

« Nous avons demandé à maintes fois une rencontre officielle avec le ministre de l’Enseignement Supérieur, mais en vain. Il ne veut pas nous rencontrer, il refuse de nous accueillir », a ajouté Bedhiafi.  « Nous sommes alors passé à la vitesse supérieure. Nous avons envoyé des demandes au ministère concerné, à la présidence du gouvernement et à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

Nous souhaitons avoir, au moins, une audition au sein de la commission de la jeunesse, des affaires culturelle, de l’éducation et de la recherche scientifique pour discuter de nos problèmes et des solutions que nous proposons face à la nonchalance des autorités en tutelle ».

Leurs principales revendications, explique-t-il, consiste à l’emploi des docteurs, à l’amélioration de la situation des doctorants et des laboratoires de recherche et à la révision de leur situation juridique.

L’AD₂ organise demain, mercredi 11 avril, avec l’Union des Enseignants Universitaires et Chercheurs Tunisiens (IJABA), un mouvement de protestation devant le ministère de l’Enseignement Supérieur, dans le but de lutter contre « l’extinction » de l’université publique, le blocage des négociations et l’absence de toute issue de sortie de crise.

« Nous continuerons notre combat. D’ailleurs d’autres manifestations aurons lieu durant le mois de mai, l’une par AD₂, la seconde avec, une nouvelle fois nos confrères de IJABA. Après, toutes les options sont possibles, et le ministère nous pousse vers l’escalade », a conclu Walid Bedhiafi.

Notons-le, parmi les revendications de l’Alliance on trouve :

  • La révision puis l’activation du décret N° 4259 du 7 octobre 2013 concernant le statut chercheur et l’identification immédiate des besoins en recrutement des différents laboratoires, instituts et centres de recherche tunisiens
  • La conversion du budget alloué aux heures supplémentaires dont le montant global a dépassé les 24 000 000 dt et qui selon les estimations correspondrait à la charge horaire de plus de 2700 Maîtres Assistants en postes permanents.
  • L’augmentation graduelle des montants des bourses attribuées aux doctorants, pour atteindre 750 dt et la révision des délais de versement des bourses pour qu’ils deviennent mensuels. Une partie des reliquats et particulièrement ceux des crédits des programmes nationaux non fructueux peuvent être alloués à cette fin
  • La discussion et la mise en place d’un accord-cadre entre le ministère et les représentants du secteur privé pour permettre l’intégration des docteurs dans les différentes entreprises privées dans des conditions qui respectent leurs compétences ainsi que le diplôme de doctorat
69% des docteurs au chômage

La coordination des doctorants et docteurs de l’Université El Manar avait indique en avril dernier que 69% des titulaires de doctorat dont le nombre s’élève à 3292 sont au chômage.

Le nombre des doctorants s’élève quant à lui à 11.171 étudiants, avait fait savoir la représentante de la coordination, Wided Galmami, ajoutant que le nombre des titulaires de doctorat a atteint 4775 personnes.

Ce nombre, avait-t-elle dit, est susceptible d’augmenter faute de perspectives d’emploi, rappelant à cet égard, les mouvements de protestations observés récemment dans plusieurs universités tunisiennes, à l’instar des universités de Bizerte, Monastir et Gabes.

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