Comprendre l’affaire de la BFT en cinq points, berceau historique de la corruption bancaire en Tunisie

BFT | Illustration

Dans son interview accordée dimanche dernier à la chaîne nationale, le Chef du gouvernement a rouvert le dossier très lourd de la Banque Franco-tunisienne, indiquant qu’il s’agit de la plus grande affaire de corruption de l’histoire de la Tunisie.

700 millions de dinars ont disparu, des soupçons de corruption touchant des cadres de l’Etat, et environ un milliard de dinars d’amende en cas de condamnation. Comment comprendre l’affaire de la BFT en cinq points.

De quoi s’agit-il ?

L’affaire de la banque franco-tunisienne est une succession d’actes de corruption qui remontent à l’année 1989, quand l’Etat a pris son contrôle. Mais pour comprendre cette affaire il faut remonter à ses origines.

La BFT était une banque privée appartenant au Français Raoul Daninos, mais a été nationalisée et confisquée par l’État tunisien dans les années 60, évoluant depuis dans le sillage de la Société tunisienne de banque (STB).

Au milieu des années 80, l’État a décidé de privatiser la banque par une augmentation de capital. Et c’est ABCI Investment limited, détenue en moitié par Abdel Majid Bouden, qui s’est présentée pour cette opportunité afin d’acquérir la banque. Mais cette opération a été bloquée par l’Etat, et selon Nawaat, au lieu d’être domiciliés à la BFT, les fonds ont été placés sur le marché monétaire et les intérêts versés à la STB.

Parvenu à la présidence du conseil d’administration de la BFT, Bouden a entamé un processus d’accusation contre la STB exigeant la restitution des fonds propres à la BFT, il saisit d’ailleurs, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP).

Après l’ascension de Ben Ali au pouvoir, la BFT a été placée sous administration judiciaire et Bouden, condamné à la prison, a décidé de quitter la Tunisie, contrarié de laisser tomber son droit de propriété.

L’internationalisation du litige

Mais en réalité, Bouden n’est pas resté les bras croisés. Il a décidé de saisir les juridictions britanniques qui se déclarent alors incompétentes. Dernier recours pour lui, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements.

En effet, en 2017, le CIRDI condamne l’Etat tunisien dans cette affaire ajoutant qu’il devra payer des dommages et intérêts au groupe bancaire londonien ABCI.

Crédits sans garantie

Selon des documents publiés par Nawaat, le défunt Mounir Klibi, directeur général des affaires juridiques au sein de la Banque Centrale, puis un des plus grands cadres de la BFT, avait mis en place un système douteux d’octroi de crédits sans garantie au sein de la BFT depuis 1989.

D’énormes crédits auraient été accordés sans garanties, causant à l’Etat des pertes colossales. On évoque d’ailleurs le chiffre de 700 millions de dinars, la banque a fait faillite.

Environ 200 personnalités ont bénéficié de ces crédits parmi eux, les figures de l’ancien régime de Ben Ali dont notamment Imed Trabelsi.

La phase post-révolution

Après les évènements du 14 janvier 2011, des intentions pour régler l’affaire à l’amiable avaient été exprimées par Beji Caid Essbsi, alors chef du gouvernement provisoire. Mais la procédure a été bloquée par Ridha Belhaj secrétaire général du gouvernement Béji Caïd Essebsi, dont le frère, Taoufik Belhaj, serait l’un des principaux rivaux de Bouden, comme l’explique Huffpost Maghreb.

A noter que l’ancien ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières, Slim Ben Hmidane, est soupçonné d’être impliqué dans cette affaire. L’ex-secrétaire d’Etat aux domaines de l’Etat et aux affaires foncières, Mabrouk Kourchid, avait d’ailleurs accusé l’un de ses prédécesseurs, Slim Ben Hmidane, ministre dans les gouvernements de la Troïka, de trahison. « Sans la trahison, la Tunisie n’aurait jamais perdu ce procès de la BFT », a-t-il expliqué.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Aujourd’hui en faillite, la situation de la banque est devenue un casse-tête pour l’Etat, qui cherche d’ailleurs à la liquider.

Du côté du litige juridique, la Tunisie pourrait être condamnée une deuxième fois, ce qui explique les intentions de vouloir se débarrasser de cette banque, « lourdement corrompue ». « Dans le pire des scénarios, la facture pourrait cependant frôler le milliard de dinars » rapporte Jeune Afrique.

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